V. —Les sectes et les partis en judée
La secte des esséniens forme la transition entre le judaïsme palestinien et le judaïsme alexandrin. Elle s'est constituée sous l'influence du dualisme oriental, qui flottait partout dans l'air, aussi bien en Asie qu'en Egypte. Le mysticisme transcendant qui s'est formulé plus tard dans la Kabbale existait alors à l'état d'influence; le Talmud y fait de claires allusions et on ne saurait contester que ses croyances fondamentales ne fussent déjà répandues. La théorie de l'émanation était l'un des grands courants intellectuels de ce temps, La notion d'un Dieu caché et mystérieux qui se révèle par ses attributs, hypostases tout idéales constituant dans leur ensemble le prototype du monde et avant tout de l'homme, l'assimilation du mal à la matière, l'exégèse réduite à l'allégorisme et la
« Vita Moysis, lib. II.
L'ESSÉNISME 117
morale à Tascétisnie: voilà autant de traits communs à toutes les élaborations de la théosophie orientale * . Il n'est pas étonnant de les retrouver en Judée sous une forme moins philosophique qu'en Egypte, et plutôt à l'état d'aspirations vagues qu'avec la rigueur d'un système proprement dit. t La mort est un baiser de Dieu^ » lisons-nous dans la Kabbale. Ce mot mélancolique, qui exprime si bien la tristesse inconsolable de la créature bornée aspirant à se perdre dans l'infini, remonte peut-être à ces temps troublés.
Il est évident pour nous que l'essénisme fiit le produit de cette tendance dualiste. Le tableau qu'en tracent Philou et Josèphe nous le montre, non-seulement en quête d'une morale plus pure, mais encore livré à des pratiques qui rappellent le pythagorisme*. C'est bien une plante du sol de la Palestine, mais éclose au même souffle qui en tant de lieux divers développait un mysticisme ascétique. Les esséniens, en se retirant dans les solitudes de la mer Morte, rompaient avec la religion nationale; ces hommes du désert la condamnaient par leur empressement à se placer en dehors de son cadre oÉGciel; ils la proclamaient du moins insuffisante. En supprimant les offrandes sanglantes, en s'interdisant de franchir le seuil du temple, ils constituaient en réalité un nouveau culte auquel présidaient
' Voir Touvrage de M. Franck sur la Kabbale, et l^articie de M. Reuss dans V Encyclopédie de Herzog.
■ Voir le traité de Philou : De Vita contemplativa ; et Josèphe : ^U. Judaic,, U. 8.
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leurs anciens, qm n'avaient «noon lien aïoec le doce. Ils avaient établi une initiation à trDi»4€igrés.très sévère et s'étaient empressés d'abolir tonte distinctiœ de rangf, effaçant jusqu'aux moindres traces de l'esclavage. Malheureusement, ils avaient remlu d'araxioe leurs réformes stériles, en s'isolant de leur penjde. Jamais l'égalité d'un monastère ne tirera & conséquence dans la vie commime«
Ce n'est pas tout, non contents d'avoir institué la communauté des biens, ils condamnaient le mariage en soi ^ Ils montraient bien qu'ils considéraient la matière comme la source du mal, par les précautions extraordinaires qu'ils prenaient pour se purifier de toute souillure corporelle. Vêtus de blanc, ils offiradent leur prière au soleil, aux premiers rayons de l'aurore ^ ; ils voyaient sans doute dans la pure lumière du matin, le symbole de la Divinité. Les esséniens n'admettaient 4|«e le Pentateuque etrejetai^ittout le développement poephétique de l'ancienne alliance. Quel rapport pouvait donc exister entre le christianisme et cette secteihia- Hste qui s'était séparée en fait de la tradition religianse de l'Ancien Testament, et qui, à l'exemple de l'école ^e Phikm, laissait à Thomme le soin d'opérer son propre salut par l'ascétisme? Plus étrangère qu'auifune autre fraction du peuple juif à Tattente du Messie , elle trompait les grandes aspirations de l'âme
^ Td\kO\) {likv ïyi^tpo^ioL ^ap' aixoTç. {Joséphe, Beît. Jud.^ n,S,^) • EJç aÙTbv eux»;, (^m'-. n, 8, 5.)
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biiiiiaine par des.pratiques de couvent; le déaert n'avait pûs été pour elle Técde de la sainteté, destinée à préparer (aux luttes héroïques, .maie bien le refuge définitif où elle échappait au combat ^ Aussi, malgré quelques ijiaIog^e£( itout textérieures , est-elle restée sans jelurtiou directe avec ia religion nouvelle. De là le silence de nos éi&angiles sur Tessénisme, qui a continué son rêve solitaire tandis qu'à Jérusalem se jouaient les destinées de la religion pour le monde entier *.
Il faut 4ine certaine audace pour prétendre que le sadducéisme a frayé la voie au christianisme, en élargissant les écrits '. Singulière manière de préparer à une religion de renoncement que de pervertir les âmes et de saper dans la conscience la base sur laquelle seule elle peut bâtir ! Les sadducéens ont trouvé dans Hérode un roi selon leur cœur, débarrassé de tout vrai scrupule, courtisan de l'étranger, ennemi juré de la dévoticm farouche qui .prépare des troubles et des résistanœs, et n'hésitant pas à élever au sacerdoce ses créatures. Un tel régime était bien fait pour ces hommes de plaisir qui no voulaient du pouvoir que les avantages matériels. Josèphe réduit à sa juste valeur cette prétendue largeur d'esprit des sadducéens, quand il se
• Noos n*aTons pu souscrire aux opinions d'Ewald {Gesch. Isr<iêl^ W, p. f7S), J0t de U. Rensi (ffistottv de lu litêérature au siéeU oponoUque^ 1, ,p. 115) sur Torigine uniquement hébraïque de l^essénisme.
* Noos anoBB opéfaté par o»s .déTelqppemeBts V'iàée ào Stmnss mr le rapport^u christianisme primitif et de Ves6énUme,X^eb. Jesu far tIeHUch. "Votk., p. 175.)