‹ Jésus-Christ, son temps, sa vie, son œuvreChapitre 276 sur 309 · JÉSUS CHEZ ANNE · texte numérisé non relu

JÉSUS CHEZ ANNE

serve une grande influence sur le sanhédrin , qui était rempli de ses parents et de ses créatures. Jésus n'a pas d*ennemi plus acharné que ce chef rusé d'une famille sacerdotale, rompu aux intrigues du temple, et le haïssant doublement à titre de sadducéen et à titre de prêtre. Son intention était probablement de préparer l'audience solennelle du sanhédrin. Il joue dans le procès de Jésus le rôle déjuge d'instruction * . Dans l'absence de chefe d'accusation bien déterminés, il faUait prendre des précautions exceptionnelles pour arriver à une condamnation. Anne interroge Jésus sur sa doctrine et sur ses disciples, c J'ai parlé ouvertement devant le monde, répond Jésus ; j'ai enseigné partout, dans la synagogue, devant le peuple, là où se rassemblent tous les Juifs, je n'ai rien dit en secret. Pourquoi m'interroges-tu ? Demande ce que j'ai dit à ceux qui m'ont entendu. Ceux-là le savent bien. > Rien n'est plus irritant qu'un tel calme pour des hommes de passion. Un des assistants frappe l'accusé au visage, c Si j'ai mal parlé, dit Jésus sans s'émouvoir, convaincs-moi ; si j'ai bien parlé, pourquoi me frappestu ? » Telle est son attitude sous ce vil outrage ; il n'éprouve pas même l'indignation si naturelle qui, dans une circonstance analogue, arrachera une parole d'anathëme à saint Paul. Rien ne fait mieux mesurer la distance entre le plus grand des disciples et le Maître. Quelle royauté dans un tel support !

Dès qu'on peut rassembler le sanhédrin, Jésus est

> Jean seul mentionne la comparution devant Anne. (XVIII, 12.)

614 LE ItfiN!EM£NT Dfi PIERRE.

conduit im palais de Caîphe. Au moment mtme oA il sortait de la midson d'Anne, il entendit Pieive qui disait avec imprécation : c Je ne connaift |»» eet hœnme I > C'était son troisième reniement. Le preniier avait eu lieu dams le vestibule du palais, eur une remarque de la portière, qui Tavait reconnu. Le malbeoreux disciple s'était ensuite réfugié dans la cour, où les serviteurs avaient allumé un grand feii peur Be obaufibr. Une autre servante avait provt>qué son second reniement. Son accent provincial le désigna ensuite aux raiHeries de l'assistance qui le traita de Galiléen; c'est alors qu'il prononça le lâche dé^iveu qui contrista le cœur de son Maître. Au même moment, le coq chanta. Il se souvint de l'avertissemexit qui l'avait tant indigné, mais surtout il ne put résister au regard plein de tristesse et d'amour que Jésus arrêta sur lui. Il quitta ce lieu funesrée et versa des larmes amères * . Un homme nouveau devait sortir de cette crise humUiante. Le sort de Judas est bien différent; torturé du souvenir de son crime, il jette dans le temple l'afifireux salaire de sa trahison, puis il met fin à sa vie maudite dans le champ d'Akkeldama*.

t Le récit de Jean XVin, 15*19 a seu) le caractère du témohi oeû' laire.Les synoptiques, ne parlant pas de la comparution devant Ânae, ne placent pas le reniement à son vrai moment et £i sa vraie place. Les divergences de détail n'ont aucune importance. Luc perU d'iKi serviteur (XXII, 58), quand Matthieu et Marc parlent d^une servante. (Matth. XXVI, 71 ; Marc XIV, C9.)

* D'après le récit de saint Pierre, dans les Acfes* Judas a adnté lui-même le champ où il s*est suicidé (Actes I, 18) ; tandis que, diaprés Matthieu XXVII, 7, c'est le sanhédrin qui a fait l'acquisition du champ, après sa mort, avec l'argent de la trahison, et qui Ta affàctë à la sépulture des étrangers.

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