L'ENVOI DES SOIXANTE-DIX DISCIPLES
qui avaient limité la première au peuple juif. Saint Paul, qui représente à tant d'égards ce second apo-* stolat, plus large que celui des douze, devait puiser plus tard un argument en faveur de Tuniversalisme chrétien dans ce choix des soixante-dix disciples, comme le prouve le soin qu*a mis Luc, son compagnon et son ami, à nous en conserver le souvenir.
Les soixante-dix disciples paraissent s*être contentés d'un voyage rapide ; ils revinrent dans une sorte d'exaltation, car ils avaienireconnu qu'im grand pouvoir leur avait été confié; les démons mêmes leur étaient assujettis * . Il fallait les prémunir contre Torgueil, car l'âme humaine se laisse enivrer même par les dons divins, et confond facilement le &ible instrument du miracle avec la main souveraine qui s'en est servie. Aussi Jésus rappelle-t-il à ses disciples que ce qui doit remplir leur cœur d'une joie pleine de confusion, ce n'est pas le fait de chasser des démons, c'est l'assurance que leurs noms sont écrits dans les cieux; ce n'est pas le prodige accompli, c'est le pardon obtenu '.
Chaque parole du Maître porte coup; c'est comme un mot d'ordre pour la grande lutte. On peut ré* sumer ainsi ses exhortations : Ceignez vos reins, comme des voyageurs qui partent et relèvent leur robe flottante. Allégez-vous de tout souci terrestre, comptez sur celui qui pare les lis des champs et nourrit l'oiseau du ciel. Le caractère exceptionnel de la pre-
i Luc X, 17.
« Id., 20.