‹ Jésus-Christ, son temps, sa vie, son œuvreChapitre 288 sur 309 · LE DOUTE DE THOMAS · texte numérisé non relu

LE DOUTE DE THOMAS

donner, et rien n'empêche d'admettre une communication partielle de l'Esprit à cette heure. Thomas était absent au moment de cette scène augtiste; il ne voulut pas se rendre au témoignage de ses amis : « Si je ne mets ma main dans son côté, dit-il, je ne croirai pas. > Miséricordieuse condescendance du Christ ! Il accorda cette demande à son apôtre, parce qu'il le savait droit et sincère, mais non sans mêler un reproche à cette faveur imméritée : c Tu crois parce que tu as vu. Heureux ceux qui ont cru sans voir*! i Heureux ceux qui se sont contentés d'une parole divine et qui ont ouvert l'œil intérieur! Thomas a parlé pour les croyants de tous les temps, quand il s'est écrié devant le Ressuscité: c Mon Seigneur et mon Dieu! » Voilà la foi de l'Eglise primitive, la foi de l'Eglise imiverselle, le vrai symbole apostolique, non pas élaboré par un concile ou formé par la tradition, mais sorti d'un cœur ardent dans une heure sacrée; c'est le credo spontané de l'âme chrétienne prononcé à genoux devant le Christ !

L'apôtre saint Paul mentionne une apparition du Eessuscité à Jacques, frère du Seigneur *. N'est-il pas permis de supposer que Marie, la mère de Jacques et de Jésus, sentit ce jour-là que l'épée qui lui avait traversé l'âme en était arrachée pour toujours? Glorieuse consolation après de si indicibles déchirements !

C'est en Galilée que le grand rendez-vous avait été donné aux disciples au nom du Bessuscité. C'est là,.

« Je«n XX. 21-20.

« 1 Cor. XV, ?•

664 TAITARITION DU LAC DE TIBÈRIADE.

sur ce théâtre fevori de son activité publique, qu'il voulait se montrer au plus grand nombre d'entre eirx. Les évangiles nous rapportait deux de ces apparitions en Gralilée. La première eut lieu sur ces bords du lac de Tibériade , où il avait connu quelques jour» de gioiie au milieu d'une population enthousiasmée * . Qu'était cette première gloire, si passagère, due à une ùsweai précaire, comparée à celle qu'il rapportait maintenant du sépulcre, après avoir vaincu le péché et la mort? Sept des apôtres s'étaient réunis sur le bord du lac ; ceux d'entre eux qui avaient longtemps vécu de k pèche, et parmi lesquels étaient Pierre et Jean ^ Boutèrent dans leur barque et y passèrent la nuit ; ils voulaient gagner le pain de la journée prochaine. Ha ne prirent rien pendant ces longues heures. Yers le matin, Jésus apparut sur la grève; il ne fut pas reconnu ; mais quand, sur son invitation, le filet eut été jeté du côté droit de la barque et qu'il eut commencé à se rompre par la grande quantité de poissons qu'il ramenait, Jean s^écria : c C'est le Seigneur! » Pierre, qui s'était dépouillé de ses vêtements, saisi d'un resped qui va jusqu'à l'effiroi, se précipita dans le lac. On fit aborder la barque , et , comme aux j^urs d'autrefois, le Maître et les disciples prirent leur repas ensemble. Pierre osait à peine lever les yeux sur cehn qu'il avait renié. Il se demandait sans doute s'il avait le droit de prendre rang parmi ses apôtres. Jésus le réintégra dans sa charge par une parole qui évoquait tout ensemble

1 Jean XXI, 1-15.

l'apparition du lac de TIBÉRIADE. 655

les amers souvenirâ et les pieuses ardeurs, parole vraiment divine qui humiliait et relevait à la fois : € Simon, fils de Jona, lui dit-il, m'aimes-tu plus que ne font ceux-ci? » Trois fois ce glaire sacré qui blesse et sauve en blessant fut plongé dans le cœur du disciple, comme pour mieux lui rappeler son triple reniement et la dette qu'il avait :contractée dans la cour du souvreraia sacrificateur. Trois fois Pierre répondit avec un élan de Tâme qui n'était plus une présomptueuse confiaoœ en lui-mtee : c Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime«>Tout brisé par son repentir, il reçut du Maître comme une nouvdle institution de sa charge : c Pais mes brebis ! Pais mes agneaux ! » Nul n'est plus apte à porter aux hommes le miséricordieux message que celui qui vient de se relever d'une chute, couvert du pardon de son Dieu. € SuisHnoi,»dit Jésus à Pierre^ comme il le lui avaitdit sur ces mêmes rives au début de son ministère. Le disciple sait maintenant ce que c'est que de suivre un Maître crucifié; s'il pouvait l'oublier, il serait promptement ramené h la réalité par ces paroles énigmatiques qui, quelques années plus tard, eurent leur sanglante confir* mation à Rome : c Quand tu étais jeune, tu te ceignais toi-mâme et tu. allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, un autre te ceindra et te conduira où. tu nevoudras pas* » C'était prédire au bouillant fils de Jona k. captivité et la mort. Mais c'était aussi lui dire qu'il avait été jugé digne de souffrir pour Jésus ; nulle réhabilitation n'était plus complète que celle-là. Au disciple ardent et orgueilleux, la défection prochaine est annon-

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