ENTRETIEN DE JÉSUS ET DE MARŒ MADELAINE
sespoir que la foi eût si promptement séchées, le Besfiuscité se fait reconnaître à Marie de Magdala dans un entretien bien propre à chasser tous ses doutes, car jamais identité morale ne fut mieux démontrée. Elle était retournée à ce sépulcre qui était pour elle le lieu le plus cher et le plus sacré de la terre entière. Les anges qui avaient parlé à ses compagnes étaient revenus; ils lui avaient posé la même question, et elle s*était bornée à leur redire la triste parole qu'elle avait adressée aux disciples : < On a enlevé mon Seigneur et je ne sais où on Ta mis. » Ainsi cette brillante apparition d*êtres célestes en vêtements blancs ne la distrait pas un instant de sa douleur; que lui importe cette vision de gloire? Ce qu'elle demande c'est le corps meurtri du crucifié. Soudain Jésus se présente à elle, mais au travers de ses lurmes, elle ne le reconnaît pas au premier coup d'oeil^ elle le prend pour le jardinier de Joseph d'Arimathée et tout entière à sa tendre et poignante sollicitude, quand le Maître lui dit : « Pourquoi pleures-tu î qui cherches* tu? » elle répond : c Si tu Tas emporté, dis-moi où tu l'as mis et je Tirai chercher ! » Touchant et naïf amour, profondément humain et vrai, qui rachète par son ardeur ce qu il a d'aveugle. Marie ! lui dit simplement Jésus, aussitôt le nuage est dissipé, elle a reconnu la voix qui naguère lui a apporté une miraculeuse délivrance. C'est bien lui ! Elle tombe à ses pieds en s'écriant : Rabboni! Ainsi la foi triomphante a jailli de l'échange de ces deux paroles*. Mais cette foi doit s'épurer en-
« Jean XX, 11-16.
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côre. Jésus veut être aimé désormais, non pas seulement comme le plus par&it ami, mais surtout comme le Fils de Dieu; l'ère du Christ invisible succède à l'ère du Christ visible dont on pouvait rencontrer le regard et presser la main. Marie, qui tout à l'heure montrait une préoccupation si exclusive de la dépouille mortelle de son Maître et qui maintenant lui prodiguerait si vo* lontiers les témoignages d'ime afiection trop humaine malgré son exquise pureté, est encore loin de cette spiritualité. Il faut qu'elle comprenne que le Ressuscité est sur le seuil de cette haute région que l'on n'atteint que par la prière. Le Noli me tangere est une protestation anticipée contre toutes les misérables formes qu'une dévotion abusée a inventées dans le cours des âges : € Ne me touche pas! s'écrie Jésus, car je ne suis pas encore remonté vers mon Père. Va vers mes frères et dis-leur que je remonte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu * . » La piété digne du Christ unit l'austérité à Tintimité et ne traite pas comme un fétiche celui qui a inauguré sur la terre le règne de l'Esprit.
Marie de Magdala remplit fidèlement scm message, mais elle ne réussit guère mieux que ses compagnes à convaincre ceux des apôtres qui ne s'étaient pas rendus au tombeau^.
Tandis que les amis de Jésus momtraient tant de peine à croire à l'événement qui devait les combler de joie, les Jui&, d'après le premier évangile, en furent
> Jean XX, 17.
• Maro XVI, 11.
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boulfi^rersés. Les juges iniques qui n'avaient pas coaîiit de aubomer de âuix témoins n'héailèreiit pas davantage à acheter les gardiens du tombeau; ces nusérablés s'engagèrent à accuser les disciples d'avoir dérobé le corps de leur Maître pour accréditer une prétendue résorrection*. Preuve nouvelle de l'impuissance des amples prodiges pour renouveler les corairs ! La t^cre ébranlée jusqu'en ses fondements, le sépulcre cmvert i»oudaiii, Tapparition des messagers du ciel, aucun de ces faits merveilleux n'avait agi sur ces âmes basses; quelques pièces d'or ont plus de poids à leurs yeux que ces grands événements. L'épouvante n'ébranle que Fesprit et ne détruit pas l'impénitence. A quoi donc eût serri que Jé^xs se montrât publiquement au peuple qui l'aval crucifié!
L'état moral des disciples, après ce qu'ils ont entendu le matin, nous est parfaitement dépeint dans les paroles de deux d'entre eux qui, vers le soir de cette grande journée, se rendaiœt à Emrtaûs ', petite bourgade située à soixante stades de Jérusalem, sur les confins du pays de Benjamin, au pied de la colline de Mitqm, illustrée par le séjour cte Samuel. Peut-être étaieot-ik natiâ de cette localité, peut-être cherchaient-ils le re* cueillement loin du bruit de la ville. Absorbés dans leors pensées, ils suivaient le chemin solitaire. On voit que pour eux une seule chose est certaine, c'est le supplice infamant du Maître; ce qu'ooi leur a dit du tombeau vide
i Matth. XXVIII, 11, 15.
* Aujourd'hui El Kubeibeh. (Robinson III, p. 281.)
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•t ém wppênûomB d'angos les a laissés en proie à leur doideur ; ils en soiit encore à pleurer siHT la ruine de toutes leurs espérances : c Nous espérions que ce serait lui qui déliyrerait Israël, mais voici le troisième jour que ces choses se sont passées' ! > Ces mots, qui expriment ime «i amère déception, sont adressés précisément à cdui qui peut les démentir avec éclat. En efiSst, les deux disciples ontété abordés par un étranger, qui les a interrogés sur Tobjet de leur triste entretien. Ils ne l'ont pas reconnu, tant ils sont ébignés de croire au grand miracle. Le Toile qui recouvre leurs yeux commence à tomber, tandis que le Maître leur explique, par les Ecritures, le mystère si étonnant pour des Juifs d*un triomphe inauguré par la souffrance et la mort. Sans comprendre Picore ce haut enseignement, ils sont profondément émus^ et, oomme ils approchent d'Emmaûs, ils s'efforcent de le retenir par cette naïve prière : c Reste avec nous, car le soir est venu. > Quand le Maître, assis à la même table qu'eux, eut élevé les yeux au ciel pour bénir le paân du repas, ils n'hésitèrent plus à le reconnaître, et il dispwrut de devant eux : € Notre cœur ne brûlait-il pas, s'écrièrent-ils, tandis qu'il nous parlait en chemin et nous expliquait les Ecritures. » C'est la flamme intérieure qui, comme toujours, a dissipé l'obscurité de l'intelligence. Maintenant, ils croient à la résurrection, comme Marie, car ils ont vu et entendu le Ressuscité. Les deux disciples, dont un seul est nommé ^, repren-
4 Luc XXIV, 21.
• Cléopas (Luc XXIV, 18). La tradition a voulu voir Luc dans le second.
€52 UAPPARITION DE LA GHABIBRE HAUTE.
nent immédiatement le chemin de Jérusalem, car ils sentent bien qu'ils ne peuvent garder pour eux seuls un tel bonheuiv. Joie et douleur, tout se partage dans la famille du Christ. UEglise fut fondée en réalité du jour où exista cette communauté morale.
Les deux disciples étaient à peine arrivés dans la chambre haute où leurs frères s'étaient étroitement renfermés par la crainte des Juife que Jésus apparut soudain au milieu d'eux' . Eperdue d'étonnement et de joie, l'assistance n'ose croire à un tel bonheur; il semble que ce soit un esprit, un fantôme. Il fallut bien se rendre à l'évidence quand le Maître leur dit : < Voyez mes mains et mes pieds. Touchez-moi et regardez-moi, un esprit n'a ni chair ni os, comme vous le voyez en moi. » Il fit plus, il mangea devant eux un peu de poisson et du miel. C'était bien lui en effet. Comment en douter ea entendant ces sublimes paroles : c La paix soit avec vous. Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie. > Puis il souffla sur eux en disant : < Recevez TKàprit saint. » Ce n'était pas encore la grande effusion de b Pentecôte, mais pour le Fils de Dieu promettre c'est
* Luc XXIV, 26. Il n^adonc pas cette fois franchi la distance d*uw manière extraordinaire, puisqu*il a été précédé par les deux disciples. Quant à Topinion qu*il aurait pénétré dans la chambre haute au travers de la porte ou des murs, rien dans le texte ne m*a contraint de Tadmettre. Un tel prodige nous semble démenti d^ailleurs par les preuves palpables que Jésus donne de sa corporalité. (Luc XXIV, 39-43; Jean XX, 20.) Calvin repousse énergiquement dans son commentaire une telle explication. Le miracle a pu consister en ce qot les portes se seraient ouvertes d*elles-mèmes devant Jésus. Nous ne pouvons en préciser la nature ; seulement il faut se garder de tout ce qui rendrait fantastique la vie corporelle de Jésus.