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UNITÉ DE SON MINISTÈRE

lien moral qui avait été brisé à la chute. Voilà pourquoi ce qui importe le plus dans le ministère de Jésus, ce n'est ni sa lutte avec ses ennemis, ni mâme Téducation de ses apôtres, c*est sa vie elle-mâme, c'est cette existence d*homme semblable à toute autre, hormis la souillure du mal, mais transformée en un continuel holocauste : c Ma nourriture, dit-il, est de faire la vo* ionté de Celui qui m'a envoyé*, > ce mot est la devise et le résumé de toute sa carrière terrestre.

Ce principe d'obéissance, qui est l'inspiration générale de son ministère, ne se manifeste pas seulement par son acceptation de la souffrance et de la mort, mais encore par sa disposition constante à suivre jour à jour et comme pas à pas les directions providentielles. Il ne veut pas plus hâter quç retarder l'heure c pour laquelle il est venu, > l'heure où il consommera son sacrifice; il peut s'appliquer tout le premier cette parole : c A chaque jour suffît sa peine. > Rien n'est plus héroïque qu'une telle patience; c'est le renoncement absolu qui n'attend pas pour se produire l'exaltation des grandes crises, mais pénètre la vie tout entière.

Son ministère est marqué d'un sceau d'unité. Le shnple exposé des faits fera disparaître comme une vaine hypothèse toute cette fausse poésie dont on s'est plu naguère à entourer ses débuts en Galilée. On ne trouvera nulle part la place de cette pastorale, grossière malgré l'apprât des décors, qui au-

1 'E{ii^ ^pû|Ai ioTtv, hcL icot£^ xb OéXT)(Aa tou icé(At{^oevT6ç |u. (Jean IV, 34.)

tait égayé qnelques jours les bords fleuris du lac de Tibériade. Nous verrous que Celui sur le berceau duquel le meurtre avait plaué u'a jamais cessé de provoquer la baîue. Saus doute, sa journée 4e travail a eu «on aurore et son midi avant de s'éteindre dans le sang, mais de ce ciel du matin jaillissent déjà les signes précurseurs de Torage. Dès qu'il ouvre la bouche, sa parole est tour à tour miséricordieuse et sévère. Le feu qu'il a allumé sur la terre n'enflamme pas seulement l'adoration; il consume encore le mal. Il lui suffît de paraître au milieu de l'humanité pour la troubler profondément et y susciter les contradictions les plus tranchées. Là est le signe de sa puissance et la grandeur tragique et sublime de son ministère. Du premier jour jusqu'au demiery l'amour et la haine ne feront que croître et graiidir; au lieu d'un changement sans motif dans son caractère et dans sa pensée, qui, d'un blond David ferait un sauvage Goliath, nous avons une progression continue; les lois de cette logique morale sans laquelle l'unité de la personne est détruite sont strictement maintenues.

Rappelons en quelques traits la situation politique du pays au moment précis où Jésus se produit devant ses compatriotes. L'ombre d'indépendance qui lui avait été laissée sous la royauté vassale d'Hérode le Grand avait disparu depuis longtemps. Auguste avait joint

la Judée à l'empiie romaiii^ non pas en en faisant une de ces provinces, sénatoriales quLsenles avaient des proconsuls, mais comme dépendant directement de son autorité. Il la rattacdia au gouvernement de la Syrie, dont la capitale était Antioche, résidence du légat impérial. Cependant, à cause de son importance et des difficultés que prései^it la soumission complète d*un tel peuple, le procuratem de la Judée jouissait d'une certaine latitude dans son administration; il gérait en même temps la Samarie, mais comme un second département distinct du premier. Fidèle à la sage poli* tique qui lui avait réussi pendant tant de siècles, JEtome laissait subsister le plus possible les usages et les institutions de la province conquise. Le sanhédrin 4nrait donc été maintenu à côté du procurateur, mais son pouvoir était nécessairement très limité. Sa compétence était bornée aux affaires religieuses et aux petites affaires civUes; le procurateur avait seul le droit de prononcer les peines capitales. La souveraine sacrifîoature avait beaucoup perdu de son importance; les Asmonéens et les Hérodes en avaient lait une magistrature subordonnée qu'ils exploitaient à leur profit. Hérode le Grand s*était constitué le gardien des vêtements sacerdotaux, sous prétexte qu'il les avait fait rétablir dans leur premier lustre, d'après le modèle du Lévitique; il ne les donnait qu'aux hommes de son choix. Les Romains s'empressèrent de suivre son exemple et de tenir ainsi dans leur dépendance une charge qui eût pu devenir un péril pour eux.

Le procurateur de la Judée résidait à Césarée. Il ne venait à Jérusalem qu'aux fêtes solennelles ou, dans les circonstances exceptionnelles, pour rendre la justice. Son prétoire s'élevait près de la citadelle Antonine. La garnison romaine, dans toute la Palestine, ne dépassait pas une légion. Le prélèvement des impôts portant sur la fortune mobilière et sur les personnes^ amenait d'incessantes difficultés; il n'en était pas de même de l'impôt de deux drachmes pour le temple qui était levé par les émissaires du sanhédrin. Les percepteurs au service des Romains étaient considérés comme les représentants d'une domination détestée; aussi les péagers, pour la plupart Juife de naissance, étaient-ils l'objet d'un mépris universel. La première révolte de quelque gravité eut lieu à l'occasion du cens de Quîrinius.

A l'époque où nous sommes parvenus, la Judée était gouvernée par Pilate, le troisième procurateur depuis son annexion à l'empire; il avait trouvé en charge comme souverain sacrificateur Jean, surnommé Calphe, beau-fils d'Anne, fils de Seth, qui avait longtemps rempli le même office sous Valérius Gratus. Pilate avait un allié plutôt qu'un rival dans le sadducéen Caïphe, car celui-ci n'avait d'autre principe que l'intérêt de sa caste et la conservation de son pouvoir. Pontius Pilatus manquait du sens politique qui adoucit dans la forme les rigueurs de la domination étrangère; c'était \m vulgaire ambitieux ou plutôt un de ces hommes sans patriotisme qui ne songent qu'à

tirer de leur autorité le plus grand profit pour euxmêmes, n n'avait tenu aucun compte des dispositions particulières et des répugnances du peuple qu'il devait gouverner. C'est ainsi qu'il avait envoyé à Jérusalem une garnison romaine avec ses étendards; les Juifs virent dans ce fait une abominable profanation, car les aigles étaient adorées comme des divinités. Assailli dans son prétoire de Césarée par une foule muette et suppliante, mais qu'aucune violence ne parvenait à dissiper, le procurateur dut céder à des prières qui pouvaient facilement se transformer en résistance acharnée. Dès ce moment, son influence fut ruinée en Judée ; il la compromit encore davantage le jour où il fit suspendre aux parvis extérieurs de la citadelle Automne des boucliers d'or sur lesquels le nom de l'empereur Tibère était gravé avec le sien ; cette flatterie au souverain, sans péril ailleurs, fut prise, à Jérusalem, pour une provocation; il dut revenir sur une mesure dont le maintien eût amené une émeute terrible. Devenu un objet d'aversion universelle, il ne put même faire le bien sans danger, car pour avoir voulu élever un aqueduc fort utile sur le sol brûlé de la Judée, il souleva une résistance tellement violente qu'il ne put la briser que par la force. Sous un gouverneur semblable, les passions nationales étaient dans une fermentation continuelle. Cet accroissement du fanatisme patriotique créait de nouveaux obstacles à une œuvre toute morale, comme celle de Jésus ' •

* Voir Ewald, vol. V, p. 10 à 55.

La Gsulonitidô, la Pérée et la Galilée appartenaioit eoedre momentanément à la famille d*Hérode. Le Pétrarque Philippe gouverna pendant trente-hept-ana la partie nord^uest du paya, et se fit remarquer par sa modération. Il bâtit la ville de Baniaa ou Oésarée de Philippe, près des sources du Jourdain et celle de Ja- )ia8<^B0thsaïda, sur la rive orientale du lac. La Galilée et la Pérée étsûent le lot dHérode Antipas, le ttienrtrier de Jean-Baptiste« Son divorce aveo la fille d'Arétas, aprèe qu'il eut épousé Hérodiade^ la femme de son frère, avait déchaîné la gfuerre sur lea vastes pm^mees qu'il gouvernait; il allait subir prochainement une humiliante défaite. Il devait mourir sans enfant comme son frère. Sous Tinfluenee d'un tel prince, entouré d'une cour licencieuse, lea mauvais instincts se donnaient librement carrière, et la corruption des mœurs préparait mal à une religion de pureté et de renoncement. Dans le malheur des temps, les Hérodes, quoique du sang des vils despote qui avaient vendu l'indépendance des Juife, paraissaient en quelque mesure une dynastie nationale. Ils avaient un parti qui portait leur nom et qui, en fait d'idées religieuses, unissait, à l'exemple d'Hérqde le Grand, le pharisaïsme et le sadducéisme.

Telles étaient lea circonstances politiques au milien desquelles Jésus se trouvait placé. Elles contribuèrent sans doute à amener la catastrophe qui termina sa vie, mais, quelque grande que fût la tyrannie qui pesait sur la Judée, elle ne ressemblait point au despotisme

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