CHAPITRE XI
L'ORIGINE DE LA FOI A LA RÉSURRECTION ET SON RÔLE DANS LE CHRISTIANISME PRIMITIF
Le problème de la résurrection
Une des principales objections que M. Couchoud oppose à l’historicité de Jésus est la difficulté qu’il éprouve à concevoir comment, en l’espace d’une génération, aurait pu se faire la déification d’un homme, et cela sur le terrain de judaïsme (1). Comment cette déification. s’est-elle opérée et comment des hommes quiavaient vécu auprès de Jésus en sont-ils venus à l’identifier à un être divin, sinon, comme le dit M. Couchoud en une formule qui dépasse quelque peu les données des textes, à voir en lui Yahvé lui-même (2), du moins à le reconnaître . pour son Fils et pour son Messie (3) ?
Le christianisme primitif n’a pas été une école de philosophes mais un groupe de croyants pratiquant en commun le culte du Seigneur Jésus. Il n’a pas réuni des
(1) Coucou», le mystère de Jésus, p. 84, 106, 110.
(2) Coucuoup, le mystère de J'sus, p. 81.
(2) La subordination du Christ par rapport à Dieu est en eflet très nettement affirmée par Paul (1 Cor., 15, 27-28).
dns.
hommes qui admiraient l’enseignement d’un maître (1)
et voulaient le prendre pour règle de leur vie, il a assemblé
des adorateurs. Sur le terrain chrétien le mot «disciples » a un tout autre sens que dans des expressions comme « disciples de Platon ou d’Anistote »,il est l’équivalent du terme de « Saints », c’est-à-dire de consacrés qui est la désignation la plus usuelle des fidèles.
Les Chrétiens — et non seulement les penseurs comme Paul ou l’auteur du quatrième évangile — mais aussi les plus humbles et les moins philosophes d’entre eux n’ont vu dans l’histoire évangélique qu’un épisode d’un drame cosmique beaucoup plus vaste. Comment ont-ils été amenés à le faire ? Ce qui les a déterminés à voir en Jésus plus qu’un homme, c’est la convition qu'il était ressuscité. Paul exprime le sentiment de tous les croyants quand il dit: « Si le Christ n’est pas ressuscité notre prédication est vide, votre foi est sans objet » (1 Cor., 15, 14). La foi à la résurrection est en effet la base sur laquelle s’est construit tout l’édifice du christianisme primitif, L'histoire de sa naissance n’est pas autre chose que celle de la formation de la foi à la résurrection.
Pour nous faire une idée des conditions dans lesquelles cette croyance est apparue, il faut, sans pour cela négliger la critique des récits et des traditions relatifs aux apparitions, envisager avant tout cette question : Comment les premiers Chrétiens se sont-ils représentés la vie du Christ ressuscité ?
On peut ramener à trois les principaux problèmes que posent les récits de la résurrection :
19 Quel rapport y-a-t-1l entre la découverte du tombeau vide et les apparitions ? Sur lequel de ces deux faits, ou plutôt sur laquelle de ces deux croyances repose la foi
(1) Même en considérant cet enseignement comme lui ayant été directement révélé par Dieu.
GocueL. — Jésus de Nazareth 18
à la résurrection ? Y a-t-il eu réellement à son origine deux faits, réels ou supposés, le tombeau vide et les apparitions, ou bien l’un a-t-1l été déduit de l’autre et, dans cette hypothèse, a-t-on cru que, Jésus s'étant montré à ses disciples, son tombeau devait avoir été trouvé vide, ou, au contraire, est-ce la croyance au tombeau vide qui a prédisposé les esprits à croire à la résurrection et réahsé les conditions psychologiques qui ont préparé et déter-. miné les visions ?
20 Comment est née la tradition qui fixe le moment. de la résurrection au matin du troisième jour ? (1)
30 Comment expliquer l'extrême diversité des récits. d’apparitions ? Le souci de les faire concorder a coûté. aux harmonistes bien des efforts, sans que les résultats obtenus soient proportionnés aux trésors d’ingémiosité … dépensés. Cette diversité est beaucoup plus grande que celle que l’on constate dans toutes les autres parties de l’histoire évangélique. Ce fait est d'autant plus frappant … que l’histoire de la résurrection avait pour la foi chrétienne une plus grande importance. La variété est particulière-… . ment sensible sur un point : le lieu des apparitions. On peut
distinguer deux formes de la tradition qui localisent les… apparitions, l’une en Galilée, l’autre en Judée. SAS
La critique a particulièrement insisté sur l’influence … considérable exercée sur les récits d’apparitions par les. préoccupations apologétiques (2). L'épisode de la garde u mise au sépulcre (M1., 27, 62-66 ; 28, 11-15) est un ex-… emple caractéristique de récit imaginé, de bonne foi cer-. tainement, pour répondre à une objection des Juifs. …
(1) Derrière la tradition actuelle, on en aperçoit une forme plus ancienne, qui attribuait au séjour du corps de Jésus dans la tombe une me de trois. $
jours et trois nuits (/4., 12, 40).
(2) BazoensPerGEr, Urchristliche Apologetik, Die aelteste Arte
kontroverse, Strassburg, 1909, eg k nr 2
TEEN
Ceux-c1 expliquaient la découverte du tombeau vide par une visite nocturne des disciples qui auraient enlevé le corps de leur maître. On leur répond que toutes les mesures utiles avaient été prises pour empêcher une semblable manœuvre (1).
Mais le facteur apologétique n’explique pas l’extrême diversité des récits d’apparitions. On s’en rend compte en constatant la complexité, l’invraisemblance et l’arbitraire des opérations critiques par lesquelles un homme comme M. Voelter, d'Amsterdam (2), atenté delesramener à une source commune qui serait une vision de Pierre dans sa maison de Galilée, suivie d’une vision collective des apôtres sur le bord du lac.
Les théories imaginées pour expliquer le tombeau vide ne sont guère plus satisfaisantes. Toutes font intervenir un facteur conjectural, mort apparente ou enlèvement du corps de Jésus, soit par les Juifs, soit par les Romains, soit encore par ses partisans. Même s’il n’y avait pas tant d’arbitraire dans ces hypothèses et si l’on parvenait à triompher de toutes les objections qui leur ont été faites, il resterait que, si le tombeau avait effecti- vement été trouvé vide, ce fait n’aurait pas manqué de jouer un rôle important dans la genèse de la foi à la résur- rection, alors que le récit de Marc dit expressément que les femmes gardent le silence sur la découverte qu’elles ont faite et sur le message qu’elles ont reçu (Mc., 16, 8). Les récits ultérieurs ont tenté d’atténuer ce qu’a d’étrange la simple juxtaposition, sans l’établissement d’aucun lien organique, de la découverte du tombeau vide et des apparitions, mais ils n’ont opéré que d’une manière dis-
(1) Les récits de Ec., 24, 37-43 et de Jn., 20, 27 ont aussi un caractère apologétique manifeste.
(2) D. Vorrrer, Die Entstehung des Glaubens an die Auferstehung Jesu Eine historisch-kritische Untersuchung, Strassburg, 1910,
crète et incomplète qui n’arrive nullement à fondre ensemble les deux choses (1).
La seule critique littéraire ne permet pas de choisir entre deux hypothèses qui sont également possibles et. de décider si les récits d’apparitions ont été secondairement introduits pour établir la réalité de la résurrection et écarter les explications divergentes de la découverte du tombeau vide, ou si la découverte du tombeau wide a été déduite des visions et incorporée à la tradition pour établir la réalité des apparitions.
Diverses théories ont été proposées pour expliquer la genèse de la formule « le troisième jour » (2). Même si elles étaient moins hypothétiques qu’elles ne le sont, en l’état de notre documentation, elles ne porteraient. que sur un point secondaire et laisseraient subsister … tout entier le véritable problème.
(1) Matthieu (28, 9-10) place une apparition de Jésus aux femmes immédiatement après la découverte du tombeau vide. Jésus leur renouvelle la mission déjà donnée par l’ange. Les disciples vont en Galilée au rendez-vous que Jésus leur a assigné, et là il leur apparaît (28, 16-20). D’après Luc (24, 9-11), les femmes apportent aussi le message de l’ange aux disciples, mais ceux-ci ne les croient pas. Cependant, d’après Luc, 24, 9-24, les disciples ont été au tombeau et l'ont trouvé vide (Cette démarche est directement racontée « et attribuée à Pierre, dans Le., 24, 12, mais ce verset qui manque dans le a manuscrit D et dans plusieurs représentants de l’ancienne version latine est bien suspect, il trahit l'influence de Luc, 24, 24 et doit provenir du récit de Jean). Dans le quatrième évangile (20, 1-18), Marie-Madeleine, de sa propre initiative, va annoncer aux disciples qu’elle a trouvé le tombeau vide. Pierre e et l’anonyme y courent aussitôt, mais c’est seulement de ce dernier qu'il … est dit qu’il croit. Jésus apparaît ensuite à Marie-Madeleine qu’il charge de porter aux disciples la nouvelle de sa résurrection. Elle s’acquitte de ce ÿ: ie mais il n’est pas dit Abe ne est accueillie, LS,
re HS HRRSE LXIV (1916), p. 29 s.
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La conception paulinienne de la résurrection dn Christ
Le fait décisif dans la genèse du christianisme n’a été ni la découverte du tombeau vide, ni les apparitions de Jésus à ses disciples, mais la foi à la résurrection. En matière religieuse, ce qui importe cene sont pas les faits mais les idées et les sentiments. C’est à l’examen de la conception que les premiers Chrétiens se sont faite du Christ ressuscité qu’il convient de nous attacher.
Nous possédons un document précis et exactement daté (il a été écrit vers 55-56) qui nous révèle comment l’apôtre Paul se représentait la personne et Le rôle du ressuscité. C’est le chapitre 15 de la première épître aux Corinthiens. L’affirmation de la résurrection (15, 4) est confirmée par un récit des apparitions (15, 5-8). On rendrait exactement la pensée du texte par cette formule: « Le Christ est ressuscité : la preuve, c’est qu’il est apparu à Céphas, puis aux Douze, etc. ». La découverte du tombeau vide n’est pas mentionnée, tout au plus pourrait-on la considérer comme sous-entendue entre la sépulture et la résurrection, l’une et l’autre formellement attestées à la fois comme des faits et comme la réalisation de prophéties. Conclure du silence de l’apôtre qu’il ignorait la tradition relative au tombeau vide serait aller trop loin. Il n’en est pas moins vrai que, pour Paul, la foi à la résurrection est liée aux apparitions et non au tombeau vide, et cette conclusion ne vaut pas seulement pour lui, mais aussi pour toute la prédication chrétienne de son temps, pour tout ce qui était unanimement transmis, prêché et enseigné, aussi bien par les Judéo-chrétiens que par les Pagano-chrétiens.
Dans la suite du chapitre, Paul établit une relation aussi étroite et aussi organique que possible entre la résurrection du Christ et celle des croyants. Il voit dans la résurrection de Jésus le gage de celle des fidèles. Le. Christ inaugure la série des résurrections, il est le premier né d’entre les morts (1 Cor., 15, 23. Cf. Col., 1, 18), “le chef de file des ressuscités. Nous pouvons donc appliquer au Christ ce qui est dit de la résurrection en général. Le Christ est donc un être spirituel, ce qui ne veut pas dire, étant donnée l’anthropologie hébraïque à laquelle Paul est resté fidèle, qu'il soit un pur esprit, mais seulement qu’il est doué d’un organisme particulier, dont les attri- … buts sont différents et, dans une certaine mesure, opposés à ceux des organismes terrestres. Paul caractérise le corps terrestre ou psychique qui constitue l’homme de la terre par une série de termes tels que corruptible, mortel," faible, sans honneur. Cet être est une psychè jvivante, constituée par la chair et le sang. Le corps de l’homme … céleste, au contraire, possède l’immortalité, il est pneuma « zôopoioun et 1l est caractérisé par les termes Me 4 tible, de glorieux, de puissant. Les prototypes de ces. deux espèces d’êtres sont le premier homme, Adam, et le. second Adam qui est le Christ.
Le Christ ressuscité a done, pour Paul, un corps essén- … tiellement différent de celui qu'il avait pendant RAS vie terrestre. Il est formé d’une substance supérieure, l'esprit, et n’est plus assujetti aux contingeness et aux nécessités qui affectent l'humanité; il n’est plus asservi,. dirions-nous en langage moderne, aux lois de la physiqu ni à celles de la physiologie. Ceci est peut-être contes par le fait que, quand Paul parle des apparitions, il se sert du mot &61 avec un datif, comme pour & quer que, dans ces rencontres, l'initiative appartient au Christ : il se montre à ses disciples plutôt que ceux- ds ne le voient. Il ne faut cependant ve presser v expreé s
Cri N:
dont se sert Paul jusqu’à réduire, dans sa pensée, les apparitions à de simples visions sans réalité en dehors de la conscience de ceux qui en étaient favorisés.
Ainsi, pour Paul — et ses idées sur ce point ne paraissent pas se séparer de celles du reste de l’Église de son temps — le Christ ressuscité ne vit plus de la vie terrestre. Ce n’est pas un être humain qui, après une interruption comparable à un sommeil plus ou moins prolongé, reprend sa vie antérieure comme on concevait que l’avaient reprise la fille de Jaïrus, le jeune homme de Naïn ou Lazare, La vie terrestre de Jésus est réellement close au Calvaire ; quelque chose de nouveau commence à la résurrection,
c’est une vie céleste, mais dans laquelle le Christ a encore le pouvoir de se mêler à la vie des siens et d’agir sur eux.
Il ne semble pas que Paul assigne à la période pendant laquelle se produisent les apparitions une durée définie. Celles qu’il mentionne et dont la dernière est celle qu’il a eue lui-même sur le chemin de Damas ne peuvent, en tout cas, pas être enfermées dans le court délai de quarante jours dont parle le livre des Actes (1, 3). Il y a plus : bien qu'à propos de l’apparition qu'il a eue, Paul dise « au dernier de tous, il m'est apparu » (1 Cor., 15, 8), iln’ya aucune raison théorique pour que la série des apparitions soit close. La conception paulinienne du Christ glorifié ne laisse aucune place pour l’ascension. La vision de Pierre ou celle de Paul sur le chemin de Damas ne se différencient pas des visions et révélations du Seigneur dont il est question dans 11 Cor., 12, 1s., ou plutôt, puisque les termes employés par Paul dans 7 Cor., 15,8, indiquent que la vision du chemin de Damas clôt la série des premières apparitions, la différence entre elles et celles qui se produiront dans la suite ne peut consister qu’en ceci que les apparitions ultérieures ne seront pas, comme les premières, créatrices de foi à la résurrectionet de vocation à l’apostolat.
280 JÉSUS DE NAZARETH Des
Ainsi, pour Paul, celui qui s’est montré aux apôtres, c’est le Christ glorifié tel qu’il vit dans le ciel. Il y a iden-… tité personnelle entre lui et le Jésus dont le corps a : été déposé dans la tombe, mais ce corps a subi la trans-. formation par laquelle passeront les corps des élus à la parousie du Seigneur (1 Cor., 15, 51). Pour Paul, le corps du Seigneur n’est donc pas resté dans la tombe, mais le fait qu'il ne juge pas nécessaire de le dire expressément est important et significatif. $ #
Une conception analogue, quoique d’un spiritualisme plus accentué, se rencontre dans certains éléments de la tradition johannique. ;
L'action du ressuscité sur les fidèles y est remplacée, dans une certaine mesure, par celle de l'Esprit (1). La substitution de l'Esprit au Christ n’aboutit cependant … pas à ses dernières conséquences, c’est-à-dire à la suppres= sion des apparitions. L'influence exercée par la tradition éyangéhque courante était trop forte pour que Jean pût … obéir juqu’au bout à la logique interne de sa pensée (2):
Plusieurs récits évangéliques contiennent des traits qui rappellent directement la conception paulinienne du Christ glorifié. C’est, par exemple, dans Matthieu, la déclaration de Jésus: « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (28, 20). Celui qui parle ainsi
(1) Maurice Gocuez, La notion johannique de l'Esprit et ses antécédents historiques, Paris, 1902. A
(2) La conception johannique originale était peut-être plus nettement, marquée dans une première forme de l’évangile, où le récit paraît s'être terminé sur la parole de Jésus à Marie-Madeleine ; « Va vers mes frères et dis leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (20, 17). Il est difficile, en effet, de concevoir qu’un tel message ait, ES RÉ RSR suivi d'autres apparitions du Les Le récit de
dlungen à k. Ges, d. ‘War 3. Goellin gen, Ph.-hist. KI, 1907, p. 348: M. nice Gocuet, Intr., Il, p. 469.
échappe aux conditions ordinaires de l'existence. Ce sont, dans l'épisode d’Emmaüs (Lc., 24, 13-32), trois traits marqués, il est vrai, avec une inégale netteté. D’abord, ceci n'étant que légèrement indiqué, Jésus semble apparaître d’une manière un peu mystérieuse à côté des deux disciples qui cheminent sur la route. Ceux-ci — c’est le second trait — ne le reconnaissent pas tout d’abord (1). L’apparence même de Jésus a donc changé. Enfin, au moment où Jésus vient de se faire reconnaître, 1l disparaît — littéralement : 1l devient invisible — ce qui semble indiquer que le ressuscité a la faculté de se rendre, à volonté, visible ou invisible, en tout cas d’apparaître et de disparaître subitement.
Dans le récit de l’apparition à Jérusalem que donne Luc, il est dit expressément que les disciples pensent voir un fantôme (24, 37). Dans le récit johannique, Jésus dit à Marie-Madeleine : « Ne me touche pas » (20,17). Dans l’état actuel du récit ceci paraît supposer que Jésus, sorti de la tombe, doit subir au ciel une sorte de purification avant de pouvoir reprendre contact avec ses disciples. Mais peut-être ce trait signifiait-il, à l’origine, que des mains humaines ne peuvent pas toucher le corps glorieux du ressuscité. Dans le récit johannique de la première apparition aux apôtres, Jésus se trouve tout à coup au milieu des siens qui sont réunis, portes closes, à cause de la crainte qu'ils ont des Juifs (20, 19).
(1) Le même trait se trouve, dans le quatrième évangile, dans le récit de l'apparition à Marie-Madeleine (20, 15) et dans la scène sur le bord du lac (21, 4). £
L’idée du retour du Christ à la vie matérielle
Les récits évangéliques contiennent aussi une conception toute différente et que l’on peut désigner par le terme de revivification. L'idée paraît être que la vie de Jésus reprend après avoir été interrompue par le drame du Calvaire. Thomas est invité à mettre ses doigts dans les traces des clous et sa main dans la blessure du côté
de Jésus (Jn., 20, 27). Luc souligne que les apôtres ont…
affaire, non à un fantôme, mais à un être que l’on peut palper et qui mange (24, 39-43) (1). Dans le récit d’Emmaüs (Lc., 24, 30-31), et moins nettement dans Jean, 21, 13, les disciples reconnaissent leur maître quand 1l accomplit le geste familier de la fraction du pain. Enfin Actes, 1, 3 indique que Jésus, pendant les quarante jours qui ont précédé l’ascension, a donné à ses disciples des preuves multiples de sa résurrection. Ces preuves, sur la nature
(1) L'idée qu’un fantôme ne peut manger et qu’une apparition prise pour” celle d’un pur esprit fournit, en se mettant à table, une preuve décisive de …
sa réalité charnelle, paraît très répandue dans le folk-lore. Elle sert de thème à une chanson populaire, composée au camp de prisonniers de Holzminden, par un soldat originaire de la Mayenne. Il y est question d’un prisonnier dont l’acte de décès était parvenu à sa famille et qui, revenant d'Allemagne, est pris pour un esprit jusqu’au moment où il se met à table.
Je n’sè point mort en tout, dit-il,
Je n’sè point rin du tout,
Ni é’r’venant,
Et la preuv’, c’est qu’sans p’us tarder, Pour vous rassurer,
J’vas bère et manger.
Cf. Pauz Orrvier, La Naissance d'une Chanson populaire, Mercure de
France, 15 août 1924, p. 112-125. L'hypothèse de l’influence de la tradition e
évangélique sur cette chanson paraît bien peu probable, Es ù