L'ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU
rellement à résumer leur prédication commune dans la capitale de la théocratie. Nous n'avons que de vagues renseignements sur sa mission en Arabie et sur la fin de sa vie.
Revenons à son évangile et aux rares infbrmatioiK qui nous sont données par Tantiquité chrétienne sur sa composition. Nous devons nous arrêter au fameux texte de Papias devenu Tobjet de tant de controverses. Papias déclare avoir appris de Jean le presbytre, contemporain des apôtresy que Matthieu avait recueilli en hébreu les oracles évangéliques et que chacun les interprétait comme il pouvait*. C'est à tort que Ton a voulu réduire ces oracles évangéliques à un simple recueil des discours du Sauveur. Cette expression d'oracles a un sens infiniment plus étendu, et s'applique dans l'épltre aux Hébreux à l'ensemble des révélations de rAncien Testament^. Il est d'ailleurs tout à &it impossible de séparer le plus grand nombre des paroles de Jésus- Christ des faits ou des actes qui les ont motivées. Papias lui-même avait écrit un livre sur les oracles du Seigneur qui comprenait des récits proprement dits, comme on peut le voir par les fragments qui nous eo restent'. Il est certain d'ailleurs qu'Eusèbe et ses con-
}ft\i^ Vai'ti u>ç i^voTO Ixaaxoç. (Eaièbe, ff. E., m, 99.)
1 Héb. V, 12.
s Las xuptotxà XtrfiOL comprenaient, par exemple, le récit de la feoune adultère (fiusèbe III, 39). Papias, après aToir dit que Mare u*a pas donné un ordre suivi des oracles du Sauveur, définit ainsi ca mot da yj^ : XcxOivia ^ icpaxOina. (Eusèbe, m, 39.)
L*ÉVANGILE HÉBREU ET L*ÉVANaiLE GREC. 197
temporains, qui possédaient son écrit, appliquaient sa déclaration & un récit plus ou moins complet et non à on simple recueil de discours.
Nous croyons donc que Papias a bien entendu parler d'un original hébreu de notre Matthieu, et, comme il n'y en a plus trace au commencement du second âècle, nous devons supposer qu'il avait été déjà supplanté dans l'Eglise par notre évangile grec, destioé par sa langue même à une circulation bien plus large. Evidemment cet original hébreu ofi&ait surtout de l'intérêt aux judéo-chrétiens , qui avaient pu lui &ire subir de nombreuses modifications*. L'espèce de dédain montré par Papias pour la tradition écrite explique très bien qu'il n'en fût que très inexactement informé; il avoue lui-même qu'il s'enquiert, avant U)at,de la tradition orale, et que c'est d'elle seule qa il se préoccupe. C'est par suite de cette disposition d'esprit qu'il attache si peu d'importance au premier évangile grec et qu'il le range dans la catégorie de ces traductions multiples de l'original hébreu, qui avaient cours dans les Eglises. L'expression dont il se sert implique que ces traductions passaient pour peu exactes : c Chacun, dit-il, traduisait comme il pouvait. » Un observateur superficie tel que Papias et exclusivement préoccupé de la tradition orale caractérisait par ces mots la liberté teès grande dont la récension grecque de
' Peutrétre n*eziiUit-il ploi an temps de Papias que dans la ré- «iBsioD imparfaite et iorchargée de révangile des Hébreux.
19» * L*É¥ANO&^ flfiBitEU ET L*fiVANQILB ORBa
Matthieu a usé yi8<>à-yis de l'imginal. Cette liberté var si loiB q^ie Ton est ^i dnât de \m dans Févangile que noue possédons un second originaL
En eS^t, le style est de première main; il couk d« source ) il a mênae dee fineisses d'intention et presque des jeux de mot^ qui ne sauraient sa oobcilier aveo l'idée d'une traduction * . Toutes^ les fyis que Tévangéliste cite eU' son nom l'Ancien Testament, il recourt à l'original hébreu> tandis qu'il emprunte aux Septante les citations intercalées dans les discours qu'il reproduit. Eyidemment ce ne sont pas les allures d-un simple traducteur. L'antiquité chrétienne comiiûssait donc un évangile hébreu de Matthieu^ rem^acé dès le second siècle par notre évangile grec qui estplutdt une refonte qu'une traduction. On a prétendu que c^ évangile grec était également de la main de l'apôtre. Nous ne le pensons pas^ On ne peut d'abord }m)duire aucun texte précis à l'appui de cette assertion; ^3suite le premier de nos récits canoniques a pu difficilement être éorit tout entier de la main d'un:«^trev Comment supposer qu'un témoin oculaire eût admis des désignations chronologiques si nettes, si précnses dans l'enchaînement des faits et des discours là où fl n j a évidemment qu'un groupem^it d'événem^its ou de^pafoles rangés soug certains chefs généraux ? Le» di^
dkoXévet. (MatUi. XXI, 41.)
L'ÉVAXaiLE IlÉBREU ET L'ÉVANGILE GREC. 19Î)
vergences avec Tévangile de Jean, quoique portant sur dea points secondaires, ne permettent pas, néanmoins, dladmettre dans notre Matthieu un second témoignage immédiat. Un apôtre qui n'eût pas quitté Jésus-Christ pendant tout son ministère n*aurait; pas. passé sous sileneeles voyages à Jérusalem, il n'eût pas borné à la Galilée les apparitions du Ressuscité, il. n'eût pas davantage rapporté & une date erronée, la . céléhratioà de la dernière Pâque*.
Ces légères imperfections n'ont aucime gravité. dès qu'on cesse de les attribuer à un apôtre, elles en ont d'autant moins que notre évangile grec ne se donne point conmie étant de Matthieu. De l'examen consciencieux de la question, il résulte pour nous que l'apôtre a bien écrit un résumé très complet de sa prédication, comme le rapporte Eusèbe, mais que ce résumé n'était pas. encore un évangile proprement dit, lié dans toutes, ses parties. L'auteur inconnu de notre évangile g^ec l'a pris comme base principale de son récit et l'y a fait rentrer en le. complétant.
L'apôtre s'était attaché à la partie de l'enseignement de Jésud-Christ qui mettait le mieux en relief la notion du vrai royaume de Dieu en opposition à la théocratie matérialiste de son temps. Il avait recueilli les discours et. les fiûts les plus propres à son dessein, laissant de côté
1 Comment s*ezpliquer de la part d*UD témoin oculaire que dans . ie récit de l*ètttrée triomphale à Jérusalem, le premier évangile suppose denx ânes au lieu d*un, comme les autres évangélistes (Mattb. XXI,2).ETidemment il est ici guidé par le parallélisme de Zachade» Iî,9.