‹ Jésus-Christ, son temps, sa vie, son œuvreChapitre 2 sur 309 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ce livre n'est ni un écrit de circonstance, ni une réponse à tel ou tel ouvrage contemporain dont le retentissement dure encore. Il rentre dans le cadre de mes travaux sur le christianisme primitif. J*avais toujours eu Tintention de Técrire. Si j'ai abordé ce grand sujet plus tôt que je ne l'avais pensé, c'est qu'il s'est inscrit impérieusement à notre ordre du jour. La question religieuse, et plus spécialement la question du Christ, est posée devant notre époque d'une manière directe qui rappelle le seizième siècle. Je n'hésite pas à reconnaître combien l'œuvre récente de l'un des esprits les plus briUants de notre temps a contribué à ranimer cet intérêt. J'ai dit avec franchise ce que j'en pensais dès son apparition. Je ne rétracte en rien le jugement que

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j ai porté sur la Vie de Jésus de M. Renan, mais on ne saurait nier que son livre n'ait frappé un coup sur Topinion et qu'il n'ait contribué à passionner l'esprit public pour des questions qui paraissaient bien surannées il y a vingt ans.

Convenons-en, cet immense succès, qui dénote parmi nous une grande ignorance du caractère essentiel du christianisme et de la religion en général, apporte une sévère leçon aux défenseurs de l'Evangile. Pourquoi ont-ils laissé à leurs adversaires l'avantage de rapprocher le Christ de l'humanité en le plaçant dans son cadre historique? Sans doute, sous prétexte de lui rendre son caractère humain, on lui a enlevé sa divinité et sa sainteté. On nous l'avait trop souvent présenté comme un dogme abstrait; on s'est jeté dans l'exagération contraire en substituant au traité de théologie une fiction romanesque. Eflbrçons-nous d'arriver à l'histoire réelle, en nous transportant dans la Judée au temps des Hérodes, à cette époque tourmentée où tant de bien se mêle à tant de mal, où les aspirations pieuses se heirrtent aux basses ambitions. Sur ce fond vraiment humain, la divine et sainte beauté du Rédempteur resplendira mieux que sous le nimbe doré qui entoure le visage immobile d'un Christ de convention. Trop souvent l'humanité de Jésus a été entièrement sacrifiée à sa divinité; on a oublié que la seconde est inséparable

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de la première et que le Ghjrist qui nous sauve u est pas un Dieu caché sous une appaarence humaine^ nuû:> un Dieu fait homme, im^Pils de Dieu abaissé et anéanti, pour parler la langue hardie de saint Paul, un Christ qui 8*est soumis réellement aux conditions de ia vie terrestre. Ce point de rue permet seul de tenter ^ne histoire de Jésus. J*ose espérer qu'il se conciliera, pour mes lecteurs comme pour moi, avec cette foi entière en sa divinité qui est Jia croyance universelle des chrétien& depuis dix-huit siècles.

A quoi bon, dira-t-on peut*âtre, une nouvelle histoire du Christ! N'avons-nous pas TEvangUe? Que peut-on ajouter à ces incomparables récits si vivants et si na!&, pur et limpide miroir où Timage de Jésus s*est reflétée dans toute sa douceur et toute sa majesté ? En fiût d'historien, ne nous suffit-il pas d'avoir Jean^ qui a été Tami et comme le frère de celui qu il adorait? Nul plus que nous ne reconnaît le prix inestimable de oe témoignage primitif, le seul qui fasse autorité, le seul qui porte Tempreinte de Tâge créateur de TEglise» C*est quand on a essayé de retracer la vie de Jésus que Ton est surtout disposé à apprécier la valeur unique de TEvangile, et que Ton s'estime heureux de pouvoir en appeler de toutes les imperfiections d'une mi^éi\ ble ébauche à ces peintres inspirés qui ont* trouvé la supéxiorité de Tart dans Tabsence de tout procédé et dauâk^

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cette simplicité parfetite qni établit on contact immédiat entre nous et Celui qu'ils font vivre sous nos yeux. Et pourtant, je crois utile de reprendre après eux et sous leur autorité un sujet où ils sont nos maîtres à jamais.

D'abord les attaques contre le christianisme varient d'époque en époque; nous sommes donc obligés de reconquérir incessamment le terrain que Ton nous dispute. Or, l'histoire évangélique est précisément l'un des points les plus contestés, surtout depuis l'éveil de la critique. Ensuite, n'oublions pas que les premiers historiens de Jésus s'adressaient à des lecteurs qui étaient leurs contemporains, et qui connaissaient parfaitement le milieu où avait vécu le Christ, les circonstances de son pays, le caractère de son temps. Il suffisait de quelques indications rapides dans leurs écrits pour que les Juifs ou les Romains se représentassent non-seulement le drame de l'histoire évangélique, mais encore la scène sur laquelle elle s'était déroulée. Cette connaissance est absolument nécessaire pour échapper à une notion vague et abstraite du ministère et de l'œuvre de Jésus. Il est évident que ce qui était alors du domaine général ne peut être ressaisi aujourd'hui que par un grand effort d'esprit. La science est indispensable pour rendre le coloris au passé, parce que seule elle nous fait remonter le cours des temps et

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assister en quelque mesure aux événements. Enfin, comme le Christ domine tous les âges, aucun siècle n*é* puise la richesse des vérités qui sont en lui. Chaque époque trouve quelque motif nouveau de l'aimer et de l'adorer. Ce n'est pas que l'on puisse jamais dépasser l'Evangile; il renferme tout ce que nous pouvons savoir de Jésus, mais il ressemble à ce trésor de la parabole duquel le père de famille tire des choses nouvelles après les choses anciennes. Nos luttes, nos douleurs, nos efforts nous y font découvrir des vérités inexplorées qui se rattachent étroitement à celles qu'y ont trouvées nos devanciers. C'est ainsi que la charge d'évangéliste se perpétue dans l'Eglise et que chaque génération nouvelle raconte l'antique histoire de la rédemption à son point de vue, avec ses préoccupations et ses expériences particulières. Elle redit dans sa langue c les choses magnifiques de Dieu. » La peinture chrétienne ne s'est pas lassée de reproduire les scènes évangéliques ; le sujet ne varie pas, mais il se rajeunit selon que le peintre a dirigé le rayon lumineux sur telle ou telle portion de sa toile. Ainsi font les historiens successif de Jésus. Il nous est donc permis de renouveler la tentative de ceux qui nous ont précédés, et nos successeurs auront le même droit ou plutôt le môme devoir, à la condition toutefois que l'Evangile demeurera pour tous la pierre de touche et l'autorité souveraine!

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