X PRÉFACE
Le plan de bmh livre e^ aimfle* J*ai d'abord traité les questioBS piréliminaires qui dcmûoent le sujet. Est-il vrai que la cause du surnaturel soit perdue comme od la prétend? Faut41 se résigner à mutiler d'emblée une Iiistoire qui perd son caractère propre en lendoçairt à la notiosL du Dieu libre eapabk d*intervemr dans nos destinées par des actes non prévus! J*di essayé d^opposer quelques raisons aux affîrmaticHis péremptoires d^t se contentent aujourd'hui les adversaires du surnaturel. MM. Baian et Strauss, et tous ceux qui ont subi l'influence de l'école de Tubingue, re* fuse&t au ehristianiame tout caractère original; à les entendre, il est le produit du génie grec marié au génie oriental. J'ai écarté cette théorie par un rapide coup d'oeil sur les religions qui ont précédé l'Evangile. J'«d tracé un tableau aussi complet qu'il m'a été possible du judaïsme de la décadence en Palestine et en Egypte, et j'espère avoir établi que, bien loin que Jésus ait puisé sa doctrine à Jérusalem ou dans les influeT>ces values d'Alexandrie, il a été la vivante contradiction de tout ce qui l'entourait. On comprend suffisamment l'importance d'un tel résultat s'il est acquis. Enfia, le livre des questions préliminaires se termine par le chapitre intitulé : Leê JSvanffUes. Il faut bien justifier devant la critique contemporaine la crédibilité de documents dans lesquels nous puisons l'hifitoire de
PREFACE. Kj
J6m8. <j9bX le se«l iwjyea de donoer ua fondement floiîdei FédiiQB. Légende ou hktoice, TOÎJLà le dileomie fui ae pose.
Dass leâ Uvces suivante, je me suis attaché à déleskr la vie de Jésus, ams sorcharger la trame aèae dm récit, maie en renvoyant les discuosions à des notas peu étendues; du ve&ie, je n*ai pas cessé un instant de tenir compte dAos ma narration des débats de l'école. Après avoir traité ce qui se rapporte à la période qui précède Tentrée de Jésus dans son nxinistëre pnUic, afc qai cconpcend scm enfance, sa tentation au désert, ses rapports avec Jean-Baptiste, je m*attacbe à cacactéiiser aon plan, son enseignement et ses miracles, pois j^aborde Thistoire môme de son ministère public. L'intitulé seul des trois livres qui lui sont consacrés en donnera une idée suffisante :
1) Le temps de la faveur publique;
2) La période de lutte ;
3) La grande semaine. Mort et victoire.
Hon bnt principal est, mm pas de démontrer, mais de montrer Jésus tri que je le vois, tel qu il m*apparaît dans les Evangiles, td que je Tadore, et de dire à mes contemporains : CSette image du Christ vous paraît-eUe répondre mieux à la réalité des &ita que celles qui nous <mt été récemment piésentées au point de vue du oatu-
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ralisme? Répond-elle mieux aux lois de la psychologie qui impliquent Tunité de la personne morale? Avonsnous observé fidèlement les principes de la philosophie de l'histoire qui répugne à admettre des effets sans cause et à placer au point de départ d'une révolution aussi vaste et aussi profonde que celle qui s'est opérée au commencement de notre ère un mythe sans consistance, une religion sans doctrine arrêtée, un culte sans Dieu!
Ce n'est pas à moi à répondre. Je n'ai rien épargné en fait de recherches pour me rendre moins indigne de ce grand sujet. Si j'ai parcouru la Judée et la Galilée, ce n'est pas pour prodiguer les paysages et noyer dans cette éclatante lumière de l'Orient la calme et suave beauté de l'Evangile qui appartient, avant tout, au monde invisible; c'est pour ressaisir, autant que possible, ce cachet de réalité sans le«quel il n'y a pas d'histoire véritable. On trouvera V dans mon livre une entière sincérité; je n'ai dissimulé aucune des difficultés que j'ai rencontrées; j'ai donné loyalement ma pensée, toute ma pensée, sans me plier à aucun enseignement d'école. Je suis toujours plus convaincu de la nécessité d'une assimilation plus intime du fait chrétien. Le dix-neuvième siècle a autant de droit que le seizième de remonter à la source de la foi, sans se laisser arrêter par
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aucune tradition humaine. Cela ne m*empêche pas de m^indiner devant TEvangile éternel. Accepter une autorité divine pour des raisons suffisantes, ce n*est point faire acte d'esclave, c'est agir en homme libre. Je sais combien l'acceptation de cette sublime folie de la croix, qui est le surnaturel à sa plus haute puissance, fait sourire de pitié ceux qui n'y ont pas reconnu la sagesse de Dieu et une merveilleuse conformité aux besoins les plus profonds de l'être humain. Je demande seulement à mes contradicteurs de ne pas m'appUquer cette mise hors la loi que l'on inflige volontiers aux défenseurs du surnaturel, et qui dispense d'un examen impartial. J'en appelle d'avance des condamnations sommaires qui sont indignes de la science. Je veux la liberté de pensée et de conscience pour tout le monde ; je déteste tous les privilèges, toutes les contraintes, surtout dans l'ordre des croyances. J'aspire du fond de mon âme à la pleine consécration de la Uberté religieuse, à cette absolue séparation des deux pouvoirs qui établira l'égalité de toutes les opinions devant la loi. Je ne veux pour la mienne ni une obole ni une protection qui vienne du pouvoir civil, car, à mon sens, i personne ne doit plus désirer le droit commun dans ce domaine que les chrétiens convaincus ! Us se sentent affaiblis de tout ce qui semble les protéger. J'ai écrit ce livre à une heure troublée, alors
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qne le vent qui sooffle éloigne les homine& de notre génératicoi de mes coDvictio&fl les plus chères; on verra bientât ce que œ vent gladsl sème de germes de mort sur scm passage , et tont ce qu'il flétrit. Sar les rives vers lesquelles S Bcms poosse, nous ne trouverioB» aucun des meilleuTS Tnens de la vie. La liberté, la j^iâtiee BOciai&, le noble souci des faibles et des déshérités, toutes oes grandes causes seraient perdues le jour oùy pour notre malheur, celle du Ohrist se* rait ooanpromise; car, pour l'honneur de ITinmanité, la vie passagère d*ici-bas ne reçoit sa dignité et sa graudeair que du monde supérieur dont nous sommes issus. Les chrétiens croient, avant tout, que ce monde snpérieur doit être recherché pour lui-même, et que l'œuvre de restaaaration et de relèvement du Christ commence par TiiKlividu qui ne trouve qu'à ses pieds Tapaisemeni et la fiorce victorieuse du mal. Ils l'avouent hautement, ils ne sont pas désintéres^ dans la question religieuse ; elle engage pour eux tout ce pour quoi il vaut la peine de vivre. Aussi, tout en gardant leur fi» personneiie dans ce qu'elle a de caractéristique, ils s'unissent de plus en plus, malgré ce qui les divise encore , pour détendre l'étendard commun.
Je n'ai certes pas renoncé à mes croyances particulières dans c^te apologie de l'Evangile, mais j'ai été
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heureux de me sentir étroitement rattaché à cette grande communauté des disciples du Christ qui a tra- Tersé tous les âges.
J*ai ime foi entière dans Tissue de la crise; je crois ^on-seulement au triomphe du christianisme, mais à l'épuration des diverses Eglises au travers du feu de la lutte. C est là mon ferme espoir. Mon vœu le plus ardent est de contribuer, pour ma faible part, à dissiper quelques-uns des malentendus qui voilent THomme-Dieu aux yeux de mes contemporains.
Paris, 30 novemijre 1865.
EIdmoxd de Pressknsiî.