LES ÉVANGILES CANONIQUES
à terre et de disperser ses précieux épis. Chacun de ces écrits a une empreinte individuelle et répond à Tune des phases et à Tune des faces du siècle apostolique; ce n est qu'à ce prix qu'ils nous donnât une idée suffisante de Tincomparable personnalité qui résume en elle tous les contrastes. Nous voilà donc bien loin de ce livre du pauvre homme c qui, n'ayant qu'un livre, y ajoute tout ce qui lui tombe sous la main*. > Non, la plus belle chose du monde ne s'est pas formée comme les légendes les plus absurdes. L'histoire impartialement consultée nous fournit d'autres données.
Nos évangiles canoniques ne remontent pas à unedate antérieure & l'an 60. Jusqu'à cette époque, l'Eglise de Jérusalem est demeurée le centre et la métropoledes chrétiens. La tradition évangélique s'y est conservée d'une manière toute naturelle par le concours des hommes apostoliques. Quand ce faisceau commence à se rompre, on ne peut plus se contenter de relations fragmentaires qui ne conservent qu'imparfaitement cette grande prédication des premiers temps. Il< a'y a rien là d'officiel; c'est le cours des choses,, c'est la conséquence d'un changement de situation.. On se fait l'idée la plus fausse de l'antiquité chrétienne quand on s'imagine que nos évangiles canoniques ont été composés, puis produits avec éclat commodes écritures théopneustiques. Il n'y avait pas d'arche
1 M. Renan, Introduction à la Vi4 de Jéstis^ p. xxii.
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de cèdre dans TEglise primitive pour y enfermer les livres sacrés comme sous rancienne alliance. Chaque évangile canonique est né spontanément, occasionnellement, par Teffet de circonstances où nous reconnaissons la main de la Providence qui veillait à la conservation du trésor de l'Eglise universelle, mais rien ne ressemble moins à une notification divine; le soin de discerner et de proclamer la valeur incomparable de ces documents vraiment apostoliques a été laissé à la conscience chrétienne.
Le plus ancien témoignage direct en feveur du premier récit canonique se trouve dans le passage suivant de Tépître de Bamabas : c Quand Jésus- Christ choisit ses propres apôtres, qui devaient annoncer son Evangile, il choisit les plus insignes pécheurs pour montrer qu'il était venu pour appeler non les justes mais les pécheurs \ » Ces derniers mots se lisent textuellement dans notre Matthieu : c'est la réponse de Jésus aux reproches des pharisiens qui se plaignent de ce qu'il est entré dans la demeure ' du péager^. D'après Eusèbe, le premier évangile n*est que le résumé des prédications de l'apôtre au moment où il part pour ses missions lointaines •. Il n'y
1 "Otc 2s xohq fiicu; dxocréXouç xch^ (jiàXXcvtaç xv^puosecv t^ euaTYéXiov oùioli IBz/Âçaxo u:ièp i:ajav à[iapT(av àvc(Mâ>T£pcuç. (Ep. Bain., I, 5.) * .
«Mutth. IX, .13.
» MaTÔaïcç ::p^£pov 'Eopaîotç xr^puÇaç, &q i\uk\ç. xai è^' ètépouç Jévat, T.x'zpiiù y^^tyj Ypof ^ icapoîcùç to xot* aixbv cùxffé- Xiov. (Ettsôbe, 111,24.)
fîVÀNGILE SELON SAINT MATTHIEU. '1«5
« eocniBé^'lraison valable pour récuser cette assertion qui est confirmée par saint Jérôme, Origène et Irénée * . Matthieu est ce p^ger de Oapematim nommé Lévi qui reçut l'appel décisif au bureau même des j^éages ', et ^i prit rang parmi les 4ouz^'. Sa vooation première supposait une certaine culture qui le rendait capable de raconter les fsûts dont il serait le témoin, n appartenait à <;ette clais^e méprisée que le ptrti phariaaîque accablait de tels dédams que la société d*un publK^ain était à elle seule un sujet d'opprobre*. Cœur religieux et droit, attaché à la religion de ses pères, le péager Lévi avait saqs doute cmdlement souffert dfe cette espèce <te proscription morale; il était ainsi préparée Saisir vivement le contracte entre le. judaïsme implacable des pharisiens et la religion de charité qui était FaecomplisB^nent du judaïsme v^itable. Le legard de saint aaoïlr qui pénétra oe noble cœur froissé Rattacha & jamdsà la personnede Jésus. Matthiea, d'après le témei- ^aged'Eusèbe, paraît âtre resté à Jérusalem plus tard ^e les au^es apôtres'. Il était^nsi appelé tout natu-
1 s. Jérôme, Comment, in Matth, Prœfat. Origèée dans Ènsèbe, "V!,'». IWûée, ffares,, ÏH, 1.
« Luc V, Srr. Marc II, 15.
* lUtth. X, 3. Bfarc lU, 16. Luc XI, 15. Le premier évingile fL, 8) «ppeUe MatllHea^& T8>:dy||}ç,' et rtt66Bte«-(lk« 7) iaf YMaiion de ce péager et le repas ^uHl donna- k'Jéeusâalis fa taaison. Dans Loc Y, Z7f et Marc II, 13, le festin donné par le ^ager Léri'^esi ëaas le même encadrement histoiique. BvidediuÉeat il s^é^fii du «ême homme.
* Luc X\M.
» Ensébe, H. £., V, 10.