COMPASSION DE JÉSUS POUR LES ÊTRES MÉPRISES
Voilà pourquoi, selon la parole de Jésus, il lui sera beaucoup pardonné. Ce pardon accordé à une courtisane, en une telle maison, c'est un outrage sanglant pour tout le parti pharisien. Il saura bien en tirer ven* geance * •
Il faut se plaire d'une étrange façon à la profanation des choses saintes pour oser ternir une scène semblable et pour faire de la pécheresse en larmes Tune des suivantes de ce cortège c de belles créatures > dont Jésus se serait entouré pour rendre sa cause agréable et populaire. Où sont-elles ces belles créatures? Faut-il ranger dans cette catégorie Salomé, la mère de Jacques et de Jean, ou Marie, ftmme de Cléopas, mère de deux apôtres^; ou bien encore Marie de Magdala, qui avait été délivrée de la plus terrible possession ? Arrêtons-nous. La justification à elle seule serait déjà une impiété.
Ce qui s'était passé à Naïn se renouvela plus d'une^ fois. Partout Jésus attirait ceux que tout le monde repoussait. Les êtres méprisés et dégradés venaient en foule à lui, parce qu'ils savaient qu'il les accueillerait, tout en condamnant leurs débordements. Rien ne peint mieux le contraste entre cette compassion infinie et la dureté pharisaïque que ces simples mots de-
> Cesi k tort que Strauss veut identifier cette scène à celle qui d*après le quatrième évangile se passa à Béthanie (ch. XII, 1-8). Les différences entre les deux i*écits sont considérables. A Béthanie, il ne 8*agit pas d^une pécheresse, mais de Marie, sœur de Lazare, qui connaît dès longtemps Jésus et a reçu son approbation.
« Luc VHI, 3.
eO PARABOLE DE L'ENFANT PRODIGUE.
Luc : € Les péagers et les gens de mauvaise vie s'approchaient de lui pour l'entendre et les pharisiens murmuraient * . » Jésus répondit à ces murmures par ses plus touchantes paraboles. Chercher au fond du désert, au prix de mille fatigues, la pauvre brebis égarée, en oubliant pour elle les quatre-vingt-dix-neuf autres qui sont restées au bercail, n'est-ce pas toute Toeuvre miséricordieuse du Christ? C'est sous cette image si tendre et si belle que Tancienne Eglise se plaisait à se le représenter, et quand elle voulait résumer tout l'Evangile par un seul symbole, elle esquissait sur les sombres murailles des catacombes la douce figure du bon pasteur. La similitude de la drachme perdue exprime la même pensée. La parabole de l'enfant prodigue est le drame du repentir dans Ce qu'il a de plus pathétique et évoque devant nous l'idéal même de la paternité. Elle se termine par im trait sanglant pour le judaïinne pharisaïque; il était impossible qu'il ne se reconnût pas dans ce fils aîné aux mœurs correctes, au cœur froid, envieux spectateur de la scène de réconciliation. Lapa^ rabole élargit singulièrement son cadre dans sa conclusion, car eUe fait pressentir le retour de l'humanité païenne dans la maison paternelle et l'abrogation des privilèges du peuple élu. Celui-ci a trouvé son type fidèle dans cette froide et orgueilleuse vertu qui énumère ses mérites et calcule aigrement ce quiluiieviexrf, tandis que près d'elle coûtent les larmes d'une sainte effusion.
* Luc XV, 1.