‹ Jésus-Christ, son temps, sa vie, son œuvreChapitre 247 sur 309 · ADORATION DE MARIE. 54U · texte numérisé non relu

ADORATION DE MARIE. 54U

repentir, et que les cœurs profonds sont aussi les coeurs ardents. Il est d^ailleurs de Fessence de Fadoration de déborder au delà de toutes les limites convenues; elle brise en quelque sorte les formes ordinaires de la parole humaine comme un autre vase d'albâtre ; elle en revient toujours aux soupirs qui ne se peuvent exprimer. L*adoration répand Fâme devant Dieu par des mots et des pleurs brûlants; elle nous jette à genoux accablés de sa grandeur, éblouis de ses clartés; elle provoque les oflfirandes joyeuses et les dons sans mesure et ne trouve rien d'assez précieux pour honorer Jésus. Marie, sœur de Lazare, en demeure le type le plus beau et le plus touchant. La gloire de Fadoration est d'être une folie aux yeux des cœurs secs et égoïstes, qui calculent ce que coûte un mouvement de saint amour, et transportent dans les choses divines leur sagesse utilitaire, c A quoi bon cette perte ^? » disent quelques-uns des disciples sous l'inspiration de Judas '. A rien, en effet, sinon à exprimer ce qui est ineffable. Cette objection, toujours renouvelée, n'a pas empêché la lyrique sacrée, qui n'est ni un enseignement ni une apologie, de multiplier ses hymnes; la flèche de la cathédrale, qui n'abrite personne, ne s'élance pas moins dans les airs, et le pinceau religieux n'a jamais cessé de traduire Fidéal qui est dans Fâme et de multiplier ses mer-

» Eîç t{ ^ dlictbXeta aSTTj ; (Matth. XXVI. 8.) * Id, Cest ce que Ton peut inférer du récit de Matthieu, qui ne parle que des disciples, tandis que Jean parle de Judas.

510 UA^QRATim B^idABm^ .

veiljjjQB ÂnwtUes; olte n a pas .einpêcbé esSn h camr chrétie^ de y^Rger «es tréBora devant Dieu sans auUe but qpe de s'épaq^^her. Le vase de parfuiDs 3*e3t toujours répandu aux pieds de Jésus, et m cette perte ^ a servi à montrer que TutUité directe, xoême religieqsie, n*est pas tout dans la piété ; qu'à côté de la doctrine qai indique le bon chemin, de la foi correcte qui le suit, de l'activité pratique qui l'ensemence, il y a un besoin profond de l'âme qui veut l'amour pour lui-même et réclame une expansion infinie. L'argument des pauvres opposé à Marie n'est qu'un sophisme. C'est bim le cas de répéter : Il faut faire ceci et ne pas négliger cela. Certes, celui qui s'est identifié aux pauvres et a dit que ce qu'on leur ferait on le ferait à lui-même, a suffisamment garanti leurs intérêts. La piété ne saurait prendre exclusivement la forme de l'aumône; il £aut aussi qu'elle . remonte directement à Dieu en Jésus, sous peine de ne plus le reconnaître bientôt sous le voile de la pauvreté et de ne plus accomplir qu'un acte purement humain. Les pauvres ont tout h gagner à cette adoration; c'est quand le nard précieux a été répandu que les mains s'ouvrent le plus généjcensement pour les secourir. Celui qui est avare pour Dieu le sera pour ses créatures; le calcul est incompatible avec l'amour, c Vous aurez toujours des pauvres avec vous, a dit Jésus, mais vous ne m'aurez pas toujours. Laissez cette femme, elle a gardé ce parfum pour le jour de ma sépulture * . » En d'autres

« Mâtth. XXVI. 11-12.

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termes, à côté des devoirs journaliers et permanents de la charité qu'il ne faut pas négliger, il y a des occasions extraordinaires où la piété doit se manifester d'une manière exceptionnelle et suivre librement son impulsion. Jésus ne vient-il pas d'annoncer aux siens sa mort prochaine? Ce vase de parfums, c'est l'honneur funèbre que lui décerne par avance la sœur de Lazare, à la veille des suprêmes ignominies ! Ce trait doime à cette scène un pathétique sans pareil, elle rappdle ce que toute âme chrétienne doit à Jésus. Voilà pourquoi, de même que la maison de Béthanie, l'Eglise entière est constamment remplie du parfum qu'épanche à ses pieds le vase brisé de l'adoration *.

Nous avons signalé déjà le rôle que Judas a joué dans cette circonstance. Il porte la parole pour ceux des disciples qui partagent, du moins à quelque degré, ses mauvais sentiments. C'est lui qui calcule le nombre des deniers perdus, et, s'il invoque les pauvres, c'est pour couvrir soû avarice, t II tenait la bourse, dit Jean, et il était larron^. » L'évangéliste entend-il parler de quelque larcin positif ou de la disposition cachée de cette âme basse dévorée de l'amour de l'argent? On a remarqué l'amertume dont sont empreintes ses paroles sur Judas. U n'y a pas lieu de s'en étonner : nous reconnaissons qu'il y avait incompatibilité radicale

^ Nous ayons déjà montré, à Toccasion de la pécheresse de NaTn, combien cette scène diffère de celle qui est racontée dans Luc VIî, dô-^O. Le récit de Marc et de Matthieu concorde parfaitement avec celai de JeaD. Straoss 8*effîiroe en vain de tout confondra,

« Jean XU, 6.

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