VOYAGE A TYR ET A SIDON
n, — VOIA.GE DANS LES CONTRÉES DU NORD.
A la suite de ces événements, Jésus se retira quelque temps dans la contrée de Tyr et de Sidon. Ces deux villes, longtemps marchandes et guerrières, avaient été pour la nation juive comme des postes avancés de la civilisation païenne; riches et somptueuses, elles formaient le contraste le plus tranché avec une nationalité enfermée entre des frontières étroites et séparée des autres peuples par les prescriptions les plus sévères. Tyr et Sidon avaient été de grandes métropoles de commerce; c'est là que s'était développé le génie aventureux de ces Phéniciens dont les vaisseaux avaient sillonné toutes les mers connues pour verser les trésors du monde aux pieds de leurs monstrueuses idoles. Ces villes étaient bien déchues au temps de Jésus; elles avaient perdu leur indépendance. Tyr ne s'était jamais relevée du terrible siège que lui avait fait subir Alexandre ; Sidon, plus tôt soumise, avait moins souffert. Ces deux cités courbées, comme tout l'Orient asiatique, sous le joug de Rome, devaient encore quelque splendeur à leur magnifique position au bord de la Méditerranée, et les rapports entre elles et la Judée étaient devenus fréquents. Le paganisme asiatique, adorateur de divi« nités infilmes et cruelles, y exerçait son influence corruptrice. Ces populations n'étaient pas encore mûres pour le grand appel évangélique; Jésus ne fit que passer au milieu d'elles, mais non sans y accomplir un
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miracle qui annonçait à lui seul que les bornes nationales allaient bientôt s'abaisser. Ce ne fut pas, comme à Capernaiim, en faveur d'un centenier romain devenu prosélyte de la s^magogue et presque InoorpoBé^i k nation sainte; nous ne sommes pas non jdus comme à Samarie sur une tene à moitié sacrée où. le culte du Dieu unique subsiste encore. Non» tout en ce? lieux rœpire le paganisme le plus éhonké; d'impurs sanctuaires dédiés à l'Hercule phénicien s'élèvent de toutes parts. En agissant en Messie sur ce sol profané^ Jésus fait une démarchedécisive dont l'importance est encore relevée par les circonstances qui l'accompa^^n^xt.
Une pauvre femme cananéenne, qui a sans doute entendu parler des gran& évéaements accomplis en Judée, se jette à ses pieds. C'est une mère qui sup^die pour sa fille en proie à une affreuse possession : « Aie pitié, s'écrie-t^lle, fils de David! > Le Maître garde d'ab(»rd le silence, ses disciples souft importunés par kt jiahite de la Cananéenne. Celle-^ci devient plus pressante et n'obtient pour toute réponse que ces mots : c IL n'est pas permis de donner auK petits chiens le pain des enfants * . » Il semble que Jésus ait touIu présontsr le droit ancien dans sa rigueur la plus implacable pour éprouver cette fiUe d'un peuple idcdâtre et pour domier plus de solennité à l'acte qu'il va accomplir. Jamais la fd n'a montré une plus sainle hardiesse que celle que déploya cette mère infortunée : c II est vrai, dit*etie; mais il est pearmie aux petits chieus de umniger ks
1 SXatih. XV, 25.
VOTAOE A CÉ8AKÉE DE PHILIPPE. #79
miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Voilà bien la prière dont on a dit avec éloqttence qu'elle est plus forte que Dieu même^ Emu d'une si touchante confiance en son amour, Jésus ne tarda plus à opérer la giiérison demandée. C'est ainsi que la porte du paganisme fut ourerte à l'Erangilepar les mains suppliantes d'une pauvre femme. Ce jour est un grand jour dans les annales évangéliques.
De Sidon, Jésus se rend au nord-est du lac de 6énésareth, dans la Décapole. Cette province était ainsi appelée du nombre des villes qui y avaient formé une confédération, selon la coutume grecque. Les évangiles rapportent à ce voyage la guérison d*un sourd-muet et une seconde multiplication des pains, motivée par des circonstances analogues à celles qui avaient donné lieu à la première. Jésus se rend ensuite à Bethsaïde-Juliade où il guérit un aveugle *. De là, il gagne les contrées du nord, près des sources du Jourdain, à Césarée de Philippe. Tout autour de cette ville s'étend la fertile plaine de Huleh, enfermée entre les montagfnes boisées de NephtaK et les pentes du Hermon neigeux. Le Jourdain se firactionne en nombreux ruisseaux qui coulent entre les lauriers-roses, puis il va se perdre tout entier dans la belle nappe du lac Merom. Les deux princi-
* Adolphe Monod, Sermon sur la Concméônme.
* Matth. XV, 32. Marc VIII, 1-9. 11 n'y a point de confusion dans les synoptiques entre les deux multiplications des pains. Jésus les distingue nettement (Marc VIII, 19.) Les deux miracles diffèrent par la localité où ils ont été accomplis, par leun dates et par les clrconstances qoi les accompagnent.