II
" 9, I ss.
ne prouve pas seulement sa puissance miraculeuse, mais elle s3'mbolise un dogme : que son activité correspond pleinement à celle du Père et révèle dès lors ses droits de Fils \
Au témoignage que Jésus rend à sa divinité, Jeaii vient ajouter sa propre expérience ainsi que celle des apôtres et des disciples. Le Maître les avait formés par la parole et par les faits. Il les amena de la sorte à croire en lui, entraînés qu'ils étaient par l'évidence des motifs allégués.
Parmi les familiers de Tévangéliste en Asie Mineure, on comptait encore quelques disciples de Jésus, qui furent les témoins de sa prédication et des preuves miraculeuses dont il l'accrédita. Ils confirment que la christologie johannique est l'écho fidèle de la doctrine du Christ ^
Les témoignages de Jean, toutefois, priment tous les autres. En qualité de témoin oculaire, il peut revendiquer l'honneur d'avoir raconté la vie, l'humanité, la messianité et la divinité de Jésus selon toute vérité : « Celui qui l'a vu en rend témoignage, et son témoignage est vrai. Il sait qu'il dit vrai, afin que vous aussi vous croyiez... que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom » ^.
Aussi bien, le quatrième Evangile constitue en toutes ses parties une attestation impressionnante et bien fondée de la vraie divinité de Jésus.
Les premières lignes de ce livre admirable gravent la christologie divine en un style lapidaire. Cette même doctrine est encore la note fondamentale qui pénètre l'ouvrage entier. Elle
LA THEOLOGIE DE SAINT JEAN
vibre jusque dans l'accord final, où il est assuré qu'ici-bas la foi en Jésus, Messie et Fils de Dieu, consacre le chrétien et lui garantit à jamais la possession future de la vie éternelle.
La profession de foi dans la filiation divine et métaphysique de Jésus est sans contredit la moelle de l'Evangile de saint Jean. Des critiques incroyants avouent eux-mêmes que l'âpre querelle dont il est l'objet depuis plus de cent ans, était en somme livrée à la divinité de Jésus, son principal argument \
Saint Jean avait dédié l'Evangile sur la divinité de Jésus aux communautés de l'Asie Mineure. Voici qu'il leur inculque à nouveau ce dogme fondamental dans une lettre d'envoi.
L'authenticité de la première é pitre de saint Jean est assurée par celle du quatrième Evangile. Les critiques qui nient l'origine johannique du quatrième Evangile, se voient obligés néanmoins d'avouer que ce dernier, ainsi que les trois épîtres de saint Jean et l'Apocalypse « proviennent de la même école... de l'école johannique » ^.
Or, suivant la première épître de saint Jean, le Fils de Dieu, qui livra sa vie pour nous, est vrai Dieu, et sa mission et son œuvre rédemptrice sont, dès lors, la preuve la plus éloquente de l'amour de Dieu pour les hommes : « Dieu a manifesté son amour pour nous en envoyant son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui... \ Il est lui-même une victime de propi-
^ Otto Schmiedel, Die Hauptprobleme der Leben-Jesu-Forschung. Tubingue 1906, 17.
^ Ed. V. Hartmann, Das Christentum des Neuen Test., Sachsa i. Harz 1905, 246 s.
^ I Joa. 4, 9.
DIX-HUITIEME CONFERENCE
tiation pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier... \ Le sang de Jésus-Christ (le Fils de Dieu) nous purifie de tout péché... *. A ceci nous avons connu l'amour, c'est qu'il a donné sa vie pour nous » ^
La foi en la divinité du Fils et l'amour qu'on lui porte sont un commandement divin et la meilleure preuve de la foi dans le Père et de l'amour qu'on lui témoigne : « Son commandement est que nous croyions au nom de son Fils, Jésus- Christ... "* Quiconque aime celui qui Ta engendré, aime pareillement celui qui est né de lui » \
La foi en la divinité du Fils assure la victoire sur le monde et procure la vie éternelle : « Qui est celui qui est vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ?... °. Celui qui croit au Fils de Dieu a ce témoignage de Dieu en lui-même \ Je vous ai écrit ces choses afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu » ^
Quiconque nie la divinité du Fils accuse Dieu le Père de faux témoignage : « Celui qui ne croit pas en Dieu le fait menteur, puisqu'il n'a pas cru au témoignage que Dieu a rendu à son Fils. Et voici ce témoignage : c'est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et que cette vie est dans son Fils. Celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n'a pas le Fils de Dieu n'a pas la vie... Nous savons que le Fils de Dieu est venu, et qu'il nous a donné l'intelligence pour connaître le vrai Dieu. Et nous sommes en ce vrai Dieu, étant en son
1 I Joa. 2, 2. 5 I Joa, s, I.
* I Joa. I, 7. « I Joa. 5, 5.
' I Joa. 3, 16. ' I Joa. 5, 10.
* I Joa. 3, 23. 8 I Joa 5^ 13
LA THEOLOGIE DE SAINT JEAN
Fils Jésus-Christ. C'est lui qui est le Dieu véritable et la vie éternelle » \
Cette christologie divine est conforme, selon saint Jean, à la doctrine primitive du christianisme et remonte au propre témoignage auriculaire et oculaire de l'Apôtre : « Celui qui confesse le Fils, possède aussi le Père. Pour vous, que ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous. Si ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous, vous demeurez aussi dans le Fils et dans le Père... ^ Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous, et que notre communion soit avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ... '. Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu'il nous a donné l'intelligence pour connaître le vrai Dieu. Et nous sommes en ce vrai Dieu, étant en son Fils Jésus-Christ. C'est lui qui est le Dieu véritable et la vie éternelle » *.
En termes non moins clairs, Jean proclame la divinité de Jésus dans V Apocalypse.
La critique rationaliste « crut percevoir dans ce livre les plus purs accords de la piété primitive, d'une piété qui nous paraît étrange aujourd'hui '. L'Apocalypse est en effet pour elle le livre qui récuse toute apothéose, toute adoration de la créature ".
Le Christ est le Principe de la création \ il
^ I Joa. 5, 10-12. 20.
* I Joa. 2, 24.
* I Joa. I, 3.
* I Joa. 5, 20,
° Karl Millier, « Unser Herr », dans : Bibîische Zeit- und Streitfragen 1906, 8.
" Apoc. 19, 10 ; 22, 9.
DIX-HUITIEME CONFERENCE
vaincra le monde \ Il est l'Agneau de Dieu immolé pour les péchés du monde ^ Il siège dans la gloire, sur le trône céleste ^. Ce que Jahweh, le vrai Dieu d'Israël, avait attesté par les prophètes, et ce que l'Apocalypse révèle sur le Père céleste \ le Christ peut le déclarer de lui-même : « Je suis l'alpha et l'oméga, le Premier et le Dernier, le commencement et la fin... Voici que je vis dans les siècles des siècles ; je tiens les clefs de la mort et des enfers » ^
Toutes les créatures du ciel et de la terre lui doivent les mêmes honneurs et les mêmes adorations qu'à Dieu.
Le Voyant de Patmos, qui reposait jadis sur la poitrine du Sauveur, tombe maintenant comme mort aux pieds du Fils de Dieu, devant le trône de Dieu ^
D'une main tremblante il consigne ensuite la gloire entrevue : « Puis je vis et j'entendis autour du trône, autour des animaux et des vieillards, la voix d'une multitude d'anges ; leur nombre était des myriades et des milliers de milliers. Ils disaient d'une voix forte : « L'Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire et la bénédiction ». Et toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre et dans la mer, et toutes les choses qui s'y trouvent, je les entendis qui disaient : « A celui qui est assis sur le trône et à l'Agneau, louange, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles ». Et ils criaient d'une voix puissante : « Le salut
1 Chap. 6. 4 I, 8 ; 21, 6.
3 4, 2 ss. ; 5, I. 8 I, 17.
LA THEOLOGIE DE SAINT JEAN
revient à notre Dieu qui est assis sur le trône, et à l'Agneau » \
Saint Jean confesse donc la divinité de Jésus dans son Evangile, dans sa première épître et dans l'Apocalypse. On ne saurait le faire en termes plus persuasifs. Ce genre d'exposé diffère manifestement de celui des synoptiques. Eux aussi, il est vrai, transmettent le propre témoignage divin de Jésus et ne cachent point leur foi absolue en sa divinité. Ils n'ont pas, toutefois, cette manière forte et tranchante de graver dans les esprits la christologie divine. Ils n'en font point non plus le thème et le but principal de leurs écrits.
Il existe entre la prédication de Jésus des synoptiques et celle de saint Jean une autre dissemblance : le disciple bien-aimé condense tonte la christologie dans le seul titre de Verbe divin.
C'est au chapitre XIX^ de l'Apocalypse que nous trouvons le plus ancien texte johannique, voire le plus ancien texte du Nouveau Testament appliquant l'expression Logos (le Verbe) à la personne de Jésus.
Ce chapitre dépeint le triomphe du Christ sur les puissances sataniques. Le vainqueur paraît, monté sur un cheval blanc. Les armées du ciel, vêtues de fin lin, blanc et pur, le suivent, sur des chevaux blancs aussi. Le Christ est représenté comme le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Il frappe ses ennemis avec un sceptre de fer. Son regard enflammé pénètre toute chose. Il porte, sur la tête, plusieurs diadèmes : « Son nom est le Verbe de Dieu » '.
DIX-HUITIEME CONFERENCE
Il est évident que le nom « Verbe de Dieu »
qu'on donne ici au Christ glorifié, doit se rapporter à la personne de Jésus, tout comme les titres de Fils de Dieu, de Messie et d'Homme que lui décerne l'Apocalypse.
Nous ne sommes pas moins extrêmement surpris de lire au prologue du quatrième Evangile les phrases admirables c[ue voici :
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement en Dieu. Tout par lui a été fait et sans lui n'a été fait rien de ce qui existe.
« En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue... Il était la lumière, la vraie, celle qui éclaire tout homme venant dans ce monde.
« Il était dans le monde et le monde a été fait par lui et le monde ne l'a pas connu.
« Il vint chez lui, et les siens ne l'ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, qui sont nés non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu.
« Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous.
« Et nous avons vu sa gloire, gloire comme celle qu'un Fils unique tient de son Père, tout plein de grâce et de vérité » \
Avant de nous raconter l'histoire humanodivine de la vie et de l'activité terrestre de Jésus, saint Jean veut caractériser dans ce prologue la personnalité préexistante du Verbe.
1 Joa. I, 1-5. 9-14.
LA THEOLOGIE DE SAINT JEAN
D'abord la nature du Verbe en soi '. Le Verbe eut une préexistence antérieure au monde.
L'éternité lui appartient en propre. « Au commencement », alors que Dieu n'avait pas encore créé le monde, alors déjà le Verbe était Dieu ^. Il ne s'agit point là d'une simple juxtaposition ou cohabitation de Dieu et du Verbe, mais de relations substantielles intrinsèques. Le Verbe est un être identique à Dieu, il est lui-même un être personnel divin, il est Dieu lui-même '. Le Verbe ne pouvait être en Dieu de toute éternité, que comme un être personnel divin *.
A cette nature divine correspond une activité divine **. La création divine est l'œuvre du Verbe, au point que la production de toutes choses du néant demeure exclusivement son œuvre :
sans lui n'a été fait rien de ce qui existe '.
Il ne saurait donc être question de dualisme cosmique, ni de l'intervention d'un éon créateur. A la création s'ajoute la manifestation du Verbe. Il n'est pas seulement la cause dernière de toute vie et de toute lumière matérielle ; mais il est encore le dépositaire et le dispensateur de cette lumière spirituelle et de cette vie surnaturelle, que les hommes généralement méconnaissent, où qu'elle rayonne et qu'elle abonde \
^ Versets 1-2.
^ Les mots : « Au commencement le Verbe était en Dieu » doivent s'entendre en premier lieu de l'existence antérieure au monde ; ils peuvent suggérer, en fin de compte, la pensée de l'éternité, le corrélatif obligé de la notion de « divinité ». Julius Grill, U nier suc hungen ûber die Entstehung des vierten Evange- Uuins 1, Tubingue 1902, 90, note.
' Verset i.
* Verset 2.
^ Versets 3-5.
^ Verset 3.
'' Versets 4-5.
DIX-HUITIEME CONFERENCE
Ainsi, le Verbe s'était indirectement manifesté par son action créatrice antérieure au monde, et par sa révélation antérieure au christianisme. Quand vint la plénitude des temps, il parut directement et personnellement cette fois en Jésus- Christ, s'incarna et s'établit parmi les hommes, pour consommer la révélation de Dieu et le rachat de l'humanité \
Celui qui croit au Verbe contracte avec lui des liens spirituels et reçoit l'adoption divine ^ Pour atteindre ces hauts sommets de la Révélation et de la Rédemption, il fallait nécessairement que le Verbe, le ..nls unique, métaphysique de Dieu, revêtit l'humaine nature, qu'en qualité de vrai Dieu et vrai homme, Jésus-Christ répandît sur l'humanité la plénitude de sa grâce et de sa vérité, qu'il dévoilât aux hommes les splendeurs de sa divinité l
Et Jean commence de développer comment cette manifestation de la gloire divine, de la grâce et de la vérité divine, de la nature et de la personne divine du Vei-be se réalisa harmonieusement dans la vie de Jésus, dans ses œuvi-es, sa doctrine, dans son propre témoignage.
L'Evangile de saint Jean n'est pas autre chose qu'un commentaire du prologue, ou plutôt, le prologue sur le Verbe n'est qu'un précis très condensé du quatrième Evangile, tiré de la vie, des pai'oles et des gestes de Jésus.
L'expression « Logos » ne reparaît plus dans l'Evangile. Jean est persuadé que Jésus n'en a
1 Versets 9-14.
2 Versets 12-13,
3 Versets 14-18.
LA THEOLOGIE DE SAINT JEAN
jamais fait usage. Il se garde dès lors de l'introduire dans le récit historique de la vie de Jésus.
Par contre, les notions fondamentales du prologue, — la préexistence et l'éternité du Verbe, l'activité créatrice et révélatrice, l'incarnation, la filiation divine et la divinité du Verbe, la lumière et la vie essentiellement divines du Verbe, la gloire éclatante et la grâce personnifiée de Dieu, — tout cela constitue, en somme, la moelle du quatrième Evangile.
Le prologue sert à introduire le lecteur dans l'Evangile selon sain Jean, à le conduire insensiblement de l'éternité du Verbe, à travers la période de son activité antérieure au monde, jusqu'aux temps présents, où l'évangéliste raconte ses propres expériences sur le divin Sauveur.
Le résultat de cette relation est, en tout point, conforme au prologue : dans ses paroles, ses actes et sa vie, Jésus-Christ se révèle être la lumière, la grâce et la vérité, le Fils de Dieu qui pour nous s'est fait chair, nous a rachetés au prix de ses souffrances, et par sa gloire et sa résurrection nous mène à la lumière et à la vie éternelle.
L'évangéliste explique enfin, dans sa première é pitre, que l'Evangile entier, tout ce que Jean rapporte sur Jésus et qu'il a puisé dans sa propre expérience, dans son propre témoignage oculaire et auriculaire, tout doit être considéré comme la doctrine du Verbe.
Dans l'exorde déjà, jetant sur l'Evangile un regard rétrospectif, ayant, en outre, la claire vision de ce qu'il allait consigner dans sa lettre, Jean s'empresse de déclarer : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous
DIX-HUITIEME CONFERENCE
avons contemplé et ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l'annonçons ^ ».
D'où l'on voit que saint Jean, pour exprimer sa foi en Jésus-Christ, se sert intentionnellement, avec une préférence marquée, de la formule qui lui est propre : le Logos, le Verbe. Non point qu'il dédaigne les appellations coutumières : Fils de David, Fils de l'homme. Messie, Fils de Dieu, Dieu. Il en use plus fréquemment que du titre « Logos ». Mais ce qu'elles expriment toutes ensemble, Jean l'énonce par cette seule dénomination qui lui est devenue si familière : le Verbe de Dieu, le Verbe de vie, le Verbe de lumière, le Verbe. Selon saint Jean, le Verbe résume toute la christologie.
D'où cela provient-il et pourquoi Jean insiste-til à ce point sur la doctrine du Verbe ? Nous abordons l'un des plus intéressants problèmes de l'histoire littéraire et dogmatique de l'Eglise primitive.
Il ne subsiste aucun doute que les lecteurs des écrits johanniques n'aient connu déjà le vocable « Logos », attribué au Christ.
L'Apôtre applique ce titre au Sauveur, sans y ajouter le moindre commentaire. Il en use au premier verset de son Evangile déjà, puis au milieu de la première épître, et vers la fin de l'Apocalypse, comme d'une appellation du Christ, familière aux fidèles.
Mais cela laisse entrevoir aussi que les communautés hellénistes auxquelles il s'adressait, s'étaient accommodées d'une certaine doctrine du Logos que les écrits johanniques prennent
1 I Joa. I, 1-2.
LA THEOLOGIE DE SAINT JEAN
fort à partie. Quelle était donc cette fausse doctrine ? \
A Ephèse, la patrie de l'Evangile de saint Jean, on entendait par Logos l'intelligence de feu qui forma le monde et le mouvait. Cette croyance datait d'Heraclite le « sombre » (vers 500 avant Jésus-Christ). Les stoïciens adoptèrent cette notion panthéiste-matérialiste du Logos, mais ils la purgèrent. Ils accordèrent à leur Logos l'intelligence et la conscience, et ne l'identifièrent qu'avec la matière subtile (l'air et le feu), mais non point avec les éléments plus grossiers (la terre et l'eau). La philosophie religieuse de l'école alexandrine-judaïque oppose à ces théories une doctrine toute spéculative du Logos.
Tandis que les Juifs palestiniens fuyaient le plus possible tout contact avec la pensée grecque, leurs coreligionnaires de la Dispersion se voyaient entraînés dans le courant des idées hellénistiquesalexandrines. Soit par tendance apologétique, soit par pur enthousiasme, ils s'efforçaient d'allier la théologie mosaïque et la philosophie hellénistique ou de les éclairer mutuellement et de les approfondir.
Une littérature abondante, tant théologique et philosophique qu'édifiante, en fait foi. Qu'il suffise de signaler au passage les Livres alexandrins de la Sainte Ecriture, ainsi que les apocryphes et les pseudépigraphes de l'Ancien Testament.
^ Sur cette question touchant la doctrine hellénistique-alexan- <lrine du Logos, voir de plus amples développements dans mon ouvrage Jésus Chris tus I, 482-500. Aux sources citées à cet endroit, il convient d'ajouter : E. Krebs, Der Logos als Heiland im ersien christlichen J ahrhundert (Freiburger theol. Studien 2) Fribourg-en-Br. 1910 ; J, Lebreton, Histoire du dogme de la Trinité, 1, 7. édit. Paris 1927, 56-84. 490-508 ; K. Prûmm, Der christliche Glaube und die altheidnische Welt I, Leipzig 1935, 227-252.
DIX-HUITIEME CONFERENCE
Ainsi, le Verbe s'était indirectement manifesté par son action créatrice antériem'e au monde, et par sa révélation antérieure au christianisme. Quand vint la plénitude des temps, il parut directement et personnellement cette fois en Jésus- Christ, s'incarna et s'établit parmi les hommes, pour consommer la révélation de Dieu et le rachat de l'humanité \
Celui qui croit au Verbe contracte avec lui des liens spirituels et reçoit l'adoption divine ". Pour atteindre ces hauts sommets de la Révélation et de la Rédemption, il fallait nécessairement que le Verbe, le Fils unique, métaphysique de Dieu, revêtit l'humaine nature, qu'en qualité de vrai Dieu et vrai homme, Jésus-Christ répandît sur l'humanité la plénitude de sa grâce et de sa vérité, qu'il dévoilât aux hommes les splendeurs de sa divinité ^
Et Jean commence de développer comment cette manifestation de la gloire divine, de la grâce et de la vérité divine, de la nature et de la personne divine du Verbe se réalisa harmonieusement dans la vie de Jésus, dans ses oeuvres, sa doctrine, dans son propre témoignage.
L'Evangile de saint Jean n'est pas autre chose qu'un commentaire du prologue, ou plutôt, le prologue sur le Verbe n'est qu'un précis très condensé du quatrième Evangile, tiré de la vie, des paroles et des gestes de Jésus.
L'expression « Logos » ne reparaît plus dans l'Evangile. Jean est persuadé que Jésus n'en a
^ Versets 9-14.
- Versets 12-13.
3 Versets 14-18.
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jamais fait usage. Il se garde dès lors de l'introduire dans le récit historique de la vie de Jésus.
Par contre, les notions fondamentales du prologue, — la préexistence et l'éternité du Verbe, l'activité créatrice et révélatrice, l'incarnation, la filiation divine et la divinité du Verbe, la lumière et la vie essentiellement divines du Verbe, la gloire éclatante et la grâce personnifiée de Dieu, — tout cela constitue, en somme, la moelle du quatrième Evangile.
Le prologue sert à introduire le lecteur dans l'Evangile selon sain Jean, à le conduire insensiblement de l'éternité du Verbe, à travers la période de son activité antérieure au monde, jusqu'aux temps présents, où l'évangéliste raconte ses propres expériences sur le divin Sauveur.
Le résultat de cette relation est, en tout point, conforme au prologue : dans ses paroles, ses actes et sa vie, Jésus-Christ se révèle être la lumière, la grâce et la vérité, le Fils de Dieu qui pour nous s'est fait chair, nous a rachetés au prix de ses souffrances, et par sa gloire et sa résurrection nous mène à la lumière et à la vie éternelle.
L'évangéliste explique enfin, dans sa première épître, que l'Evangile entier, tout ce que Jean rapporte sur Jésus et qu'il a puisé dans sa propre expérience, dans son propre témoignage oculaire et auriculaire, tout doit être considéré comme la doctrine du Verbe.
Dans l'exorde déjà, jetant sur l'Evangile un regard rétrospectif, ayant, en outre, la claire vision de ce qu'il allait consigner dans sa lettre, Jean s'empresse de déclarer : « Ce qui était dès le commencement, ce ciue nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce cj[ue nous
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avons contemplé et ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l'annonçons * ».
D'où l'on voit que saint Jean, pour exprimer sa foi en Jésus-Christ, se sert intentionnellement, avec une préférence marquée, de la formule qui lui est propre : le Logos, le Verbe. Non point qu'il dédaigne les appellations coutumières : Fils de David, Fils de l'homme, Messie, Fils de Dieu, Dieu. Il en use plus fréquemment que du titre « Logos ». Mais ce qu'elles expriment toutes ensemble, Jean l'énonce par cette seule dénomination qui lui est devenue si familière : le Verbe de Dieu, le Verbe de vie, le Verbe de lumière, le Verbe. Selon saint Jean, le Verbe résume toute la christologie.
D'où cela provient-il et pourquoi Jean insiste-til à ce point sur la doctrine du Verbe ? Nous abordons l'un des plus intéressants problèmes de l'histoire littéraire et dogmatique de l'Eglise primitive.
Il ne subsiste aucun doute que les lecteurs des écrits johanniques n'aient connu déjà le vocable « Logos », attribué au Christ.
L'Apôtre applique ce titre au Sauveur, sans y ajouter le moindre commentaire. Il en use au premier verset de son Evangile déjà, puis au milieu de la première épître, et vers la fin de l'Apocalypse, comme d'une appellation du Christ, familière aux fidèles.
Mais cela laisse entrevoir aussi que les communautés hellénistes auxquelles il s'adressait, s'étaient accommodées d'une certaine doctrine du Logos que les écrits johanniques prennent
1 I Joa. I, 1-2.
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fort à partie. Quelle était donc cette fausse doctrine ? \
A Ephèse, la patrie de l'Evangile de saint Jean, on entendait par Logos l'intelligence de feu qui forma le monde et le mouvait. Cette croyance datait d'Heraclite le « sombre » (vers 500 avant Jésus-Christ). Les stoïciens adoptèrent cette notion panthéiste-matérialiste du Logos, mais ils la purgèrent. Ils accordèrent à leur Logos l'intelligence et la conscience, et ne l'identifièrent qu'avec la matière subtile (l'air et le feu), mais non point avec les éléments plus grossiers (la terre et l'eau). La philosophie religieuse de l'école alexandrine-judaïque oppose à ces théories une doctrine toute spéculative du Logos.
Tandis que les Juifs palestiniens fuyaient le plus possible tout contact avec la pensée grecque, leurs coreligionnaires de la Dispersion se voyaient entraînés dans le courant des idées hellénistiquesalexandrines. Soit par tendance apologétique, soit par pur enthousiasme, ils s'efforçaient d'allier la théologie mosaïque et la philosophie hellénistique ou de les éclairer mutuellement et de les approfondir.
Une littérature abondante, tant théologique et philosophique qu'édifiante, en fait foi. Qu'il suffise de signaler au passage les Livres alexandrins de la Sainte Ecriture, ainsi que les apocryphes et les pseudépigraphes de l'Ancien Testament.
^ Sur cette question touchant la doctrine hellénistique-alexan- (Irine du Logos, voir de plus amples développements dans mon ouvrage Jésus Chris tus I, 482-500. Aux sources citées à cet endroit, il convient d'ajouter : E. Krebs, Der Logos als Heiland im ersten christlichen J ahrhunderi (Freiburger theol. Studien 2) Fribourg-en-Br. 1910 ; J. Lebreton, Histoire du dogme de la Trinité, 1, 7. édit. Paris 1927. 56-84. 490-508 ; K. Prûmm, Der christliche Glaube und die altheidnische Welt I, Leipzig 1935, 227-252.
DIX-HUITIEME CONFERENCE
PJiilon (20 av. J.-C. - 40 ap. J.-C.) avait spécialement assumé la mission périlleuse de concilier la foi judaïque avec la culture grecque. Il emprunta aux philosophes païens non seulement la forme littéraire, mais encore le fond et les idées. Il s'ensuivit que la spéculation philosophique étouffa le dogme chrétien. Ce fut le cas surtout pour les croyances fondamentales (touchant la conception du monde).
Les croyances monothéistes constituaient aux yeux de Philon un dogme inviolable. Elles représentaient même le grand dogme, en face du panthéisme et du matérialisme hellénistique.
Philon voulait à tout prix se soustraire à l'idée panthéiste, à l'influence matérialiste. Il s'inspira dès lors de la théologie contemporaine de la Synagogue. Il considérait Dieu non pas seulement comme un être unique, spirituel, personnel et surnaturel, mais comme un être au-dessus de toute chose terrestre et matérielle, si élevé même qu'il existe entre lui et le monde une antinomie absolue.
Non seulement Dieu diffère de la matière, mais il en est totalement séparé. La matière coexista de tout temps à côté de Dieu, comme second principe \ Pour en former le monde, c'est-à-dire, pour informer la matière et pour l'organiser. Dieu dut recourir à une foule d'êtres intermédiaires, appelés « logoi ». Les logoi, ou l'ensemble des êtres intermédiaires existant entre Dieu et le monde, sont enracinés dans le Logos proprement dit et trouvent en lui le principe de leur unité.
Le Logos est la somme des idées qui devaient présider à la formation du monde ; il est, en d'au-
^ Philon ne se rend pas compte que ses théories dualistiques sont en somme la négation du monothéisme.
LA THEOLOGIE DE SAINT JEAN
très termes, le plan rationnel de l'univers conçu par Dieu. A l'instant même où. Dieu formula par la parole ce plan ou cette idée de l'univers, le Logos quitta le sein de Dieu pour s'unir à la matière. De cette alliance est issu le monde réel. Ainsi le Logos est devenu le fabricateur du monde. Il demeure désormais l'instrument dont Dieu se sert pour produire, conserver et gouverner les choses réelles du monde.
Le Logos de Philon n'est pas une Divinité, cela se conçoit. Pourtant il le nomme parfois le second dieu ou le fils aîné de Dieu, par opposition au fils plus jeune, le monde créé par le fils aîné. A vrai dire, le Logos n'a de place dans le système philosophique, il n'est capable de jouer son rôle comme fabricateur et gouverneur du monde, que parce qu'il n'a rien d'un être divin, et qu'à cette seule condition. Il est comme une cloison entre Dieu et le monde. Voilà tout.
Le rapprochement même du Logos et du « Verbe » ainsi que de la « sagesse » de Dieu, ne signifie rien de plus. Au contraire : Philon considérait précisément ces deux notions de l'Ancien Testament comme de simples êtres intermédiaires, résidant plus haut que le monde, mais au-dessous de la Divinité.
Ulncarnation n'entre pas davantage dans le cadre des théories de Philon. Elle en est exclue, d'ores et déjà, parce que le Logos de Philon n'est pas une personne, mais une pure abstraction, exactement pareille à l'idée universelle d'Heraclite et des stoïciens. Cette supposition exclut radicalement toute possibilité d'une incarnation du Logos. Philon d'ailleurs lui barra la route en prêchant la corruption de la matière et l'impos-
DIX-HUITIEME CONFERENCE
sibilité en laquelle se trouvait Dieu d'entrer en contact immédiat avec elle. Son dualisme lui défendait d'attribuer à Dieu la création du monde. Il ne lui permettait pas davantage d'admettre l'Incarnation de Dieu.
La Rédemption, elle non plus, ne se laisse pas incorporer au système de Philon. Il est vrai que la notion de vertu y occupe une large place. Mais il s'agit d'une vertu purement rationnelle, que l'homme acquiert à force de ratiociner.
Et comme, à ses yeux, la vertu n'est pas un bien moral, le péché n'est pas davantage un mal moral. Philon ignore tout d'une nature humaine déchue et viciée. Et, par suite, la pensée d'un rachat, d'une délivrance du mal moral, demeure complètement étrangère à sa philosophie.
Le savant d'Alexandrie partage toutefois sans réserve les espérances messianiques de ses coreligionnaires, surtout les espérances nationales politiques. Il peint à pleine couleur le portrait du Messie et de l'attente messianique, tout comme l'avaient fait les rabbins et les pharisiens \ Mais jamais le Logos ne se trouve mentionné.
Philon tente, ainsi que nous le disions, d'assimiler son Logos au « Verbe de Dieu » et à la « Sagesse » de l'Ancien Testament. Il semble même qu'il devait aboutir au Logos-Messie. Cependant il ne parvient pas à insérer dans sa théorie du Logos — sauf en guise d'appendice — les deux notions : Logos du Verbe (Verbe de Dieu) et Logos de la raison (Sagesse de Dieu).
Ces expressions, vues dans le contexte biblique, relevaient incontestablement du domaine des prédictions messianiques. Son Logos n'est
1 Voir ci-dessus p. 240-250.
LA THEOLOGIE DE SAINT JEAN
d'ailleurs que plaqué sur l'Ancien Testament. Par sa nature et son origine il provient uniquement de la philosophie grecque ; à titre d'âme, d'idée, d'intelligence universelle, il est identique au Logos d'Heraclite, des stoïciens et de Platon.
D'où il appert que l'antinomie entre la doctrine de Philon sur le Logos et la christologie était aussi profonde que celle entre l'eau et le feu. Celle-là constituait pour celle-ci un danger d'autant plus sérieux, que la philosophie religieuse des hellénisants et des alexandrins exerçait sur les masses aussi bien que sur les sphères intellectuelles un charme irrésistible. Elle menaçait particulièrement les Eglises de l'Asie Mineure ; tout d'abord, la communauté chrétienne d'Ephèse, lieu d'origine de l'ancienne doctrine grecque sur le Logos, centre de la nouvelle culture hellénistique, et patrie du quatrième Evangile. Cela seul suffirait à nous expliquer pourquoi Jean l'évangéliste en fit l'Evangile du Verbe de Dieu.
Or, il y avait à ce dessein une autre raison, plus pressante encore. Les théories grecques de Philon venaient d'enfanter dans le sein du christianisme une hérésie qui troublait l'Eglise d'Ephèse et menaçait d'envahir toutes les communautés de l'Asie Mineure. Jean lui-même nous l'apprend dans ses première et deuxième épîtres, et les plus anciens Pères complètent ses déclarations.
S'en référant à sa doctrine sur le Verbe de Dieu, l'Apôtre met en garde ses lecteurs contre les précurseurs de l'Antéchrist : « Il y a maintenant déjà plusieurs Antéchrists... ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n'étaient pas des
DIX-HUITIEME CONFERENCE
nôtres ; car, s'ils eussent été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous. Ils en sont sortis, afin qu'il soit manifeste que tous ne sont pas des nôtres... Mes bien-aimés, ne croyez pas à tout esprit ; mais voyez par l'épreuve si les esprits sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde » ^
Malgré leur nom de chrétiens, ces faux prophètes n'ont donc jamais appartenu intimement à la chrétienté. Ils sont pour Jean ce qu'étaient à Paul les chrétiens juifs pharisiens : de « faux frères » ^ Du fait qu'ils étaient plusieurs, on ne saurait inférer qu'il existait diverses hérésies. Il s'agit d'une seule espèce qui fit de nombreux adeptes.
L'Eglise les excommunia '. Ils tentèrent alors une méthode perfide et, pour séduire leurs frères chrétiens, ils s'insinuèrent dans leurs maisons, à titre d'amis en quête d'hospitalité *. Leur contact est d'autant plus contagieux qu'ils étayent leur christologie sur une sagesse toute profane ^ : preuve manifeste de l'influence grecque de Philon.
De fait, le chef de cette secte fut un gnostique judéo-chrétien d'Egypte, nommé Cérinthe.
C'était un esprit imbu de philosophie grecque. Il avait fréquenté pareillement, à Alexandrie, l'école de Philon ^ Après avoir séjourné à Jérusalem, à Césarée, à Antioche, il vint s'établir dans la province d'Asie. Il y fonda une école, et son hérésie se répandit avec un tel succès, qu'on le
1 I Joa. 2, i8 s. ; 4, I ; cfr. II Joa. 7.
2 Gai. 2, 4 ; II Cor. 11, 26.
3 I Joa. 2, 19 ; 4, 4.
* II Joa. 10 ss.
s I Joa. 4, 5.
6 Epiph., Haer. XXVIII, 2.
LA THEOLOGIE DE SAINT JEAN
considérait lui-même comme une peste exécrable \
L'ayant un jour rencontré aux thermes d'Ephèse, saint Jean s'écria : « Fuyons ! de peur que les murs ne s'écroulent ; car Cérinthe est là, l'ennemi de la vérité » *.
Cérinthe essaya d'appliquer au christianisme le logos de la raison que préconisaient les Grecs et Philon. Il admet deux principes éternels, Dieu comme principe actif, et la matière comme principe passif. Ce n'est point Dieu qui façonna le monde dans la matière première : il fut l'ouvrage d'êtres intermédiaires inférieurs ^
Jésus n'est pas le créateur du monde. Il n'est qu'un homme, — un homme extraordinaire, il est vrai — né de Marie et de Joseph. Il ne constitue nullement avec le Christ-Messie une seule et même personne. Le Christ ne s'est pas incarné en Jésus ni avec Jésus. Il s'est associé simplement à Jésus d'une manière extérieure, lors du baptême, puis il l'a quitté de nouveau avant la Passion. Aussi bien, la Rédemption se trouve exclue, du fait qu'un simple homme ne saurait expier dûment les péchés de l'humanité. Quant à la divinité et à la vraie filiation divine de Jésus, Cérinthe ne les mentionne même point *.
En face de cette caricature cérinthienne et, indirectement aussi, des théories influentes de Philon, saint Jean dresse la doctrine chrétienne authentique du Logos.
^ Iren., Contra Haer. I, 26, i ; Epiph. Haer. XXVITI, 1-4.
^ Consigné par Polycarpe, disciple de Jean, dans Eusèbe, H. E. 111, 28.
' Iren., Contra Haer. I, 26, i ; Hippolyt., Philosnph VII, 5.33.
* Iren., Contra Haer. I, 26, i ; 111, 11, 1-4 ; Hippolyt., Philosoph, VII, 5, 33 ; Tertullian., Praescript. 48 ; Epiph., Haer. XXVITI, 1-6. Philastrius, Haer. 36 ; Augustin., Haer. 8 ; Theodoret., Haeret. fabul. II, 3.
Nous avons suffisamment démontré que son Verbe n'est pas un être intermédiaire entre Dieu et le monde, mais qu'il est lui-même Dieu et créateur de l'univers ; qu'il est le Christ, le rédempteur messianique du monde et que le Messie Fils de Dieu s'est véritablement incarné ; en d'autres termes, que dans l'unité de la personne historique de Jésus, s'est opérée l'alliance réelle et durable du Verbe divin avec la nature corporelle et spirituelle d'un être humain \
Nous relèverons seulement avec quelle véhémente précision la doctrine johannique confond les rêveries des hérésiarques, qui contestaient la divinité, la messianité et l'incarnation du Verbe Jésus.
Ne sont-elles pas cinglantes les thèses que l'évangéliste oppose à Cérinthe et à ses adeptes : « Notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ... Celui-là est l'Antéchrist qui nie le Père et le Fils. Quiconque nie le Fils n'a pas non plus le Père ; celui qui confesse le Fils a aussi le Père. Pour vous, que ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous.
Si ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous, vous demeurez aussi dans le Fils et dans le Père » ".
Ou encore : « Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ?... Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu » ^
Il dit ailleurs : « Tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu ; et tout esprit qui ne confesse pas ce Jésus n'est pas de
1 Voir plus haut, p. 451.
- I Joa. I, 3 ; 2, 22-24.
3 I Joa. 2, 22 ; 5, I.
LA THEOLOGIE DE SAINT JEAN
Dieu. C'est l'esprit de l'Antéchrist, dont on vous a annoncé la venue, et qui maintenant est déjà dans le monde... Plusieurs séducteurs ont paru dans le monde ; ils ne confessent point Jésus comme Christ venu en chair ; c'est là le séducteur et l'Antéchrist » ^.
Enfin, l'Apôtre conjure les fidèles de conserver intacte la doctrine chrétienne du Verbe, et de rejeter celle de Cérinthe : « Prenez garde à vous-mêmes, afin que vous ne perdiez pas le fruit de votre travail, mais que vous receviez une pleine récompense. Quiconque va au delà et ne demeure pas dans la doctrine du Christ, ne possède point Dieu ; celui qui demeure dans cette doctrine possède le Père et le Fils. Si quelqu'un vient à vous et n'apporte point cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison, et ne lui dites pas : Salut ! Car celui qui lui dit : Salut ! participe à ses oeuvres mauvaises » '\
Il est toutefois surprenant que, malgré le désaveu si catégorique des théories de Philon et surtout des aberrations de Cérinthe, Jean retienne la forme extérieure dont ils s'étaient servis, à savoir : le même nom et les mêmes problèmes essentiels du Logos.
C'est que ceux-ci couraient depuis des siècles le monde hellénistique. En les adoptant, l'évangéliste pouvait populariser davantage la doctrine du vrai Logos, Jésus-Christ, et gagner à sa cause la civilisation supérieure de son temps.
De plus, — et ce fut certes la raison décisive, — la formule reçue des hautes spéculations adversaires convenait admirablement à la diffusion
^ I Joa. 4, 2 s. ; II Joa. 7.
2 II Joa. 8-11.
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de l'idée chrétienne du Verbe. Après l'avoir purgée de toutes les scories qu'y avaient laissées la philosophie païenne, la théosophie judaïque et la spéculation pseudo-chrétienne, il déversa dans ce vase providentiellement préparé la doctrine authentique et pure du Logos, contenue dans la Révélation.
Nous venons d'être témoins du zèle énergique que saint Jean déploya contre les fausses théories du Logos. Il se rallie avec autant de conviction aux idées du Logos qu'il trouve dans V histoire de la Révélation.
Nous insisterons sur ce point, pour résoudre pleinement la question qui nous préoccupe.
Déjà l'expression johannique : « Au commencement était le Verbe » reflète nettement cette autre de Moïse : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre ». Puis l'évangéliste suit partout les traces bibliques du Verbe. Le double sens du vocable grec « Logos » : raison (pensée) et discours (verbe), lui permettait de se rallier à la doctrine de l'Ancien Testament concernant la Parole divine ou le Verbe de Dieu.
Chaque fois, à peu près, que dans l'Ancien Testament il est question de la parole de Dieu, les Septante traduisent le mot hébreu correspondant de l'original (dabar) par Logos. Le Logos, la parole de Dieu, joue conformément à l'Ancien Testament un rôle prépondérant dans la création, la conservation et le gouvernement du monde, ainsi que dans la révélation surnaturelle et l'économie du salut. En maint endroit le Verbe de Dieu revêt même les apparences d'une hypostase proprement dite.
Plus formelle encore est la Sophia des Livres
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sapientiaux, la sagesse de Dieu. Elle n'y apparaît pas seulement comme attribut de Jahweh, mais comme principe personnel et suprême de la création et du gouvernement de l'univers et de toute révélation de Dieu au monde.
Le Livre des Proverbes décrit l'éternité de la sagesse, son immanence divine et son activité bienfaisante parmi les hommes ^.
Jésus Sirach dépeint comment la sagesse, procédant de la bouche de Dieu, opéra dans le monde et parmi le peuple de Dieu ^
Salomon célèbre les qualités absolument transcendantes de la sagesse ' : « Elle est le souffle de la puissance de Dieu, une pure émanation de la gloire du Tout-Puissant..., le resplendissement de la lumière éternelle, le miroir sans tache de l'activité de Dieu et l'image de sa bonté » *. « Elle atteint avec force d'un bout du monde à l'autre, et dispose tout avec douceur » ^ De plus, cette sagesse reçoit expressément le nom de Lo-
Saint Paul, lui, n'a pas adopté l'expression Logos, mais bien la notion de sagesse de l'Ancien Testament. Il la trouve personnifiée en Jésus- Christ et l'oppose aux savantes élucubrations des hellénistes païens.
Il écrit dans la première épître aux Corinthiens, l'un de ses plus anciens documents : « Les Juifs exigent des miracles, et les Grecs cherchent la sagesse ; nous, nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils, mais pour ceux qui sont appelés, soit
^ Prov. 8, ■* Sap. 7, 25 s.
* Eccli. 24. ^ Sap. 8, i.
' Sap. 7, 23-24. » Sap. 9, I ; 16, 12 ; 18, 15.
DIX-HUITIEME CONFERENCE
Juifs, soit Grecs, puissance de Dieu et sagesse de Dieu » \
Le Fils de Dieu fait homme est donc, selon saint Paul, la sagesse personnelle de Dieu.
Dans les lettres suivantes, surtout dans les épîtres aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens et aux Hébreux, l'Apôtre des nations expose sur les dogmes du Fils de Dieu, de ses relations avec le Père, de sa préexistence éternelle, de son activité créatrice, de son Incarnation et de la Rédemption, une christologie qui rejoint, en substance, celle de saint Jean^
Mais c'est Jeaii seulement, et lui seul, qui recueille les éléments épars de cette christologie du Verbe et qui en frappe la formide définitive.
Dans son prologue déjà il nous la soumet avec une netteté et une concision exemplaires. On chercherait vainement dans l'Ecriture Sainte un passage dogmatique égalant ce prologue en puissance et en profondeur. L'auteur le rédige avec une aisance surprenante et l'oppose, telle une falaise, aux flots déchaînés des spéculations judéo-païennes et pseudo-chrétiennes sur le Logos.
Non moins expressif, et d'une portée universelle incomparable, est le commentaire du Logos, ou l'Evangile johannique. Le disciple bien-aimé ne fixe pas seulement les destinées extérieures de son Maître ; il perçoit, sous les apparences humaines de Jésus, la majestueuse noblesse du Verbe divin. Il pénètre dans la nature intime, dans l'être insondable, dans le cœur et dans l'âme du Verbe fait chair.
Il avait été son intime confident durant sa vie
^ I Cor. I, 22, 24.
2 Voir dix-septième conférence p. 439 s.
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terrestre ; et, par une contemplation ininterrompue, il s'était plongé dans ses abîmes.
Par sa première lettre, Jean, chargé d'années, veut entraîner ses fidèles à une connaissance, à un amour égal du Logos. Il veut les préserver aussi des fausses doctrines.
Dans l'Apocalypse il voit le Logos nimbé de gloire céleste, il entend la création tout entière l'acclamer et l'adorer dans les siècles des siècles^.
Ainsi l'on conçoit que saint Jean ait exposé la doctrine du Fils de Dieu et du Verbe divin avec une perfection consommée.
Outre la doctrine du Verbe, il dévoila les relations exactes de Dieu le Fils avec son Père.
Ce point culminant de la christologie johannique mérite d'être spécialement relevé.
En somme le nom de P'ils disait assez qu'il tenait la nature divine du Père, par voie de génération spirituelle. Or, l'expression Logos déclarait le mode de procession du Fils sous un aspect singulier. Le vocable grec « logos » désigne, nous le savons, d'abord la parole intérieure, la pensée, la connaissance, mais aussi la manifestation, l'extériorisation de cette parole par le langage.
En appelant le Fils « Logos », l'évangéliste enseigne que, de toute éternité, le Fils procède de la connaissance intime et divine du Père, et qu'il a paru visiblement dans le temps par l'Incarnation. Le fils d'un être spirituel, d'une pure intelligence est précisément sa connaissance, son savoir, sa pensée. Et tandis que cette pensée revêt la forme humaine, elle devient le Verbe de Dieu exprimé.
Et là, saint Jean semble avoir dit le dernier
^ Apoc. 5, 9-14 ; 19, II ss.
DIX-HUITIEME CONFERENCE
mot qu'une créature puisse balbutier sur le Fils de Dieu et sur les intimes profondeurs de la Vie divine.
C'est aussi la raison pour laquelle il reçut, dès les premiers siècles, le nom de « théologien » parmi les évangélistes.
Sa notion du Verbe fut à la fois le signal et le flambeau de l'évolution naissante du dogme trinitaire-christologique. Elle consolida la théologie ultérieure, quant aux dogmes de l'égalité totale de nature et de la diversité de personnes entre le Père et le Fils.
Toute déviation de cette doctrine johannique aboutit inévitablement aux aberrations du subordinatianisme ou de l'arianisme.
D'autre part, les illustres Pères de l'Eglise Irénée, Athanase, Grégoire de Nazianze, Augustin, en se ralliant étroitement à saint Jean, développèrent la doctrine de la Trinité avec une prodigieuse sûreté.
Nous ne pouvons nous défendre d'admirer les desseins de la Providence, qui inspira au quatrième évangéliste de choisir ce terme incomparable de « Logos », et d'en formuler une notion unique en son genre, qui contenait notre croyance et notre connaissance des plus profonds mystères du christianisme.
L'essentiel, toutefois, réside dans le fait, que toute la doctrine du Verbe, selon saint Jean, repose sur l'inébranlable fondement de la Révélation historique de Dieu. Jean connaît et embrasse d'un coup d'œil tous les documents christologiques du Nouveau Testament. Il les approuve et les complète, en qualité de témoin de la première et de la dernière heure. Il a conscience d'écarter
LA THEOLOGIE DE SAINT JEAN
toute légende, toute inexactitude, toute assertion fausse touchant le Verbe : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l'annonçons » \
Et, à la fin du prologue ^ là précisément où il est question des origines de la connaissance insondable et, pour nous, inconcevable du Verbe, il nous conduit à la source du rocher, d'où jaillit toute science créée du Fils et du Verbe de Dieu :
« Dieu, personne ne le vit jamais : le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est Lui qui l'a fait connaître ».
^ Joa. I, I s, ' Joa. I, i8.
TABLE ANALYTIQUE
Abandon de Jésus à son Père 212-218, — de toutes ses forces 213, — en pleine conformité 214, — dans l'immolation totale de soi 216.
Actes des Apôtres, leur authenticité 33-40, — leur christologie 388-413.
Adoration de Jésus, dans sa vie publique (proskynesis) 316-321, — après la Résurrection 368 ss., — dans l'Eglise primitive 407 ss., 424 ss., — dans l'Apocalypse 451 s.
Altruisme de Jésus 182 s.
Amour de Jésus, — envers le prochain 197-204, — envers son Père 205-212, — la mesure de son amour envers les hommes 205-209, — pénètre sa vie intime 209-212, — motive son abandon total à Dieu 212-218, — apparaît dans son commerce d'oraison avec le Père 218-227.
Ancien Testam,ent, messianisme, personne et œuvre du Messie 231-240, — fausse interprétation du judaïsme ultérieur 240-256, — repris et idéalisé par Jésus 282-303.
Auteur de la vie, Jésus 390.
Authenticité des . Evangiles 22-23, — des Actes des Apôtres 33 ss., — des Epîtres de saint Paul 18 s., — de l'Apocalypse 451, — de la ire Ep. de saint Jean 449.
Baptême de Jésus 260 s.
Blasphème, motif de la condamnation de Jésus 362.
Cardiagnose de Jésus 114-118 et télépathie 1 18-120.
Cérinthe, son hérésie 464 s.
Charité de Jésus 197-204, — embrasse toute sa vie 197 ss., — commandement par excellence 200, — qualités 200 ss., — pénétrée d'amour de Dieu 205 s.
TABLE ANALYTIQUE
Christologie dans la manifestation personnelle de Jésus 259-30^ (messianité), 305-384 (divinité), — dans l'Eglise primitive 385-413, — dans saint Paul 414-441, — dans saint Jean 442-473-
Comparaisons entre Jésus et Jahweh 309-313.
Condamnation de Jésus 281. 358-362.
Conformité de Jésus avec son Père 214-218.
Contrition, absente en Jésus 147-149,
Conversation de Jésus avec les hommes, — sa douceur 178-187, — sa miséricorde 187-197, — sa charité 197-204.
Créateur du monde, Jésus 423. 433 ss. 455 s.
Critique des sources évangéliques, positive 22-63, — négative 64-87, — hypothèse de la fraude 65-68, — explication naturelle 68-70, — hypothèse des mythes 70-71, — hypothèse des tendances 72-73, — critique sceptique 73-76, — hypothèse de l'évolution 76-84, — faillite 84-87.
Culte religieux de la personne de Jésus 316-321, 368 ss., 407 ss., 424 ss., 45 i s.
Demandes (dix-huit — des rabbins) 222, 374 s.
Démiurge, Logos d'après Philon 434, 461.
Démons, leur témoignage sur Jésus 260, 263.
Destruction de Jérusalem et du temple prédite par Jésus 127-129.
Disciples de Jésus, leur foi 259-281, 337-362, — genèse et crise 363-367, — victoire fmale 367 s., — expansion 387-473, — en fonction de la vie de Jésus 472 s.
Discours d'adieu de Jésus, fond christologique 356 s., — « Source du Discours », 23. 26.
Divinité de Jésus, conscience et manifestations 309-328, — en regard de son humanité 307-309, — et de sa messianité 329 s., — dans la foi de l'Eglise primitive 387-473.
Doctrine primitive de l'Eglise 387-413,
Douceur de Jésus 178-187.
Egalité consubstantielle de Jésus et du Père 344 s., 353 ss.
Emmanuel , titre messianique 235, 258.
Enfance de Jésus, Evangile 257-258.
Enoch, le Livre et son messianisme 2.S0,
Epîtres de saint Jean, la le 449 s. 457, — de saint Paul, pastorales 18, — authenticité 18-19, — connaissance de Jésus 18 ss.
Eschatologie judaïque 250 s., — par opposition à celle de Jésus 282-288, — discours eschatologique de Jésus 130 ss.
TABLE ANALYTIQUE
Eternité de Jésus 349. 358. 435 s. 455 ss.
Eucharistie, présence eucharistique de Jésus dans le temps 63, — discours de la Cène 346.
Evangélistes , leurs aptitudes d'historiens 42-45.
Evangiles canoniques, leur authenticité 22-33, — leur historicité 42-62, — le « cinquième » 20, — critique positive 13-63, — critique négative 64-87, — explication naturelle (G. Paulus) 68-70.
Exigences de Jésus 313-316, — la foi 313-315, — l'amour 315-316.
Existence de Jésus, attestée par les sources 13-40.
Faillite de la critique rationaliste 64-87.
Filiation divine, conscience de Jésus 331-362, — en rapport avec la conscience messianique 331 ss., — manifestations de Jésus 331-362, — aperçu général 334 s., — au temple 336 ss., — débuts (Nicodème) 339 ss., — progrès (Galilée) 341 ss., — précisions (Judée, Jérusalem) 347-349, — achèvement (devant les juges et la mort) 358-362.
Fils de David, dans l'Ane. Test. 231 ss., — des rabbins juifs 245 ss., — selon Jésus 290 ss., 355 s.
Fils de Dieu, sens du titre pour Jésus 331 ss., — dans la manifestation de Jésus 334-362, — dans la foi de l'Eglise primitive 431 ss., 442 ss.
Fils de l'homme, dans l'Ane. Test. 235, — dans les apocalypses 250, — dans la propre manifestation de Jésus 263 s. 265 ss. 288 ss.
Force d'âme de Jésus 162-170.
Forme historique, école 76 s.
Fragments de Wolfenbûttel 66 s.
Goethe, témoignage sur le Christ 10.
Harmonie en la personnalité de Jésus 102 s.
//ar«flrfe-Ritschl, théories 76-84.
Hébreux, Epître 19.
Hellénistes juifs et païens, leur foi en Jésus 394-413.
Historicité des Evangiles, positive 41-63, — négative 64-87.
Humanité de Jésus, la conscience qu'en avait Jésus 307, — n'exclut pas la conscience divine 307 ss., — mais lui est unie 309-330.
Humilité de Jésus 170-177.
Hypothèse de la fraude 65-68, — des mythes 70-71, — des tendances 72-73.
TABLE ANALYTIQUE
Image de Dieu : le Christ 436 s.
Incarnation du Logos 436 s. 454 ss. 461 s.
Infaillibilité de Jésus 133 s., — et la prédiction de la parousie 129-133.
Invocation de Jésus dans l'Eglise primitive 407 ss. 424 ss.
Jahweh Elohim et le Seigneur- Jésus, dans la confession de Thomas 368-376, — ■ dans la foi de l'Eglise primitive 400-410, 422-429.
Jésus, le portrait, — sources authentiques 13-40, — sources historiques 41-63, — d'après sa manifestation 259-384, — dans la foi de l'Eglise primitive 385-473.
la critique, — des croyants 9, — des incrédules 10, — antinomie et sources 11.
Judaïsme ultérieur 240-256.
Judéo-chrétiens de la Palestine et leur foi en Jésus 368 ss.,
Jugement de Jésus sur les pécheurs 153 s., — dernier 235. 281.
326 s., 347, — déclarations de Jésus devant les tribunaux
Kyrios cfr. Seigneur.
Légendes, théories de Ritschl-Harnack 76-87.
Logoï, êtres intermédiaires de Philon 460 s.
Logos, doctrine grecque de Philon 460, — selon saint Jean 453- 457. 468 ss., — selon Cérinthe 465 s., — dans l'Ane. Test. 468 ss.
Loi d'amour de Jésus 204.
Loisy Alfred et la critique 50. 78.
Lumière du monde : Jésus 350 s.
Marie 257.
Matthieu « primitif » 23-24.
Messianisme de l'Ane. Test. 231-240, — du Judaïsme ultérieur 240-255, — politique 245 ss., — des rabbins 240-250, — apocalyptique et eschatologique 251 s., — chrétien, (idée de Jésus) 282-303.
Messianité de Jésus 229-303, — question vitale du christianisme 229, — révélation pragmatique 257-281, — par rapport à l'Ane. Test. (229-256) 283-303, — par opposition au Judaïsme ultérieur 257-303.
TABLE ANALYTIQUE
Messie, Messie-Dieu dans l'Ane. Test. 235 s., — dans le propre témoignage de Jésus 307-330.
la notion selon l'Ane. Test. 231-240, — selon le Judaïsme ultérieur 240-255, — selon Jésus 282-303. témoignage messianique de Jésus, — le fait 257-281, — la teneur 282-303.
attente messianique au temps de Jésus 257.
Miracles de Jésus, preuves de sa charité 187 ss., — accomplissement des prophéties de l'Ane. Test. 268 ss., 321, — preuves de sa messianité et de sa divinité 268 ss. 320. 367 ss. 377 ss.
Mischna 241, son messianisme 241-256.
Miséricorde de Jésus 187-197, — envers les affligés 188 s., — envers les malades 189 s., — envers les pauvres 190 s., — envers les pécheurs 192-195, — envers tous les indigents 195-197-
Mort de Jésus 293 ss., 363 ss., 411, 416 s.
Naissance virginale de Jésus 257 s.
Nicodème colloque nocturne 339-341.
Nietzsche Fr. et l'humilité 171. 173.
Nomisme âv Tu-^aïsme pbarisaïsme 241 ss., — opposé à l'attente des prophètes 252 ss.
Notre-Seigneur Jésus-Christ, origine du titre 387-392.
Œuvre divine de Jésus 320-328.
Omniscience de Jésus 343 s., 435 s.
Oraison dominicale 225.
Parabole des vignerons 354 s.
Parousie, prophétie de Jésus 129-133.
Passion et mort de Jésus, prophéties 120-124, — crise des disciples 363 ss., — sources de la Rédemption 295 s., 416 ss.
Péchés, absence d'aveu chez Jésus 144-149, — rémission par Jésus 152, — exemption totale en Jésus 135-156, — témoignage des amis et des ennemis 137-143, — propre témoignage de Jésus 143-155, — fait indéniable 155 s., — importance pour la christologie 137. 155.
Père céleste, relations de Jésus avec son Père 205-227.
Perfection morale de Jésus, cfr. sainteté.
Personnalité de Jésus, portrait humain 91-111, — esprit prophétique 112-134, — vie irréprochable 13S-156, — sainteté 157-227, — messianité 229-303, — divinité 305-384, — dans la foi de l'Eglise primitive 385-473.
TABLE ANALYTIQUE
Philon d'Alexandrie, sa théorie du Logos 460 ss.
Portrait humain de Jésus 91-111.
Préexistence du Messie 255. 258, — de Jésus 258. 340. 345. 349. 357- 433 s. 435. 446. 455.
Prière dans la vie de Jésus 218-227, — au Père céleste 222-227, — oraison dominicale 225, — sacerdotale 225 s., — commerce d'oraison avec son Père 218-227, — fréquente 219- 222, — parfaite 222-227.
Problème synoptique 26.
Procès de Jésus 281, 358-362.