‹ Jésus de NazarethChapitre 35 sur 47 · AT · texte numérisé non relu

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desquelles le texte ne donne pas d’éclaircissements, doivent probablement être conçues comme des attestations de la réalité de La vie qu’il a reprise.

Ce qui précède suffit, sans qu’il soit nécessaire de recourir aux récits extracanoniques plus jeunes, pour qu’on puisse distinguer dans la tradition deux conceptions de la résurrection. D’après l’une, qui est comparable à celle de Paul, le ressuscité n’est plus soumis aux conditions ordinaires de l’existence humaine. C’est un être céleste qui, parfois, se montre sur la terre. D’après l’autre, le Christ ressuscité reprend son existence terrestre au point même où la mort l’avait interrompue. Il a un corps que l’on peut palper, il mange, il porte encore les marques des clous dans ses mains et, dans son côté, la trace du coup de lance ; ses plaies ne sont même pas cicatrisées.

La forme primitive de la foi à la résurrection /

Les récits évangéliques combinent ces deux conceptions. La théorie des apparitions pendant quarante jours est une tentative pour les harmoniser. Elles sont cependant bien différentes et, en réalité, inconciliables. Elles correspondent à deux phases différentes du développement de la pensée chrétienne. Quelle est la plus primitive, celle qu’avaient dans lesprit les premiers Chrétiens quand ils affirmaient : « Jésus est ressuscité » ? Sous l’action de quelles causes a-t-on passé de l’une des conceptions à l’autre?

Il y a déjà une présomption favorable à la priorité de la conception de la résurrection comme glorification

dans le fait qu’elle apparaît dans la première épître aux Corinthiens, tandis que l’autre conception, celle de la revivification, ne se trouve que dans des textes qui, sous les formes que nous connaissons, sont sensiblement plus jeunes.

Une autre considération a plus de poids encore. La conception spiritualiste se rencontre chez Paul dans

ute sa pureté InaisO ‘aucun élément hétoute s reté, sans combinaison d

térogène. [Il n’y a, au contraire, aucun récit, soit cano-.

nique soit extracanonique, où, à la conception de la re-.

vivification, ne se mêle quelque trait emprunté à l'idée de la glorification. Il serait sans doute téméraire d’af-

firmer qu'il n’y a jamais eu de récit conçu uniquement

au point de vue de la revivification. L’existence d’un semblable récit apparaît cependant comme fort douteuse. Il aurait si bien répondu aux préoccupations ultérieures

et aux besoins de lapologétique qu’on comprendrait.

malaisément sa disparition.

La combinaison de traits appartenant à deux concep-

tions différentes peut être expliquée de deux manières. …

Ou bien les deux conceptions ont d’abord existé indé-

pendantes et parallèles, et c’est après coup qu’on s’est —

attaché à les combiner ; ou bien, au contraire, il y avait

primitivement une conception simple et homogène, à.

laquelle ont été ultérieurement incorporés certains éléments divergents répondant à des préoccupations nouvelles qui n’avaient cependant pas assez de force pour

faire disparaître des traits qui, logiquement, n’auraïient

pas dû pouvoir lui être associés. Dans le cas qui nous occupe, la première explication est peu vraisemblable,

La conception de la revivification ne paraît jamais avoir inspiré, à elle seule, aucun récit. Les raisons qui ont fait attacher de plus en plus d'importance aux manifesta-. tions corporelles du ressuscité permettent d’ailleurs de a >

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comprendre l’évolution de la tradition sur la résurrection,

sans qu'il soit nécessaire de lui attribuer un double point de départ (1).

On peut encore faire valoir, à l’appui de la priorité de la conception spiritualiste, le fait que tous les traits qui impliquent la conception de la revivification paraissent inspirés par des préoccupations apologétiques. Ce sont autant de réponses directes aux objections opposées à la foi à la résurrection. Il serait, au contraire, très difficile de comprendre que, devant la nécessité de réfuter les critiques des négateurs, on se soit rendu la tâche plus difficile en sublimant et en spiritualisant la foi à la résurrection.

La résurrection a donc été conçue d’abord comme l’accession du Christ à une vie supérieure. La conception de la résurrection comme simple suppression de la mort et comme restauration de la vie antérieure du Christ est une conception secondaire, née des besoins de l’apologétique.

Cette conclusion met en lumière le caractère primitif de la foi à la résurrection. Le mouvement, dans l’histoire de la tradition, a été, si l’on peut s'exprimer ainsi, du dedans au dehors. Il a tendu, sinon à matérialiser, du moins à concrétiser la foi à la résurrection. L’évolution a été toute spontanée, sans qu’il y ait eu de plan concerté par qui que ce soit. C’est le cas de rappeler le mot de Pascal : « Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger » (2). Il faut croire au moins à la bonne foi de ces témoins, car une croyance fondée sur des machinations malhonnêtes n'aurait pas résisté aux persécutions.

(1} Dans les récits qui contiennent des traits impliquant la conception de la revivification, il est facile de se convaincre que ces traits ne sontpasen harmonie avec les autres éléments du récit, Ainsi, dans Jn., 20, 26-29, l’exhibition des plaies implique une corporalité du ressuscité, qui ne se concilie pas

aisément avec le fait que Jésus pénètre dans la salle les portes étant fermées. (2) N° 598 de l’édition BruNscnwic.

Il ya dans la foi à la résurrection deux éléments : Le premier est une conviction d’ordre religieux : Jésus est vivant, il ne peut être, comme les autres hommes, un

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vaincu et un prisonmer de la mort, il a échappé à son pouvoir, c’est lui, en définitive, quia triomphé. À côté de cela il y a une conviction de fait, matérielle, historique + Jésus est sorti du tombeau, il a été vu de tel et tel. Quel est le rapport entre ces deux convictions ? Les apôtres ont-ils cru que Jésus était vivant parce qu’ils. avaient trouvé son tombeau vide et qu’il leur était ap-paru ? Ou bien, au contraire, l’ont-ils vu et se sont-ils persuadés que son tombeau devait avoir été trouvé vide parce qu'ils avaient la conviction qu'il était vivant D Les récits évangéliques, tels que nous les lisons, expriment la première de ces conceptions. Ils nous présentent des hommes profondément déprimés, si peu préparés à” croire à la résurrection de leur maître, qui cependant leur a été annoncée, qu'ils traitent de « bavardage » (Le, 24, 11) la première nouvelle qui leur en est portée et que, quand Jésus se montre à eux, ils ont besoin de le palper et de le voir manger pour se persuader qu’ils ne sont pas … en présence d’un fantôme. Malgré cela, Matthieu (28, 17) “i rapporte que quelques-uns conservent des doutes. Dans la foi paulinienne, au contraire, l’élément fonda=… mental est l’affirmation de la résurrection ; il n’est fait … aucune allusion au tombeau vide et les apparitions ne sont mentionnées qu’à titre de confirmation. Si ce n’était pas là la conception la plus ancienne, l’évolution de

LU ie £

sur des faits matériels ou tenus pour tels (tombeau vide … et apparitions) elle se serait spiritualisée pour, dans la … suite, redevenir matérielle. +4

La foi à la résurrection a été, à son origine, une afin tion et une conviction d'ordre religieux et non une co

tatation expérimentale. C’est ce qui explique la fécondité qu’elle a eue pour le développement du christianisme. Le quatrième évangéliste a eu le sentiment exact de sa véritable nature quand il a mis dans la bouche de Jésus cette déclaration à Thomas: « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » (20, 29) (1).

Comment est née la foi à la résurrection

M. Couchoud (2) pense que la foi à la résurrection est née d’une manière toute spontanée, sans antécédents directement reconnaissables et que les apparitions n’ont été que la manifestation d’un Messie idéal dont l’histoire mythique comportait un épisode de crucifixion. Cette théorie nous paraît appeler plusieurs objections décisives. L'histoire évangélique n’est pas, nous l’avons vu, la simple transposition d’un mythe. D’autre part, la foi à la résurrection est, dans tout le christianisme primitif, étroitement solidaire de la pensée de la mort du Seigneur. Comment, dans ces conditions, la résurrection aurait-elle pu être, à l’époque tout à fait primitive, chez Pierre et ses premiers compagnons, l’objet d’une expérience religieuse directe, tandis que la croyance à la mort et aux souffrances du Messie aurait été empruntée à un mythe ancien ? Il est inconcevable qu’un mythe ait pu contenir l’idée des souffrances et de la mort du Messie, sans avoir comporté aussi l’idée de son triomphe. Les mythes d’Attis ou d’Osiris, que les mythologues citent volontiers comme parallèles à l’histoire du Messie chrétien, sont à

(1) C£. Le., 16, 81 : « Même si un mort ressuscitait, ils ne croiraient pas ». (2) Coucou», le mystère de Jésus, p. 89.

cet égard caractéristiques. Mort et résurrection du héros

divin y sont sur le même plan. Pourrait-il en être autre-

ment dans le christianisme ? La foi à la résurrection y est en relation organique avec une expérience des premiers croyants, ce qui oblige à formuler le dilemme suivant : ou bien tout le drame évangélique, c’est-à-dire à la fois l’idée des souffrances et de la mort du Messie et celle de la résurrection, n’est que la transformation d’un vieux mythe, ou bien il a été l’objet d’une connaissance directe. Il n’est pas impossible, d’ailleurs, qu’une réminiscence du mythe de la mort et de la résurrection du Dieu ait préparé les esprits à concevoir l’idée de la résurrection

du Messie Jésus, mais l’affirmation de cette résurrection,

loin d’avoir pu être déduite du seul fait de la mort, représente, par rapport à lui, quelque chose d’original et de nouveau.

C’est ce que confirme l’examen des conditions dans lesquelles est née la foi à la résurrection, qui n’est pas apparue au sein d’un groupe de disciples enthousiastes, mais parmi des hommes profondément découragés.

La personne, l’activité et l’enseignement de Jésus avaient produit une profonde impression sur le petit cercle de disciples constitué autour de lui. Sans qu'ils aient traduit

leurs sentiments en formules théologiques arrêtées, ils.

avaient associé étroitement la personne de leur maîtreà

l'idéal du Royaume de Dieu qu'ils avaient concu sous son Y

influence. Jésus était pour eux celui qui devait accomplir l’œuvre divine, le Fils de l'Homme destiné par Dieu à

réaliser son plan, à détruire la puissance du diable et”

à établir la domination divine sur le monde, La cons-

cience messianique de Jésus (1) s’était imposée à eux :

(1) Nous ne pouvons aborder le problème que posent les affirmations messianiques de Jésus dans les évangiles, ni discuter les diverses théories pro=

s’il en avait été autrement on ne comprendrait pas comment la foi en Jésus aurait pu survivre au drame de la passion. :

Même si l’on admet, comme il paraît bien qu’il faille le faire, que Jésus avait prévu l’éventualité d’un échec et essayé d'y préparer ses disciples, il n’en reste pas moins que les apôtres furent surpris et décontenancés par l’arrestation de leur maître. Leur désarroi fut complet : ils se dispersèrent. Ce point est hors de doute; la tradition évangélique, qui, cependant, tend à glorifer les apôtres a gardé le souvenir très net de leur fuite. Elle a essayé, sinon de l’excuser, du moins de l’expliquer, en y montrant la réalisation d’une prophétie (Me., 14, 27. Mi., 26, 31 citant Zacharie, 13, 7) (1). Cet essai d’apologie a la valeur d’une confirmation très précise du fait (2).

Même Pierre, qui semble avoir eu plus d’assurance ou d’audace que ses compagnons et qui avait protesté que quoi qu’il pût arriver, il n’abandonnerait pas son maître, (Me., 14, 29 et par.) ne fit, d’après le quatrième évangile,

comme le Fils de l'Homme et que, si les conceptions messianiques des premiers Chrétiens peuvent avoir réagi sur la manière dont les déclarations de Jésus sont rapportées dans les évangiles et leur avoir donné plus de précision, elles ne les expliquent pas. A l’appui de notre opinion nous citerons seulement un fait décisif, c’est la réponse de Jésus au grand-prêtre. Interrogé sur la question de savoir s’il est le Christ, le fils du Béni, Jésus répond : « Je le suis et vous verrez le Fils de | Homme assis à la droite de la Puissance et venant sur les nuées du ciel » (Mc., 14, 62). Si cette déclaration était un produit de la foi chrétienne, on y trouverait l’idée fondamentale du christianisme primitif, celle de la résurrection au troisième jour, Matthieu (26, 64), en introduisant la formule : « A partir de maintenant vous verrez... »,tend à substituer l’idée de la glorification à celle du retour, mais il ne le fait que d’une manière incomplète, puisqu'il conserve l'idée du retour sur les nuées du ciel. Luc va plus loin dans cette voie et supprime l’idée du retour en donnant à la déclaration de Jésus cette forme : « À partir de maintenant le Fils de l’ Homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu » {Le., 22, 69),

(1) Le quatrième évangile (18, 8-9) met dans la bouche de Jésus une parole qui justifie la dispersion des disciples.

(2) Meyer, Urspr. u. Anf., III, p. 211.

L 7 GocueL, — Jésus de Nazareth 49

(18, 10) (1), qu’esquisser un geste de résistance et ce geste ne dut pas être bien accentué puisqu'il n’eut pour l’apôtre aucune conséquence fâcheuse (2). Il accompagna seule-. ment de loin le cortège qui emmenait son maître (Me; 14, 54 et par. ) et 1l ne trouva même pas le courage d’avouer. devant des esclaves l'attachement qu'il avait eu ie lui (Mc., 14, 66-72 et par.). Æ L’abandon de Jésus par ses apôtres peut être inter- | prété de deux manières. Le fait de Jésus tombant entre les mains des soldats, sans avoir même essayé de se défendre, sans qu'aucune intervention surnaturelle se soit. produite en sa faveur, pour avoir tué la foi des disciples | et les avoir persuadés qu'ils s’étaient trompés en ee reconnaître en Jui le Messie. Les disciples de Jésus auraient alors été dans le même gas que les partisans des innombrables prétendants messianiques du genre de Theudas, de Judas le Galiléen (Actes, 5, 36-37) et plus tard de Bar-Kochba. Leur foi et leur attachement n’auraient pas résisté à la défaite de leur héros. Il yaurait eu chez eux écroulement subit et complet de la foi messianique, en tant du moins que cette foi avait Jésus po 2 objet.

ciples ne s’est pas écroulée, elle a seulement été ébranlée C’est surtout le courage de l’affirmer qui leur a. fait défaut. Il y aurait eu chez eux défaillance de caractère

pas faillite totale de la F5 messianique en Jus a Il n n'est pas facile de se prononcer entre ces deux

n . LE

(1) Les synoptiques (Mc, 14, 47 et par.) rapportent aussi l'épiso ne nomment pas Pierre. + (2) L’attitude de Pierre a, en tout cas, été plus réservée que cell homme qui avait voulu suivre Jésus et que les soldats tentèrent (Me., 14, 51-59). LES

des apôtres et la tradition ne se sont pas volontiers attachés à cette période trouble et obscure où leur foi avait, pour le moins, vacillé. Quelques observations doivent cependant faire incliner vers la seconde des interprétations qui viennent d’être indiquées. Il y a d’abord une raison que nous appellerons d'économie psychologique. L'évolution ultérieure des apôtres est plus facile à comprendre dans l'hypothèse d’une défaillance momentanée que dans celle de l'effondrement total de la foi messianique, Pour que cet effondrement total ait pu se produire, il faudrait admettre que les disciples étaient restés complètement fermés à ce qui paraît bien avoir été la note dominante dans la pensée de Jésus aux derniers jours de son ministère, et notamment dans la dernière soirée, à Savoir la pensée de la mort et du retour.

Certains faits significatifs sont favorables à l'hypothèse de la défaillance momentanée, Il suffit de les indiquer. C'est d’abord que Pierre n’a, en somme, renié Jésus que parce qu'il avait voulu le suivre, de loin il est vrai, Il ne s'était donc pas complètement désintéressé de son sort (1). Le reniement lui-même serait-il un désaveu formel qu’il faudrait encore déterminer dans quelle mesure 1l a été sincère et dans quelle mesure il a été dicté par la peur. Mais Pierre s’est seulement refusé à avouer qu'il connaissait Jésus, il n’a pas déclaré que c'était un

imposteur. Son attitude n’est pas celle d’un homme qui a perdu toute foi, c’est celle d’un homme qui n’a pas le courage d'affirmer sa foi. L'ancienne Église n’a pas eu le sentiment que l'attitude de Pierre ait été l'équivalent d’une renonciation à l’apostolat, elle n’a pas conservé le souvenir d’une nouvelle investiture qui, sans cela,

(1) D'après la tradition la plus ancienne, ce n’est pas avant le dimanche matin que les disciples quittent Jérusalem (voir p. 292), s.; ils ont donc voulu connaître le dénouement du drame,

aurait été nécessaire et dont le récit aurait dû êtreindissolublement lié à celui de la déchéance. L'épisode (Jn., 21, 15-19) habituellement intitulé : 4 réhabilitation

de Pierre », a un tout autre sens (1). Pierre, malgré son ê reniement, joue dans les récits de la résurrection un £ rôle de premier plan et, dans l'épisode que l'on a pris pour celui de sa réhabilitation, on ne trouve pas l’allusion qui. serait nécessaire au reniement et à la disqualification

qui en aurait été la conséquence. Se: à : A . , 1. PRE et a Jusqu'où les apôtres sont-ils allés dans leur désarroi ?

Sont-ils restés à Jérusalem en se cachant plus ou moins soigneusement, ou bien ont-ils quitté la Judée pour se réfugier en Galilée ? La tradition représentée par Luc et par Jean sous sa forme première (2) appuie la première hypothèse. C’est, d’après le commencement des. Actes (1, 4), sur un ordre exprès de Jésus que ses disciples attendent à Jérusalem l’effusion de l'Esprit. Ce serait donc à Jérusalem que se serait produite toute l'évolution décisive à laquelle l’Église dut sa naissance. Les choses ne sont pas présentées de la même manière dans les autres récits. D’après Marc (16, 7), les disciples sont encore à Jérusalem le dimanche matin, puisque les femmes reçoivent de l’ange la mission de leur dire qu'elles ont trouvé le tombeau vide et qu’ils doivent se rendre en Galilée où ils verront Jésus. Par crainte, les femmes se taisent. Le récit s'arrête à cet endroit. Il devait primitivement rapporter l'apparition de Jésus en Galilée annoncée dans 16, 7. Mais était-ce à la suite du message des femmes ou de leur propre initiative que les disciples quittaient Jér salem ? La première hypothèse doit être écartée à cau de la dernière phrase de l’évangile. Si le narrateur av

eu l'intention de rapporter comment, après coup,

(1) Maurice GoGuEzt, Intr., 11, p. 3028.

(2) C'est-à-dire avant l'addition du chapitre 21.

femmes se décident à parler, n’aurait-il pas amorcé ce nouveau récit en disant, par exemple : « Elles ne dirent d’abord rien à personne ». L’évangile primitif de Mare ne devait pas rapporter que les disciples quittaient Jérusalem pour aller à la rencontre du ressuscité, au rendezvous assigné par l’ange. Ce n’était pas avec une espérance même vacillante dans le cœur, c’était dans le désespoir qu'ils retournaient en Galilée. Ils ont dû quitter Jérusalem dès que le drame du Calvaire eut été consommé, après avoir laissé passer seulement le sabbat, pendant lequel ils ne pouvaient se mettre en route.

C’est ainsi que l’évangile de Pierre présente les choses. Les femmes qui ont découvert le tombeau vide et reçu

le témoignage de l’ange s’enfuient épouvantées et, bien que ce ne soit pas explicitement raconté, ne disent

rien. C’est dans les larmes et la détresse (59-60) qu’au matin du troisième jour les disciples se mettent en route pour la Galilée. Ce que l’évangile de Pierre contient en plus, à savoir l’histoire de la résurrection proprement dite, a une autre origine et n’a pas été intégré d’une manière satisfaisante dans le récit de la découverte du tombeau vide et du retour en Galilée. Ni les femmes ni les disciples n'auraient pu ignorer un évènement aussi sensationnel que la sortie de Jésus du tombeau, telle qu’elle est racontée dans l’évangile de Pierre.

Le récit de Matthieu reproduit celui de Marc avec quelques variantes. D’abord Jésus apparaît aux femmes (28, 9-10). Celles-ci s’acquittent du message qui leur est confié (28, 8) et c’est après l’avoir reçu que les dis-

ciples se rendent en Galilée, sur la montagne où Jésus

leur a donné rendez-vous (28, 16). Le retour des disciples en Galilée a ainsi un autre caractère que dans l’évangile de

Marc. C’est, sinon dans la certitude, du moins dans l’es-

hais

pérance de la résurrection, qu'ils quittent Jérusalem. La priorité du récit de Mare par rapport à celui de

Matthieu est certaine. L'apparition de Jésus aux femmes est suspecte: Marc ne l’aurait pas supprimée s’il Pavait trouvée dans sa source. Elle fait double emploi avec l'apparition de l’ange. La mission que Jésus confie aux. femmes n’ajoute rien à celle qu’elles ont déjà reçue. Enfin, en disant que les disciples vont en Galilée au … rendez-vous que l’ange leur a donné, le récit de Matthieu établit une relation étroite entre le tombeau vide et lapparition ; il fait ainsi disparaître un des traits les plus étranges du récit de Marc, qui est la simple juxtaposition. … de ces deux faits. [l'est naturel que la tradition les ait | liés l’un à l’autre. On comprendrait plus malaisément” qu’elle les ait Idissociés. 7?

La tendance à relier organiquement le récit de la” découverte du tombeau vide et celui de la première PPrUS parition agit plus nettement encore chez Luc et surtout chez Jean. Chez Luc,le message de l’ange est transposé 4 de telle manière qu il ne parle plus d’un rendez-vous en - Galilée, mais d’un rendez-vous que Jésus avait donné | lorsqu'il était en Galilée (24, 6). Le message est porté: " aux disciples, mais ils ne sont pas convaincus (24, #1). Il n’est pas même dit qu’ils se soient transportés au tom: beau (1). Dans le récit de la rencontre sur le chemin d'Emmaüs, les choses sont un peu plus précisées. Les. | disciples sont bien allés au sépulcre, mais ils n’ont pas vu l’ange (24, 22-24). Le message des femmes les a au moins troublés. Ils ne peuvent pleinement croire à ce. qui leur a été raconté, mais ils prennent la peine de procéder à une enquête. Lorsque les disciples d’ Emmaü:

reviennent à Jérusalem ils sont accueillis pars ce a

(1) Au moins dans le texte qu’il y a lieu de tenir pour primitif, Voir 2. 1,

moins posée par la découverte du tombeau vide. Les raisons pour lesquelles le texte de Matthieu doit être regardé comme secondaire par rapport à celui de Marc gardent toute leur valeur pour celui de Luc. Dans 24, 11 « leurs paroles leur parurent du bavardage et ils ne les crurent pas», subsiste très nettement une trace de la conception primitive qui n’établissait pas de relation entre le tombeau vide et les apparitions.

Dans le récit de Jean (20, 1-18), la relation entre le tombeau vide et les apparitions est plus étroite encore. Jésus apparaît à Marie-Madeleine et deux disciples viennent au tombeau contrôler le dire des femmes. L'un d’eux «voit et croit ». La synthèse est ainsi parfaitement réalisée. C’est sur le tombeau vide que repose la foi à la résurrection. Il en est ainsi, au moins, pour celui que lévangéliste présente comme une âme d'élite, comme le type idéal du disciple. Marie-Madeleine et Pierre ne sont pas convaincus de la même manière : pour eux les apparitions sont nécessaires. Elles servent de confirmation à ceux qui ne sont pas directement convaincus de la vie. du Christ. Leur rôle est ainsi essentiel ; bien que subordonné à celui du tombeau vide, il lui est parfaitement coordonné.

La comparaison des récits relatifs à la résurrection montre donc que, dans la plus ancienne tradition que nous puissions reconnaître, le tombeau vide et les apparitions étaient simplement juxtaposés. Cet état, en quelque sorte inorganique, ne pouvait être longtemps maintenu. On’devait nécessairement chercher à exprimer dans les récits la relation que l’on ne pouvait manquer d’apercevoir entre les deux faits. Ainsi prirent naissance deux états secondaires de la tradition. Dans le plus ancien, le caractère du retour des disciples en Galilée est transformé : c’est pour venir à la rencontre de Jésus qu'ils quittent Jérusalem. Mais, à la longue, ceci ne pouvait

pas suffire, il fallait aller plus loin et rapprocher le tombeau vide des apparitions, non seulement dans la pensée des disciples mais encore dans le temps et dans l’espace” Pour cela les apparitions furent transportées à Jérusalem où les apôtres se trouvaient encore au moment dela découverte du tombeau vide (1). NE Diverses objections ont été faites à la thèse de la priorité de la tradition galiléenne. Elles reposent en général sur cet à priori dogmatique plus ou moins inconscient qu'il ne saurait y avoir de contradiction entre les divers récits de la résurrection et qu’il faut seulement trouver. une combinaison qui les concilie. Quelques critiques ont supposé, aux environs de Jérusalem, sur la Montagne des … Oliviers, un endroit appelé « Galilée » (2), mais ce lieu n'a manifestement été imaginé que pour les besoins de la cause. D’autres, suivant en cela l’exemple déjà donné par l’auteur de la finale inauthentique de Mare et par l'éditeur qui a ajouté le chapitre 21 au quatrième évangile, ont combiné les deux traditions en statuant une série d’apparitions judéennes suivies d’apparitions gas. léennes. Îls méconnaissent le fait que, dans la tradition . primitive, l'apparition galiléenne était bien nettement une première apparition du ressuscité. ue À Johannes Weiss (3) a présenté une théorie originale. tendant à expliquer par un malentendu l’origine de la

peut-être en partie déterminée, par l'importance de plus en plus grande prise par l'Église de Jérusalem et aussi par la préoccupation d'affirmer que les » apparitions ne s'étaient pas produites dans une province reculée, échappant ainsi, plus ou moins, au contrôle. SAT (2) Run. Hormanx, Galilaea auf dem Oelberg, Leipzig, 1896 ; A. Rescr Das Galilaea bei Jerusalem, Leipzig, 1910 ; Der Auferstandene in Galil bei Jerusalem, Gütersloh, 1941. À (3) Jomannes Weiss, Das Urchristenium, Gœttingen, 1917, p. 41 s.. R. Scuürz, Apostel und Jünger, Gœttingen, 1921, p. 98 s. La théorie Weiss a été critiquée par En. Meyer, Urspr. u. Anf., III, p. 212, nA

tradition galiléenne. Elle reposerait toute entière sur la parole de Jésus rapportée dans Marc, 14, 28 : « Après que je serai ressuscité Je vous précéderai (rpoéïu buà) en Galilée », parole à laquelle il est fait allusion dans le message de l’ange (Mc., 16, 7). D’après Johannes Weiss, Jésus aurait annoncé à ses disciples qu'après sa résurrection il les conduirait en Galilée en marchant à leur tête. Si cette théorie était fondée le problème de la résurrection serait très simplifié. L'Église serait le prolongement direct de la communauté qui, du vivant de Jésus, avait existé entre lui et ses disciples.

L’ingéniosité du système qui supprime plutôt qu’il ne les résout toute une série de problèmes, doit inciter à un examen très sérieux. La tradition jérusalémite de Luc est née par un véritable escamotage de la parole sur laquelle repose, dans Mare, la tradition galiléenne (1). Entendue comme elle l’est par Johannes Weiss, la parole sur le retour en Galilée serait le seul élément survivant d’une tradition d’après laquelle Jésus aurait repris, ou pensé devoir reprendre, après sa résurrection, la vie qu’il avait auparavant menée avec ses disciples. Comment Jésus aurait-il eu unetelle pensée alors que — sa déclaration devant le sanhédrin le prouve — il s’attendait à revenir sur les nuées du ciel ? Supposera-t-on au contraire, en admettant l'hypothèse d’ailleurs fragile et peu vraisemblable de la mort apparente, que Jésus, après le drame du Calvaire, ait encore vécu un certain temps avec ses disciples ? Comment cette période de sa vie n’aurait-elle pas laissé d’autre souvenir qu’une phrase, de bonne heure mal comprise ? Comment la tradition n’en auraitelle jamais fait état comme de l’argument le plus propre

(1) Matthieu (28, 7), transpose légèrement le dernier membre de phrase, qui, par là, devient chez lui superflu et ne peut s'expliquer que comme une gurvivance du texte de Mare, dont la priorité est ainsi confirmée,

à confondre les négateurs de la résurrection P Comment + enfin aurait pu naître une tradition réduisant, contrairement aux intérêts les plus évidents de l'apolos et 134 les manifestations du Christ ressuscité à quelques bretse FR apparitions ? | On pourrait encore supposer que la parole sur Jésus … conduisant ses disciples en Galilée se serait originairement rapportée à la période qui devait suivre le succès que Jésus espérait remporter en Judée et à Jérusalem. On comprend très bien que, l'espoir de Jésus ayant été déçu,” la tradition n’en ait pas conservé le souvenir, mais com=" ment se ferait-1l qu’un débris en ait subsisté et comment une seule phrase mal comprise par Marc aurait-elle pu” suffire pour donner naissance à la tradition galiléenne… et pour étouffer chez lui le souvenir de la tradition judéenne primitive P On objecte à la priorité de la tradition galléenne que

nous ne savons rien d’une communauté chrétienne de” Galilée dont l'existence aurait été la conséquence directe d’apparitions dans cette région. La tradition n’a pas. gardé non plus le souvenir du retour des disciples à Jéru= salem. Le hasard de la conservation des documents peut expliquer le premier point. Nous ne saurions rien de l’exis tence, dans les premières années qui ont suivila mort de. Jésus, d’une communauté chrétienne à Damas si cette Église n’était pas mentionnée dans le récit de la con- cn. version de Saul de Tarse. La même explication vaut aussi pour le second point. On comprend d'ailleurs que.

par Jésus à ses disciples de ne pas quitter J cs mais d’y attendre l’effusion de l'Esprit (Actes, 1, 4). +

La foi à la résurrection et la foi messianique

La pensée religieuse des premiers Chrétiens eut deux foyers : la foi à la résurrection et la foi messianique. Il y a entre ces deux convictions une relation organique. Quel fut exactement le rôle de chacune d’elles et quel est le rapport qu’il y a entre elles ? La foi messianique des premiers disciples est antérieure à leur foi à la résurrection. Elle est née de limpression produite par Jésus sur eux et ne fut pas entièrement dissipée par le drame de la passion. Si l'échec de Jésus avait été, en même temps, un démenti complet à la confiance que les disciples avaient mise en lui, il aurait pu ne pas entraîner un écroulement complet de leur foi messianique en général, mais il aurait radicalement détruit celle qu'ils pouvaient avoir eue en lui.

Certains textes pourraient cependant, au premier abord, faire considérer la foi à la résurrection comme la source de la foi messianique. Tel est le cas, notamment, pour un passage du discours de Pierre à la Pentecôte (Actes, 2, 36) où s'exprime une conception dont le caractère archaïque et prépaulinien est tel qu’on ne doit pas hésiter à y reconnaître l’écho d’une conception assez primitive. D’après ce texte, Dieu « a fait Seigneur et Christ», c’està-dire Messie, le Jésus qui a été crucifié par les Juifs (1). Mais il n’est pas affirmé que Jésus n’ait pas été Messie avant sa résurrection ; il est supposé, au contraire, qu’il était, pendant son ministère terrestre, mais sans les at-

(1) On doit rapprocher de ce texte le passage, Rom., 1,4, mais, chez Paul il est plutôt question de la manifestation de Jésus comme Messie.

tributs de puissance et de gloire, celui que Dieu destinait à réaliser l’œuvre messianique. Maintenant la dignité. de Messie lui a été pleinement conférée : Jésus est actuellement le Seigneur, c’est-à-dire le Messie transcendant

qui viendra, à la fin des temps, pour achever la déroute

des ennemis de Dieu et assurer, en même temps que le salut des fidèles, l’établissement et le triomphe du règne de Dieu. « C’est du ciel, écrit Paul, que nous attendons le Sauveur, le Seigneur Jésus Christ » (Phil., 3, 20) et, si la suite de cette déclaration, avec l’idée de la conformation du corps du croyant au corps glorieux du Seigneur, exprime une idée proprement paulinienne, la formule initiale contient la foi commune à tous les Chrétiens.

La résurrection a d’abord été, pour les disciples, une satisfaction sentimentale, à la fois une consolation êt une réparation de l’offense faite à Jésus par sa condamnation ignominieuse. Par elle Jésus a été réhabilité et la foi des disciples, ébranlée par le drame de la passion, a été restaurée. Mais ce n’est pas tout. La résurrection a mis la foi messianique sur un plan nouveau. Dès les premières manifestations de la vie de l’Église, elle prend une allure et une orientation différentes de celles qu’elle avait eues jusque là. Ce n’est plus une conviction intime qui a le caractère d’un secret sur lequel on ne s’exprime,. même entre initiés, qu'avec précautions et qui reste entourée d’un certain mystère. C’est une certitude publiquement affichée, proclamée devant tous et qui cons-

titue l’essence même de la prédication chrétienne. Il y …

a là autre chose qu’un changement de tactique, que l’a-

bandon de précautions désormais superflues. La foi

messianique a été exaltée ; elle a passé du plan immanent … au plan transcendant. Si paradoxal que cela puisse

paraître au premier abord, le Christ prêché dans la pri- $ mitive Église n’est pas rigoureusement identique au Jésus. auquel les disciples ont cru quand ils l’accompagnaien

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sur les chemins de la Galilée ou dans les rues de Jérusalem. Sans doute, c’est bien la même personne, mais elle a reçu de Dieu la pleine messianité qui, auparavant, lui était seulement promise.

La résurrection ne peut, à elle seule, avoir donné ce caractère nouveau à la foi des disciples. Les premiers Chrétiens croyaient que Jésus avait rendu la vie à divers personnages, mais cela n’impliquait, en aucun sens, leur exaltation. Ils passaient seulement pour avoir repris, pour un temps, leur vie antérieure, non pour avoir radicalement triomphé de la mort. La résurrection de tous ces personnages n’a d'importance pour les évangélistes qu’en fonction de Jésus dont elles révèlent que la puissance est plus forte que la mort.

La foi à la résurrection de Jésus a eu, dans le christianisme primitif, de tout autres conséquences. Le ressuscité n’a pas été, pour ceux qui ont eu la révélation de son retour à la vie, un homme ordinaire mais déjà le Messie. La foi à la résurrection fut l’exaltation de leur conviction messianique, elle lui donna une éclatante confirmation.

L'écrivain socialiste Maurenbrecher (1) fait intervenir ici une considération de race. Il parle de la faculté acquise par la race juive, à travers les péripéties tragiques de son histoire, de se relever de toutes les catastrophes et de faire de toutes les déceptions la source de nouvelles espérances ou de nouvelles illusions. Cette interprétation appelle d’assez importantes réserves. Ce qui, dans le christianisme primitif, a survécu au drame du Calvaire ce n’est pas seulement la foi messianique en général, mais le caractère personnel que cette foi avait revêtu.

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Elle ne s’est pas attachée à un autre Messie, mais c’est

(1) Maunensrecner, Von Nazareth nach Golgotha, Berlin-Schôüneberg, 1909, p. 262.

dans le crucifié de Golgotha qu’elle a continué à voir le. Messie et le Sauveur. Ceci ne s’explique pas par une dispo=… sition de race mais suppose un profond attachement

à la personne de Jésus Messie.

Les premiers Chrétiens n’ont pas fait de Jésus le Messie transcendant parcequ'il était ressuscité mais c’est parce = que son départ de la terre et son retour au-ciel avaient. fait de lui le Messie transcendant, qu’ils ont cru à sa résurrection et, en un sens nouveau, à sa messianité. C’est. cette conviction qui explique les apparitions. Les disciples ont vu Jésus parce qu'il était vivant pour eux. Cette formule est plus vraie que celle que suggèrent les récits évangéliques et qui serait que les disciples ont. cru en Jésus vivant parce qu’il leur était apparu.

La foi messianique des disciples est antérieure à lacroyance à la résurrection. C’est cette foi qui a été la source de cette croyance. C’est parce que Jésus était pour eux le Messie et non un homme ordinaire qu'ils ont cru à sa résurrection (1). Comme M. Loisy le fait jus=..… tement remarquer, les disciples de Jean-Baptiste qui n'avaient pas eu de leur maître une semblable opinion n’ont jamais cru à sa résurrection (2). ts

On pourrait, il est vrai, comme le fait Maurenbrecher (3), Eh objecter que cette explication de l’origine de la foi à la résurrection ne vaut pas pour le cas de ceux qui, comme probablement Jacques et, en tout cas, comme l’apôtre Paul, n’ont pas vu en Jésus le Messie avant d’avoir acquis la certitude de sa résurrection. Cela est évident, mais les causes qui ont déterminé la première apparition de la foi à la résurrection ne sont pas nécessairement identiques »

(1) Meyer, Urspr. u. Anf., II, p. 453 ; III, p. 216, 219, 'LES (2) Loïsy, Les mystères palens et le mystère chrétien, Paris, 1919, P- 215. (3) Maurensrecnen, Von Nazareth, p. 51.

la suite, et très certainement l’existence d’un groupe d'hommes croyant en Jésus ressuscité a été, sinon le facteur unique, du moins un facteur essentiel de la conversion à la foi chrétienne de ceux qui, comme Paul, n'avaient pas subi l'influence de Jésus pendant son ministère. |

Conclusion

Nous pouvons maintenant essayer de nous représenter dans quelles conditions se sont produites les apparitions sur lesquelles l’apologétique du premier siècle a fondé et par lesquelles elle a justifié la foi à la résurrection.

Elles ont été d’abord indépendantes de la découverte du tombeau vide puisque la tradition la plus ancienne suppose que les disciples n’ont eu aucune connaissance de ce fait avant d’avoir des apparitions et que la comparaison des récits prouve que, dans la suite, les narrateurs ont dû faire subir tout un travail de remaniement à la tradition pour essayer, sans d’ailleurs y parvenir jamais complètement, de coordonner et de fondre ensemble le tombeau vide et les apparitions.

C’est en Galilée que les disciples ont eu leurs premières visions. Îls ne s’y étaient pas rendus pour les attendre mais y étaient revenus dans un moment de découragement.

L’instant de la première apparition ne peut être fixé avec précision. Les récits actuels qui mettent la résurrection au matin du troisième jour représentent une étape secondaire de la tradition. La formule primitive était non pas «le troisième jour » mais « après trois

jours » ; elle signifiait probablement, à l’origine : après un court délas, dont la durée n’était pas fixée avec précision.

Il semble bien, à cause du témoignage de Paul, que ce. soit Pierre qui ait eu la première vision, laquelle a dû rapidement être suivie d’autres dont plusieurs, sans doute, ont été des visions collectives. 1e

Il se pourrait que certaines aient eu pour cadre des repas et se soient produites à l’occasion de la fraction du pain. L’évocation du dernier repas de Jésus et le sou: venir des paroles qu’il y avait prononcées, dans lesquelles s’affirmaient à la fois son sacrifice pour les siens et la pro. messe de la réunion future, ont dû jouer un rôle important dans la genèse des apparitions, le sentiment intense d’une présence spirituelle s’étant facilement transformé en sensation de présence réelle,

On a dû être d’abord assez indifférent au détail des récits d’apparitions, tant on était exclusivement dominé par le sentiment de la présence et de la vie du Christ (1): C’est ce qui explique que, de bonne heure, les récits d'apparitions aient pu prendre des formes assez variées ges ont abouti à l’extrême diversité que nous constatons entre les récits (canoniques et extracanoniques) que nous connaissons.

Enfin, 1l est certain que la résurrection a dû être de. n bonne heure un sujet d’âpres controverses entre Juifs … et Chrétiens et que le besoin de répondre aux objections de diverses natures que l’on opposait à la foi chrétienne a fortement influencé les récits et amené la création de. cycles entiers de traditions comme celui du tombeäu Fvide. | Les conclusions auxquelles nous sommes ainsi conduris par l’étude des origines de la foi à la résurrection ont, pour le problème qui nous occupe, une importance dont 4 "

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(1) Mever, Urspr, u. Anf., III, p. 213.

il est superflu de souligner la portée. La genèse de la foi à la résurrection ne suppose pas seulement la tradition historique sur la mort de Jésus, mais elle nous apparaît encore comme le prolongement de l’action exercée par Jésus de son vivant. La foi à la résurrection est ainsi le lien qui unit entre elles l’histoire de Jésus et celle du christianisme et fait de la seconde la conséquence de la première.

Nous ne trouvons donc pas, à la naissance du christianisme, ce fait d’évhémérisme naïf que M. Couchoud (1) reproche aux historiens, depuis Renan jusqu’à Loisy, d’avoir si facilement accepté, mais quelque chose de tout différent. Les premiers Chrétiens n’ont pas divinisé un homme dont l’enseignement et l'autorité les avaient frappés et le culte du Seigneur Jésus ne ressemble en rien à celui des empereurs. C’est parce qu’ils avaient vu en lui pendant son ministère celui qui devait accomplir l’œuvre divine que, sous l’influence de la foi à sa résurrection, conséquence directe de l’impression qu'il avait produite sur eux, les disciples de Jésus, dans l’exaltation de leur foi, n’ont plus vu en lui un homme ordinaire mais l'ont directement identifié au Messie céleste. Dès lors histoire de la vie terrestre de Jésus n’a plus été pour eux qu’un épisode d’un grand drame rédempteur, et c’est à la lumière de l’idée qu'ils se faisaient de ce drame qu'ils se sont attachés à présenter et à interpréter les faits de la vie de Jésus et les circonstances de sa mort.

(1) Coucuoun, le mystère de Jésus, p. 112.

Gocuxz. — Jésus de Nazareth 20

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