‹ Jésus enfant, modèle des enfantsChapitre 2 sur 5 · PRONONCÉ A L'ORATOIRE LE 30 MARS 4851 POUR LE SERVICE DES ÉCOLES · texte numérisé non relu

PRONONCÉ A L'ORATOIRE LE 30 MARS 4851 POUR LE SERVICE DES ÉCOLES

« Et le petit enfant croissait et se fortifiait en esprit, « étant rempli de sagesse; et la grâce de Dieu était sur « lui. Or, son père et sa mère allaient tous les ans à « Jérusalem à la fête de Pâque. Et quand il eut atteint a l’âge de douze ans, son père et sa mère étant montés a à Jérusalem, selon la coutume de la fête, et s’en rea tournant après avoir accompli les jours de ja fête, « l'enfant Jésus demeura à Jérusalem; et Joseph et sa « mère ne s’en aperçurent point. Mais croyant qu'il était a dans la troupe des voyageurs, ils marchèrent une jour- « née; puis ils le cherchèrent entre leurs parents et ceux a de leur connaissance. Et ne le trouvant point, ils s’en «a retournèrent à Jérusalem, en le cherchant. Or, il ar- « riva que trois jours après, ils le trouvèrent dans le a temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant, et a les interrogeant. Et tous ceux qui l’entendaient s’étona naient de sa sagesse et de ses réponses. Et quand ils le « virent, ils en furent étonnés, et sa mère lui dit : Mon « enfant, pourquoi nous as-tu fait ainsi? Voici, ton père « et moi te cherchions, étant en grande peine. Et il leur « dit : Pourquoi me cherchiez-vous, ne saviez-vous pas « qu'il me faut être occupé aux affaires de mon Père? a Mais ils ne comprirent pas ce- qu’il leur disait. Alors a il descendit avec eux, et vint à Nazareth; et il leur « était soumis; et sa mère conservait toutes ces paroles- « là dans son cœur. Et Jésus s’avançait en sagesse, et « en stature, et en grâce envers Dieu et envers les « hommes. » (Luc II, 40-52.)

Mes chers enfants, à votre âge on aime à voyager : h bien, je vous propose un beau et grand voyage.

k JÉSUS ENFANT

Vous êtes à Paris, en l’an 1851 ; transportez-vous en esprit dans la Judée, à l’époque dont parle saint Luc, il y a tout juste mil huit cent cinquante-un ans. Pour le temps de l’année, il n’y a rien à changer : nous sommes à la fin du mois de mars, qui correspond au milieu du mois de Nisan des Juifs; c’est ce que je veux. Seulement, la Judée étant de 18 degrés, c’est-à-dire de 450 lieues plus près de nous que l'équateur (vos maîtres d’école vous expliqueront cela), la saison y est plus avancée que chez nous. C’est le plus beau moment de l’année, dans un des plus beaux pays de la terre : aujourd’hui les Turcs l’ont tant changé, qu’on ne s’y reconnaitrait plus; mais je parle de la Judée d'autrefois. On en est à cette bonne température du printemps, où ne faisant plus froid, il ne fait pas encore trop chaud. Tout au plus la chaleur est-elle un peu incommode dans la plaine de Jérico et sur les côtes de cette affreuse mer Morte, près de laquelle tout est mort; ailleurs elle est agréablement tempérée, dans l’intérieur, par l’élévation du sol, tout le pays étant comme une longue petite montagne, et sur le bord de l’eau, par une brise rafraîchissante qui souffle de la mer le matin et le soir, et que Moïse appelle dans la Genèse « le vent du jour‘. » Les pluies, les

Gen, IT, 8.

orages ‘, les inondations ont pris fin. Le Jourdain, après avoir, pendant quelques semaines, répandu sur ses rives son eau mêlée d’un limon fertile *, vient de rentrer tout doucement dans son lit étroit et encaissé, au grand contentement du cultivateur, qui commençait à craindre que ses terres ne fussent détrempées jusqu’à être entraînées, et à qui il tardait aussi d’être débarrassé de la visite du lion, chassé par l’eau montante*. Il y a déjà plusieurs semaines que les arbres ont poussé leurs feuilles, et l’amandier ses fleurs, que Salomon compare à la chevelure blanche d’un vieillard”. L’abricot, la pêche, la prune, sont près d’être mûrs ; et les premiers épis de la terre tombent sous la faux du moissonneur, que les passants saluent en ces mots : « L’Eternel soit avec vous! » et qui leur rend ainsi leur salut : « L'Eternel vous bénisse ‘! »

Dieu a si bien arrangé les choses, mes chers enfants, que le temps de l’année le plus heureux pour la terre, se rencontre avec celui où Dieu a délivré son peuple «du pays d'Egypte et de la mai- « son de servitude.» Nous sommes au commence-

1 Qui en Judée n’ont lieu, en temps ordinaire, que dans l'hiver (1 Sam. XII, 16-18).

2 Jos. TITI, 15. — 5 Jér. XLIX, 19: L,44, — + Eccl. XII, 7,

$ Ruth II, 4; Ps, CXXIX, 8,

ment de la moisson, nous sommes aussi à la fête de Pâque, la plus solennelle des trois fêtes solennelles. Voyez-vous, çà et là, dans la campagne, ces nuées de voyageurs, qui, de tous les points de la Judée, montent vers Jérusalem, «comme des pi- « geons volant vers leur pigeonnier*?» Ce sont les familles d'Israël, rassemblées en grandes compagnies, ou caravanes, qui vont «se présenter de- « vant l’Eternel leur Dieu, au lieu qu’il a choisi”. » Les hommes s’y rendront encore deux fois, en mai, pour la fête de Pentecôte, et en septembre, pour celle des Tabernacles ; mais les femmes, qui ne sont pas obligées comme eux à ce pèlerinage, et qui ne peuvent guère le faire plus d’une fois l'an, se réservent en général pour la fête de Pâque. Le jour, la caravane chemine au travers d’un pays délicieux, qui est comme un jardin continuel*, à part un petit nombre de passages arides que la foi des pèlerins leur fait franchir sans murmure‘; et la nuit, elle s'arrête dans de vastes hôtelleries, ou se disperse, si le temps le permet, sous des tentes rapidement dressées à la belle étoile. Chemin faisant, on chante en chœur quelques-uns de ces

4 On disait monter à Jérusalem, parce que cette ville est bâtie sur un plateau élevé, qui domine le reste du pays.

2 Esaïe, LX, 8. —5 Deut, XVI, 16, — * Gen. XIL, 10.

5 Ps. LXXXIV, 13.

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MODÈLE DES ENFANTS. y |

cantiques de Mahaloth*, c'est-à-dire cantiques des ascensions, ainsi appelés parce qu'ils étaient destinés à être récités par les pèlerins montant à Jé. rusalem, par exemple le psaume CXXV, commençant ainsi : « Ceux qui se confient en l’Eter. « nel sont comme là montagne de Sion, qui ne « peut être ébranlée, et quise soutient à toujours. « Quant à Jérusalem, 1l y a des montagnes autour « d’elle, et l'Eternel est à l’entour de son peuple, « dès maintenant et à toujours ; » ou le psaume CXXVI finissant ainsi : «Ceux qui sèment avec « larmes, moissonneront avec chant de triomphe, « Celui qui porte la semence pour la mettre en «terre, ira son chemin en pleurant ; mais il re- « viendra avec chant de triomphe, quand il por- « tera ses gerbes.» Mais pendant que vous voyagez et que vous chantez, mes chers enfants, votre maison et vos champs, qui les gardera contre l'ennemi ou contre les voleurs? Soyez tranquilles : Dieu y a pourvu, car il n’oublie rien de ce qui nous intéresse. Il a dit par Moïse : « Nul ne convoitera ton pays, lorsque tu monateras pour comparaître trois fois l’an devant « l'Eternel ton Dieu”. » Allez donc célébrer votre fête sans souci : Dieu garde votre pro-

1 Ps. CXX-CXXXIV. — 2 Ex, XXXIV, 24.

8 JÉSCS ENFANT

pnété, et ce que Dieu garde est bien gardé.

Mais que vont faire ces pèlerins une fois arrivés à Jérusalem ? Le voici en abrégé, mes enfants; car de vous tout raconter en détail, ce serait trop long’. Chaque famille commence par se pourvoir d’un logement dans Jérusalem pour les jours de la fête, ce qui n’est pas une chose très facile ; car la population de la ville qui est d'environ 120,000 âmes en temps ordinaire, devient plus de vingt fois plus grande pendant la fête de Pâque*. La fête dure sept jours, dont les deux plus solennels sont le premier et le dernier, qui sont « des jours de sainte a convocation ‘», ou de culte public et « de Saba bat,» ou de complet repos ; les jours intermédiaires sont partagés entre le travail ordinaire et les cérémonies de la fête. Le premier jour, dès que l'ouverture de la fête a été annoncée du haut de la montagne du temple par le son de la trompette, le père de chaque famille porte au temple un agneau ou un chevreau d’un an et sans défaut ; il

1 Peut-être y at-il une allusion à cette touchante promesse dans Ps. CXXV, 3.

2 On trouvera la célébration de la Pâque juive exposée en détail dans le Semeur, 1836, n° 24 et suivants, sous ce titre : Voyage d'Hélon à Jérusalem. 11 serait à désirer que cette série, aussi intéressante qu’instructive, fût publiée à part, sous forme de Traité.

3 Selon Josèphe; Winer, Real/wærterbuch.

# Lév. XXIII, 7, 8,

l’égorge dans le parvis dessacrificateurs ; et, après que les sacrificateurs en ont répandu le sang sur l'autel des holocaustes, il le rapporte chez lui et le fait rôtir au feu. Le soir venu, cet agneau est servi, avec du pain sans levain et des herbes amères, sur une table autour de laquelle tous les membres de la famille se réunissent, debout, les souliers aux pieds, les reins ceints, leur bâton à la main, comme des gens prêts à partir. Le père de famille bénit les aliments placés sur la table, surtout l’agneau de Päque, qu’il partage entre tous les convives : il faut que l’agneau soit mangé en entier, ou, s’il en reste quelque chose jusqu'au lendemain matin, ce reste doit être brûlé. Au commencement et à la fin du repas, il bénit une coupe pleine de vin, et la fait circuler à plusieurs reprises, pendant que les convives chantent le grand Hallel, c’est-à-dire la grande louange; c'est ainsi qu’on appelle les psaumes CXIIT et suivants, jusqu’au CXVIIT; sans doute on devait chanter avec un sentiment particulier ces paroles du psaume CXVIII : « C’est ici la journée que l’Eternel a faite; « égayons-nous et réjouissons-nous en elle. »— Je

1 Ordinairement, c'était le sacrificateur qui égorgeait la victime; mais le jour de Pâque cet office était rempli par tous les Israélites, pour montrer qu’ils formaient un royaume de sacrificateurs ($Semeur, 1836, p. 223). |

no dois pas oublier de vous dire que le plus jeune enfant de la famille demande, dès le commencement du repas, «ce que signifiece service.» Alors, le père de famille lui répond en lui racontant, ainsi qu'il a entendu raconter autrefois lui-même à son père, l’histoire de cette nuit mémorable où Israël sortit du pays d'Egypte et où la fête de Pàque fut célébrée pour la première fois. Ces herbes amères rappellent les jours d’amertume passés en Egypte ; ces pains sans levain et ce repas pris debout, celte fuite précipitée, qui ne permettait ni d'attendre que la pâte fût levée, ni de s'asseoir à table ; et cet agneau immolé, l'agneau dont le sang avait marqué les poteaux et le linteau des portes, pour en détourner l’ange exterminateur'. Après les émotions de cette première journée, rien n’est plus touchant que le soir du second jour, lorsque au moment que le soleil vient de se coucher, on va couper dans un champ voisin de Jérusalem une poignée d’épis, pour les présenter dans le temple, et sanctifier ainsi l'usage des fruits de la terre*. Les autres jours sont célébrés surtout par de nombreux sacrifices. Ce n’est pas, dites-vous peut-être, ce qui vous aurait plu le mieux, mes enfants; comment voir de sang-froid égorger les doux agneaux,

1 Ex. XII. — 2 Lév. XXIIT, 10-14.

les chevreaux timides? Mais cela était nécessaire, vous le savez, pour faire penser d'avance à cette tendre et innocente victime qui devait mourir pour les péchés du monde, Ah! ces grands souvenirs, ces avertissements sérieux, ces repas de famille, ces chants de psaumes, ce temple magnifique avec ses vastes cours et ses superbes colonnades, que tout cela devait être intéressant! Vous auriez bien voulu y être, — et moi aussi !

Mais savez-vous ce que j'aurais surtout voulu, mes chers amis? J'aurais voulu faire partie d’une caravane que vous voyez dans le lointain monter pour la Pâque, de Nazareth à Jérusalem. Et pourquoi? Est-ce parce que cette caravane est plus riche ou plus honorée que les autres? Au contraire, elle l’est moins : on faisait très peu de cas de Nazareth, et les Juifs disaient un Nazaréen comme on dit quelquefois chez nous.

mais non, je ne veux pas répéter cela, car on a bien tort de le dire; toute nation est respectable. Eh bien donc, mes enfants, qu'est-ce qui m'attire vers la caravane de Nazareth? Ah! c’est qu’il y a là un enfant de douze ans que j'aurais ardemment souhaité de connaître! et je ne suis pas le seul : car « beaucoup de prophètes et « beaucoup de rois ont souhaité de le voir, et « ne l’ont point vu, et de l’entendre, et ne l'ont

« point entendu‘. » Je le crois bien; les anges eux-mêmes se penchent du haut du ciel pour le contempler, et pour suivre tous ses pas, en se . demandant « ce que deviendra cet enfant, » en qui un enchainement de prophéties datant de la création du monde font pressentir à la fois, et l’'Agneau de Dieu qui doit « expier nos péchés» par son amer sacrifice, et le Vainqueur glorieux

qui doit « détruire les œuvres du « Diable, » et le Roi puissant qui doit recueillir « les nations « pour son héritage et les bouts de la terre pour « sa possession. » Un enfant de douze ans qui croît pour devenir « le Sauveur du monde : »

quel spectacle, mes chers enfants! Et lorsque parvenu à l’âge de douze ans, auquel le jeune Hébreu recevait le nom de fils de l'alliance et commençait de participer aux fêtes solennelles, il monte pour la première fois à Jérusalem, quel honneur et quel privilége pour la caravane qui possède cet enfant incomparable ! Cela est vrai; mais cet honneur, ce privilége, ceux qui en jouissaient ne s’en doutaient peut-être pas; que dis-je? même Marie sa mère, et Joseph, qu’il appelait par respect son père, quoiqu'il fût le Fils de Dieu, ne s’en rendaient compte qu’imparfaite-

1 Matth. XIIT, 47.

nt. C’est que Jésus enfant était un enfant qui se distinguait des autres enfants que par sa 1te et douce obéissance ; il n’enseignait pas et faisait pas de miracles ; 1l ne guérisait pas de lades ; le temps de tout cela n’était pas encore u. Aussi les Evangiles, qui nous parlent tout long des trois dernières années de la vie de us, ne nous disent-ils presque rien ni de son ance, ni de tout le temps qui a précédé son tême. Dans saint Luc, par exemple, vingtix chapitres pour trois ans, un chapitre pour ate ans! Vous auriez été bien curieux, n'est-ce , d’en savoir davantage? Mais Dieu a fait écrire Parole pour notre édification, non pour notre usement; et si elle parle si peu de Jésus ent, c’est sans doute pour nous apprendre qu’un ant ne doit pas faire parier de lui, caché qu’il dans la famille ou dans l’école, en attendant > Dieu en fasse un homme et qu’il paraisse aux ards du monde. Mais si saint Luc dit si peu de se de l’enfant Jésus, il en dit pourtant quelque se, surtout à l’occasion de la Pâque ; et ce que chose est plein d'instruction, comme tout que dit la Bible. L'enfant Jésus, si humble et modeste, est extraordinaire cependant dans : chose, dans une seule : il est saint. Il a trasé tous les âges, depuis l'enfant qui vient de

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