LA FÊTE DES TABERNACLES
pen^da élevait dans les rues de Jérusalem, des tentes de branchages; il y logeait pendant sept jours. Les Juife, des palmes dans les mains, défilaient en longues preœasions pour célébrer la bonté de Dieu envers leurs aacâtres. Jésus n*arriva pas en Judée au début de la fête; il n'avait pas voulu se rendre à Tinvitation de ses firèras qui, sous l'empire de leurs préjugés nationaux, le pressaient de saisir cette occasion pour se produire avec éclat, n savait bien qu'il exaspérerait ses adversaires en venant à Jérusalem avec les caravanes galiléennes, qui ne manqueraient pas de lui faire cortège. Ses frères ne pouvaient pas plus prévoir que partager de tels périls, car leur conformité aux idées grossières de leur peuple ne les en préservait que trop sûrement ^ Le Maître se laisse donc devancer à Jérusalem par ses disciples et par sa &mille; il s'y rend en secret*.
La fête avait déjà duré plusieurs jours quand il arriva. Le peuple était dans une excitation extraordinaire; Jésus faisait l'objet de tous les entratiens; on discutait son caractère, ses œuvres, et, sui^aat l'esprit qui animait les divers groupes, il était traité d'homme de bien ou de séducteur''. L'émotion fat
1 Jésuf, par mite de ton arrivée tardive, ifa-pas oéIél>fé la nu^éts Tabemaclea selan les rites accoutumés.
* 'Ev %p\yKx(^. (Jean VII« 10.) Ce voyage solitaire De par«Xt pas concorder avec celui dont il est fait mention (Lac IX, 51), qoi « an certain appacat (Luc IX, SS). Le récU du troisième iévangUe convient mieux au voyage suivant, dans lequel Jésus prit comme un oongé aotaiael- de «as oontfées tant de fois pavcoaniea par lui. Naoa donnons antièeameni raison sur ce point à Néander» àJLange et àM. Ck>det contre Wieseler.
s Jmd VU, le, 13.
APOLOGIE DE JâSltô. 401
portée AU comble quand on le vit apparaître soudain dans le temple'. A peine s-t-il ouvert la bouche qu on ootrouve dans ses discours cette autorité qui n'appartient qu*à lui et qui est surtout saisissante dans ce lieu des vaines disputes et des paroles creuses. Alors s'engage «litre lui et ceux qui Tentourent un dialogue qui pennet de suivre la fluctuation des esprits et les knpresaiœis mobiles et diverses de ses auditeurs. Tout d'abord c'est l'ét^Hmement qui domine; on ne comprend pas ee divin savoir chex un homme qui n'a point traversé les écoles rabbiniques. Il s'agit bien de science humaine et réguHëre! Jésus a puisé sa doctrine directeoient en Ddeu, ^elle ne lui appartient pas, elle vient de Celui qui l'a envoyé! Quoique descendue de si haut, elle no se démontre pas au moyen d'une laborieuse argumentation; elle se révèle immédiatement à la conscience. L'hoiAme qui veut faire la volonté de Dieu reconnaît que cette doctrine vient de Dieu, car le désintéresseaient absolu de celui qui la proclame prouve qu'il ne se dimvlie pas lui-même, qu'il ce £ait pas boa œuvre à lui, et qu'il est bien l'organe de l'amour divin. Jésus, eomme toujours, en a appelé de la scolastique tourmentée de l'école à l'intuition morale'»
Le Maître a sans doute découvert dans la foule ^foriques-uns de oss Jui& qui s'étaient scandalisés du miracle qu'il avait acoompU naguère, près du rémr^oir de Béthesda. Il sait qu'à ce verdict de la
« Jean VTI, 14.
• Ces déveioppemenU sont la paraphrase de Jeam Vil, 16-19.
conscience droite qu*il réclame, on oppose sa prétendue violation du sabbat; on lui conteste la sainteté véritable au nom de la piété artificielle et conventionnelle. C'est pourquoi il aborde immédiatement Tapologie directe. Ces prétendus défenseurs de la loi ne l'ont pas comprise. Moïse nVt-il pas autorisé les Israélites à circoncire les enfants le jour du sabbat, mettant ainsi une ordonnance partriarcale au-dessus d*un commandement formel du décalogue? Il est donc des lois au-dessus de l'observance légale; or, tout ce qui contribue au bien de l'homme fidt partie de ce code éternel. Qui osera contester qu'il ne soit plus important de guérir l'homme tout entier que de le circoncire'? Cette parole hardie et pénétrante étonne d'autant plus qu'on sait ce qu'elle brave ; on se demande si les chefe de la nation se seraient laissé convaincre et auraient renoncé à faire mourir Jésus. Mais cet ébranlement des esprits n'est que passager; on ramène toujours l'objection d'une origine si basse, si obscure. On sait trop d'où H vient! c Vous me connaissez et vous savez qui je suis ! > reprend Jésus avec une auguste ironie. A ces hommes de la vue terrestre, qui se scandalisent de l'échoppe de Nazareth, il montre le ciel d'où il descend. Quelques auditeurs sont émus de tant de majesté, mais la masse demeure hostile. Les pharisiens sont sans doute réunis dans la salle des délibérations, car il s'agit à cette heure de savoir si le maître galiléen va les supplanta en pleine fête; ils se hâtent de profiter des disposi-
t Jean VH, 22. 23, (Voir Godet.)
tiens Tariables de la foule; leurs émissaires se préparent à se saisir de Jésus au moment favorable. Quant à lui, conservant son calme royal, il fait entendre au peuple que la lumière qui lui a été accordée pour un temps va bientôt se retirer et que le jour viendra où il regprettera amèrement d'avoir repoussé son libérateur*. Ses menaces ne sont pas mieux comprises que ses promesses.
Chaque matin, durant la fête, un prêtre descendait de la montagne sainte, une cruche d*or à la main, pour puiser de Teau à la fameuse fontaine de Siloë, au pied même du Morija; il remontait au milieu d*un grand concours de peuple, au son des cantiques et des trompettes sacrées, puis il terminait la cérémonie en répandant sur Tautel Teau de sa cruche d'or*. Ce rite était destiné à rappeler l'onde miraculeuse qui avait jailli du rocher sous la verge de Moïse. Mais en Israël tous les souvenirs étaient des espérances et devenaient les symboles de l'avenir. L'œuvre du Messie était dépeinte dans les prophètes sous l'image d^un fleuve d'eau vive ramenant la fertilité sur le sol desséché, c Vous puiserez des eaux avec joie aux
t Jean VU, 33, 34.
* Le dernier jour de la fête des Tabernacles était proprement le septième. Cependant, le huitième était encore célébré comme la clôture de la solennité. Le peuple quittait ses tentes de feuillage •i se rendait au temple. La cérémonie relative à Teau de la source de Siloé n*aTait pas lieu ce jour-là ; mais elle était présente à tous les esprits, et rien n*était plus naturel que d*y faire allusion. Au moment oti s*achève la fftte, Jésus adresse à la foule rassemblée dans le temple un pressant appel, qu*il rattache & Tune des cérémonie» usitées les jours précédents. Rien n*est plus compréhensible.
sources de la délivrance, avait dit le prophète Esaîe* . » Le prophète Joél avait annoncé qu'une source sacrée jaillirait dans le sanctuaire renouvdé^. Ezéchiel avait employé des images analogues'. Jésus était donc sûr d*être compris du peuple quand il disait : c Si quelqu*un a soif qu'il vienne et qu'il boive. Pour celui qui croit en moi, des sources d'eau vive jailliront de son cœur^. > Il se comparait au rocher du désert qui avait rendu la vie à Israël. Mais la réalité spirituelle dépasse de beaucoup le type; non-seulement Jésus apaise la soif, mak encore il fait jaillir dans l'âme une source inépuisable, magnifique image de l'expansion féconde de la vk divine, qui ne se donne à nous que pour se répandre par nous '^.
Plus Jésus se révèle clairement comme le Messie dans le sens élevé où il l'entend, plus ses auditeurs se divisent à son sujet. Tout indique que l'on est arrivé à une heure critique et décisive ; le peuple est tour à tour ai;tiré et repoussé. Une fraction est bien près de croire en lui ou du moins de le prendre pour le prophète précurseur*; mais l'impression favorable s'efface dès
t Esale Xn, B.
t Joël III, 18.
» Ezéchiel XXXVI, 25.
* Jean VU. 37.
* CT^t avec raison que révaDgéliste assimile au doa de Tesprit divin la pleine réalisation de cette promesse (Jean VII, 39). On voit à q«el point le quatrième évangile tient compte de TAucien Te&tament^ et combien U se distingue à cet égard du mouvement gnostique du dfiVLzièma siôçle dont on voudrait le faire sortir. L^ailusion aux grands faits de rhiâUiire d*Israel est perpétuelle daos les discours recueillis par saint Jean.
« Jean VU. 40-42.