‹ Jésus-Christ, son temps, sa vie, son œuvreChapitre 192 sur 309 · LA PÉCHERESSE DE NAIN · texte numérisé non relu

LA PÉCHERESSE DE NAIN

fonde, et il avait rendu le fils à sa mère*. Ce miracle avait naturellement produit une immense sensation. La foule était grande au moment où il avait été accompli. Les scènes qui s'étaient passées à la porte de Capernaiim se mouvelèrent devant celle de Naïn, et toute la ville accourut avec ses malades et ses démoniaques. A ce groupe désolé s'était joint une femme qui n'avait rien à demander pour la santé du corps; c'était une pécheresse qui faisait trafic de sa beauté. L'aspect de Jésus la remua jusqu'au fond; elle était peut-être présente quand une douloureuse pitié s'était peinte dans ses yeux devant le cercueil du fils de la veuve; ce regard s'était aussi abaissé sur dfe, plrâi de reproche et de tristesse, mais aussi de pardon. La froide et hautaine vertu du pharisira l'irritait sans la faire rougir de sa honte, mais, sous le regmrd pur et compatissant de Jésus, elle ne peut plus supporter son infamie; elle sonde l'abîme où elle est tombée et elle se sent en même temps invindblement attirée vers cet être saint, parce qu'elle sait qu'il ne la refKnissera pas. Aussi n'écoutant que le cri de sa conscience et l'élan de son coeur, elle veut à tout prix rejoindre Jésus et triomphe de toutes les difficultés, de tous les (obstacles. Peu lui importe que, à cette heure même, il soit assis à la table d'un pharisien au oœur sec qoi peut^tre la fera jeter hors de sa maison; elle brave tous les mépris et vient tomber aux pieds de Jésus; eUe les arrose d'un parfum précieux et surtout de ses larmes

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et les essaie avec ses cheveux. Cette malheureuse femme porte dans sa repentance Tardeur passionnée de son âme, elle a soif de pardon, de relèvement, de pureté, et elle les demande à Jésus. Chacun reste dans son rôle, le pharisien murmure, tandis que Jésus accueille cette pauvre âme flétrie, mais brisée ; il réserve sa sévérité pour Thomme considérable et honoré, parce qu'il connaît toute la sécheresse de son cœur. Celui-ci ne Ta reçu dans sa demeure qu'avec une froide condescendance, sans lui donner aucun des témoignages d'affection et de respect que comporte l'hospitalité orientale; son unique dessein étaitd'épier malignement Jésus, commele prouve son empressement à conclure de sa bonté pour la pécheresse qu'il n'est pas un prophète. Cette femme, au contraire, a franchi le seuil de cette maison dans un profond sentiment de sa dégradation et dans un ardent désir de rompre avec le mal. Sa reconnaissance se mesure à la grandeur de son repentir, comme le Maître le donne à entendre dans Tadmirable parabole des deux créanciers. Il est aisé de se convaincre, par l'exemple du pharisien, que l'homme à qui il a été peu pardonné aime peu; il repousse le pardon comme un outrage et demeure dans son impuissant orgueil. Les cœurs pénitents, au contraire, se brisent et débordent aux pieds de Jésus, comme le vase de parfum qui vient d'être épanché devant lui. Dans cette heure rapide, la pécheresse a beaucoup aimé, car elle sait ce qu'elle est, elle, la femme de mauvaise vie, justement méprisée, et elle sait aussi qui est celui qui au lieu de la repousser daigne la relever.

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