‹ Jésus enfant, modèle des enfantsChapitre 3 sur 5 · L: JÉSUS ENFANT · texte numérisé non relu

L: JÉSUS ENFANT

naître jusqu’à l’homme fait, pour les sanctifier tous ; et comme Jésus homme est le modèle des hommes, Jésus enfant est le modèle des enfants. C’est pour cela que je vous parle de lui aujourd’hui. Vous approchez la plupart de cet âge de douze ans qu'il avait au moment de la fête. Apprenez donc de Jésus enfant comment doit être un enfant de votre âge. O mes enfants! que vous seriez bons, heureux, aimables, si vous lui ressembliez! Et pourquoi ne lui ressembleriez-vous pas ?... La première chose à faire pour lui ressembler, c’est de le bien connaître : et c’est ce que nous allons tâcher de faire, avec la grâce de Dieu.

L'enfant Jésus observe exactement la loi de Moïse et le culte qu’elle avait prescrit. Dès sa naissance et « avant que l’enfant sût dire : Mon père «et ma mère ‘, » 1l avait été porté dans le temple, et tout ce qui était ordonné par la loi du Seigneur avait été accompli à son égard. Mais cela, c'était moins lui qui l’avait fait que sa mère et son père qui l'avaient fait pour lui; comme il en a été pour vous, chers enfants, quand vous avez été baptisés. Mais le voici parvenu à l’âge de discernement. Eh bien, aussitôt que le nombre de ses années lui

1 Esaïe VII, 4.

permet de prendre part aux fêtes de Jérusalem, il s'empresse d’en profiter ; car 1l est facile de voir que ce n’est pas la seule obéissance, mais aussi le désir de son propre cœur, qui le conduit à Jérusalem avec ses parents. Vous direz peut-être : Est-ce qu’un enfant si rempli de la grâce de Dieu, si bien instruit dans sa Parole, n’aurait pas pu se dispenser de faire ce que font les autres, et d'écouter ce qu'ils écoutent ? Non, mes enfants : Jésus n’a garde de raisonner de la sorte, ni à douze ans, ni même à trente. Vous vous rappelez qu’à trente ans, quand Jean-Baptiste refusait par respect de le baptiser, en lui disant : « J'ai besoin d’être baptisé par toi et tu viens «a vers moi! » Jésus lui répondit : « Laisse faire, « car 1] nous faut ainsi accomplir toute justice. » Vous vous rappelez aussi avec quelle exactitude Jésus, même après avoir été déclaré Fils de Dieu*, se rend dans les synagogues, à chaque sabbat, et dans le temple, à chaque fête. C’est ainsi qu’en toutes choses, Jésus se montre, depuis sa tendre enfance, « un vrai Israélite, » qui se soumet humblement à la loi de Moïse *, quoiqu'il soit Fils et que Moïse ne soit que serviteur * ; mais pour Jésus, la parole de Moïse est la parole de Dieu, et

1 Matth. III, 46. — 2 Matth. II, 17. — 5 Gal. IV, 6. » Héb. IE, 5, 6.

désobéir à Moïse eût été désobéir à Dieu. De à le saint empressement avec lequel il se rend, à douze ans, à la fête de Pâque; empressement augmenté, soyez-en sûrs, par la pensée d'y aller avec sa famille; avec sa mère, son père, ses frères et ses sœurs ‘. Parce qu’il les aime tous tendrement, il se plaît en tout temps dans leur société ; mais il se plaît doublement à se voir entouré d’eux quand il va rendre à Dieu le culte qui lui est dû. Dieu lui devient plus adorable, étant adoré avec sa mère et tous les siens, et sa mère et les siens lui deviennent plus chers, adorant Dieu avec lui. Simplicité charmante d'un enfant docile, aimant et pieux !

Eh bien, mes enfants, faites comme lui. Le culte chrétien n’a pas dans le Nouveau Testament, comme le culte juif dans l’Ancien, des lois exactes et détaillées pour en régler l’ordre, le temps, le lieu, et le reste. C'est grand dommage, diront bien des gens : on agirait avec plus de sûreté, de confiance, si Dieu avait continué de décider de toutes choses pour nous. Dites plutôt avec plus de paresse de conscience : ce que vous demandez n'irait pas avec l'esprit de l'Evangile. Sous l’ancienne alliance, Dieu traitait son peuple en peu-

1 Matth. XIII, 55, 56.

ple enfant, qu’il faut conduire comme à la lisière; sous la nouvelle il traite son peuple en peuple fait, qu'il faut laisser marcher de lui-même, en lui indiquant le bon chemin. L'homme fait regrettera-t-il le temps où il marchait avec des lisières, sous prétexte que cela était plus commode ? Non pas, s’il a un peu de cœur et d'intelligence. Le chrétien ne regrettera pas non plus de n’avoir pas, comme le Juif, un tableau tout dressé de ses devoirs religieux, s’il a compris le privilége et la gloire d’une âme directement « enseignée de « l'Eternel", » c’est-à-dire conduite intérieurement par le Saint-Esprit : autant vaudrait redevenir Juif et retourner aux ablutions, aux jeünes et aux sacrifices. Mais, à défaut de ces règles écrites, nous avons les usages que l'Eglise chrétienne, et plus spécialement l'Eglise protestante, fondée sur la seule Parole de Dieu, a établis partout : soit les fêtes annuelles, avec la communion, soit surtout la fête de la semaine, le dimanche, avec son culte, ses réunions, ses écoles. Quand une fête solennelle revient, par exemple celle de Pâque qui approche, pénétrez-vous bien, mes chers enfants, de ce que vous allez faire, comme l’enfant Jésus montant à Jérusalem. On ne vous de-

4 Es, LIV,18,

mande pas, comme à lui, un long et fatigant voyage ; « Dieu est Esprit, » et chacun peut l’a: dorer où il est. Mais appliquez-vous d’autant plus à entrer dans l'esprit de la fête. Pourquoi cette fête de Pâque, célébrée chez toutes les nations chrétiennes? et quel est l'événement qu’elle rappelle ? Pourquoi cette table dressée dans l'Eglise, ces fidèles qui reçoivent du pain et du vin, ces jeunes gens qui mangent et hoivent avec eux pour la première fois? et que faut-il que je fasse pour me Joindre à eux à mon tour? Surtout, mes enfants, observez dans cet esprit le dimanche, cette fête des fêtes, à la fois la plus grande de toutes et la plus commune. Aimez-le, ce beau jour, qui invite toute la terre à se réjouir, l’artisan à se reposer, le pauvre et l’affligé à reprendre courage, les familles à se rassembler au nom du Seigneur. Ouvrez les yeux et les oreilles ; et voyez quelle grâce Dieu vous a faite en préparant pour vous, ce jour-là, des écoles du dimanche où vous n’avez que la peine de vous transporter, et des prédications chrétiennes que vous n’avez qu'à aller entendre et mettre dans votre cœur. Mais la sentezvous bien, mes amis, cette grâce du dimanche ? Savez-vous bien quelle bénédiction de Dieu viendra sur vous, si dès votre enfance vous contractez pour toute la vie la sainte habitude de sanctifier

le dimanche, avec vos familles; de le sanctifier dans l'Eglise, et de le sanctifier encore dans la maison? Seulement chaque dimanche une impression salutaire reçue et suivie; une bonne lecture faite, ou une prière fervente offerte à Dieu, — que de bien vous pourrait-elle faire, et de combien de piéges vous garder! Oui, mes amis, quand le Diable prend à tâche de perdre un pauvre enfant, quand il veut en faire un méchant, un mauvais sujet, un voleur, un émeutier, il commence par attaquer son dimanche : « Eh! mon pauvre « ami, est-ce là ton repos? tu es bien bon de te a donner tant de mal. Ne pourrais-tu pas mieux « l’amuser qu’au sermon ? et cette école du di- « manche par-dessus le marché ! Ta première « communion, — et que de gens qui ne l'ont « jamais faite !... » Voilà ce que dit le Diable, et voici ce que dit Dieu : « N'abandonnez point « votre assemblée comme quelques-uns ont accpu- « tumé de faire ‘. » Ecoutez Dieu, mes amis, et Dieu seul ; vous vous en trouverez bien, mêmé pour cette vie : “« Cherchez premièrement le « royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces « choses vous seront données par-dessus. » Vous ne sauriez croire tout ce qu’on peut gagner au

1 Hébr. X, 25.

20 JÉSUS RNFANT

bon emploi du dimanche, même pour le bon- | heur de la vie, pour l’union des familles, pour le développement de l'intelligence, pour tout cœ À qui est bon. Il y a deux ans, j'assistais à Glasgow, en Ecosse, à une grande réunion religieuse. Le seigneur-prévôt de la ville, ou comme nous dirions, le maire, homme pieux, qui présidait l’assemblée, | commença par avertir le public, qu’au lieu d’entendre des pasteurs on entendrait ce soir-là des | ouvriers. En effet, plusieurs jeunes ouvriers de vingt à trente ans parlèrent, mais parlèrent tout aussi bien, si ce n'est mieux, que bien des pasteurs, et que bien des représentants du peuple aussi. Je n’avais jamais rien entendu de semblable; je m’informai comment ils avaient appris à parler si bien, et voici ce qu’on me répondit : « Ils doivent cela au dimanche. Ils se réunissent entre eux tous les dimanches, pour s’entretenir de la Bible, et de tout ce qui peut servir à l'avancement du règne de Dieu dans le monde. Par là, ils deviennent à la fois de bons chrétiens et de bons orateurs. »

Ce n’est pas seulement son corps que Jésus portait à la fête, mais aussi son esprit; ni ses mains seulement qu’il élevait à Dieu son Père, mais aussi son cœur ; vous l’auriez bien compris, mes en-

MODÈLE DES ENFANTS. g1

ns, quand même saint Luc n’en dirait rien. Mais ous ne vous seriez pas attendu à le voir demeuer seul en arrière, si bien qu'après trois jours coulés, ses parents le trouvent assis dans le temle, au milieu des docteurs, «qui s’étonnaient de 1 sa sagesse et de ses réponses; » vraisemblablenent les deux jours précédents avaient déjà été mployés d’une manière semblable : quelle arleur pour s’instruire dans les choses de Dieu! c’en erait même trop pour un enfant ordinaire. Cerainement, 81 Jésus n’avait pas eu une mission articulière, comme Fils de Dieu, il n’aurait pas ausé trois jours d'inquiétude à ses parents, surout à sa tendre mère, en demeurant à Jérusalem ans les en avertir. Mais je laisse à l'écart ce qui ient à sa nature et à sa mission exceptionnelles, Jour ne m'occuper que de ce qui peut et doit être mité par tous les enfants. Encore une fois, mes nfants, quelle ardeur pour s’instruire dans les hoses de Dieu! Il y a tant d'enfants qui fuient ’école, et à qui la seule vue d’un maître fait peur; ui, au contraire, se fait une école tout exprès, et ‘etient les maîtres pour. les interroger en particuier, après les avoir entendus en public.

Car, remarquez-le bien, c’est pour s’instruire lui-même que Jésus demeure dans le temple, non Jour instruire les autres. Jésus, à douze ans,

2 JESTS ENFANT n'instrut pas; il écoute, il fait des questions, etfi il répond avec modestie à celles qu’on lui adresse, # selon la coutume des docteurs juifs avec leurs$ disciples. Vous auriez peut-être pensé que Jésus # se serait mis à prècher, à pérorer, à censurer, F avec l’autorité de sa nature divine et de son intelligence supérieure. Il aurait bien pu le faire À assurément ; car qui est plüs en droit que lui de F dire : « J’ai surpassé en prudence tous ceux qui « m’avaient enseigné, parce que tes témoignages « sont mon entretien. Je suis devenu plus intela ligent que les anciens, parce que j'ai observé « tes commandements * ? » Mais il ne le veut pas, il aime mieux dire avec le jeune Elihu : « Les jours parleront, et le grand nombre des « années fera connaître la sagesse *. » Son temps viendra pour « enseigner avec autorité, et non « comme les scribes *;» mais aujourd’hui, il n°’enseigne pas, il s’instruit; il n’est pas docteur, il est enfant. Un enfant docteur! triste spectacle, mes amis, et que Jésus n’a jamais songé à donner. Îl est bien trop humble, trop modeste, trop de son âge pour cela. On pense quelquefois faire un grand éloge d’un enfant en disant qu'il est fort au-dessus de son âge. Au-dessus de son âge? Tant

1 Ps. CXIX, 99, 100, — ? Job XXXIT, 7, = 9 Matth. VIT, 39.

MODÈLE DES ENFANTS. 23 ieux, si cela signifie qu’il est plus pieux, plus éfléchi, plus docile, plus appliqué que ne le sont . son âge la plupart des enfants. Mais si l’on enend par là qu’il a des manières, un ton, une asjurance, une autorité, qui ne sont pas naturels à son âge, tant pis vraiment; j'aimerais bien mieux qu’il füt de son âge, comme Jésus a été du sien. Î faut qu'un enfant soit de son âge ; car, son âge, c’est le temps de Dieu pour lui. Ne me parlez pas de ces enfants qui sont de petits hommes : cela ne vaut rien ni pour le corps, ni pour l'esprit, ni pour l'âme surtout.

Mais vous direz peut-être : Ces docteurs avaientils quelque chose à apprendre à Jésus, eux qui avaient si mal compris la loi de Dieu qu'ils devaient, vingt ans plus tard, se joindre aux Pharisiens pour demander la mort de celui dont aujourd'hui ils admirent la « sagesse et les réponses ? » Cela est vrai, mes enfants, et pourtant Jésus les écoute, et s’instruit en les écoutant. C'est que, comme il l’a dit plus tard, « les docteurs disent « et ne font pas'.» La plupart d’entre eux n'élaient pas à imiter, quoiqu'il püt y en avoir aussi de bons” ; mais ils avaient pourtant beaucoup de :hoses bonnes à dire, ayant les livres de Moïse

1 Matth. XXII, 4. — 4 Marc XII, 84 ; Actes V, 38, 39.

entre les mains, et les méditant de génération en génération. Vous voyez bien par exemple que lorsque Hérode demande aux docteurs où le Christ #: doit naître, ils ne sont pas embarrassés pour lui répondre : « À Bethléhem; car il est écrit par un E « prophète : Et toi, Bethléhem, terre de Juda, tu F « n’es nullement la plus petite entre les gouver- k « neurs de Juda; car de toi sortira le conducteur f «qui paîtra mon peuple d'Israël * ; » saint Jean- F Baptiste ou le vieux Siméon n'auraient pas mieux |: répondu. Ils pouvaient dire à Jésus bien des cho- | ses vraies, instructives, utiles sur les Ecritures, À sur les prophéties, sur les prophètes qui avaient « écrit de lui*. » Il les écoute donc, comme établis dans la chaire de Moïse par la providence de Dieu et par le respect des hommes. Il les écoute, mais en regardant à Dieu. La parole de l’homme n'est pour lui qu’un moyen d'apprendre à connaître la Parole de Dieu. Et puis, si par malheur ils se trompaient en quelque chose, puisque enfin « les grands ne sont pas toujours sages, et les an- « ciens n’entendent pas toujours le droit *, » l’enfant Jésus a sa Bible, qu’il met au-dessus de tout et à laquelle il subordonne tout, car il n’a garde d'oublier ce qu'il a lu dans cette

1 Matth. I], 5,6. —2 Jean V, 46. — 3 Job XXXIIL, 9.

Bible : « Comment le jeune homme rendra-t-il « pure sa voie? ce sera en y prenant garde selon « ta Parole.» Et vous pensez bien que le même sentiment qui lui fait rechercher si avidement les instructions des docteurs, lui fait rechercher plus avidement encore les instructions de la Parole de Dieu. C’est à cette source pure qu’il va sans cesse puiser. Il me semble que je le vois assis à côté de sa mère, lisant et relisant les écrits des prophètes, s'arrêtant peut-être sur les prédictions qui annoncent ses propres souffrances et sa propre gloire, se demandant peut-être ce que lui présage, ou ce psaume XXI, ou ce LITE chapitre d’Esaïe, qui se révèlent à lui par degrés! C’est par là qu'il s'exerce à cette sagesse que les docteurs admirent, sans en comprendre la cause; c’est par là aussi qu’il se prépare pour repousser les tentations du Diable dans le désert, sans autre arme que quelques citations de la Parole de Dieu, mais des citations si bien choisies et ajustées si à propos, qu’elles démontent en trois coups toute la batterie de l'ennemi. Voilà un exemple pour vous, mes amis : comme Jésus, à votre âge, sentez le prix de la vérité de Dieu et de sa Parole. Saisissez les occasions de l'entendre, interrogez en particulier

1 Ps. CXIX, 9.

ceux qui peuvent vous en donner des éclaircisse- kments; vos parents, vos maîtres, les pasteurs de l'Eglise. Mais surtout, surtout, lisez les Ecritures, sondez les Ecritures. C’est là que vous trouveres la lumière qui vous rendra capables de bien répondre à toutes les questions quand vous serezinterrogés, et de tenir ferme contre toutes les tentations, quand vous serez tentés. « Mon fils, si tu reçois « mes paroles, et que tu mettes en réserve par- « devers toi mes commandements, tellement que « tu rendes ton oreille attentive à la sagesse, et que « tu inclines ton cœur à l'intelligence ; si tu ap- « pelles à toi la prudence, et que tu adresses ta « voix à l'intelligence ; si tu la cherches comme de « l'argent et si tu la recherches soigneusement « comme des trésors , alors tu connaîtras la crainte « de l'Eternel, et tu trouveras la connaissance de « Dieu, car l'Eternel donne la sagesse ; de sa bou- « che procède la connaissance et l'intelligence « Alors tu entendras la justice et le jugement, et « l'équité ,.et tout bon chemin ‘. » Que cela est bon, que cela est beau, mes chers enfants! Vous savez qu'aujourd'hui tout le monde veut savoir lire, mais que lit-on ? Ce cocher sur son siége, que !it-11? son journal. Cette blanchisseuse sur sa char-

1 Prov. LE, 4-6, 9.

rette? son journal. Ce commissionnaire au coin de la rue? son journal. Cette marchande à son comptoir ? son journal. On ne voit que cela dans toutes les mains, et même dans celles de bien des enfants. Je ne trouve pas mauvais qu'on lise son journal, s’il est bon, — chose fort rare, pres que introuvable, — et qu’on se tienne au courant des affaires publiques. Mais, mes enfants, ôn n’en parle que trop des affaires publiques ; on en parle à tort et à travers, surtout les enfants, qui feraient mieux la plupart du temps de ne pas s’en mêler : tout le monde y gagnerait! « La seule chose nécessaire » que Jésus-Christ nous exhorte à choisir comme Marie *, ce ne sont pas les affaires publiques, mais celles de notre Père qui est aux cieux ; et la lecture à laquelle saint Paul veut que Timothée s'applique, ce n’est pas le journal, mais les Ecritures divines *. Vous rappelez-vous la belle promesse de David à ceux qui les lisent assidûment : « Bienheureux l’homme « qui ne vit point selon le conseil des méchants, «et qui ne s'arrête point dans la voie des pé- « cheurs, et qui ne s’assied point au banc des « moqueurs, mais qui prend plaisir en la loi de a l'Eternel, et qui médite jour et nuit dans sa loi;

1 Luc X, 42. — 3 4 Tim. IV, 43.

« car il sera comme un arbre planté près des rui-Y « seaux d'eaux, qui rend son fruit en sa saison, « et duquel le feuillage ne se flétrit point; et ainsi « tout ce qu’il fera prospérera*. » Image charmante, mes chers enfants. Voulez-vous être comme «cet « arbre planté près de l’eau, » dont la sève est vigoureuse, la feuille verte, le fruit mûr dans a saison? Méditez, méditez, méditez, jour et nuit, les saintes Ecritures! Voulez-vous « prospérer « dans tout ce que vous entreprendrez, » réussir dans vos études, dans votre profession, dans votre commerce, être heureux en mariage, en famille, en affaires, en toutes choses ? Méditez, méditez les saintes Ecritures. Je dis : Méditez. I ne s’agit pas de lire à la hâte pour pouvoir fermer son livre et dire : J'ai lu mon chapitre. Il faut s'arrêter sur œ qu on lit, en élevant son cœur à Dieu. Vous ouvrez votre Nouveau Testament dans cet esprit, et vous trouvez, dans Rom. XII, 10, ce qui suit: « Etant portés par la charité fraternelle à vous ai- « mer mutuellement; » vous vous dites : Il faut que je sois doux et aimable avec mes frères et sœurs, mes maîtres et mes parents. « Vous pré- « venant l’un l’autre par honneur : » Combien de fois j'ai été jaloux de mes camarades! O mon Dieu,

Ps, I, 4-8,

rends-moi humble, respectueux, disposé à prendre la dernière place ! Vous continuez : « N’étant point ‘a paresseux à vous employer pour autrui; étant ‘ « fervents d'esprit; servant le Seigneur : » Suis- "je actif, industrieux , matinal, religieux, fervent, . fidèle? Un verset lu dans cet esprit, qui estl’esprit de Jésus enfant, est un trésor. Je sais bien que ce n’est pas facile de lire de cette manière, ni pour les petits ,ni même pour les grands. Il faut pour cela n'être pas négligent, n'être pas paresseux, n’être pas étourdi, n'être pas... ce que sont beaucoup de vous, mes enfants. Eh bien, commencez à mieux faire aujourd'hui, puisque Dieu vous y encourage par une si grande récompense. Courage, mes enfants, courage! Si vous vous leviez chaque jour une demi-heure, est-ce trop? eh bien, un quart d’heure plus tôt, pour lire laBible, en demandant à Dieu son Esprit pour la bien comprendre? Ne vous tourmentez pas de ce que bien des choses vous y paraîtront encore obscures ; notez les mots, le verset, etvous en demanderez l'explication à vos parents, à vos maîtres, à un pasteur; mais demandez-la surtout à Dieu : « Les explications ne « viennent-elles pas de Dieu‘? » Lisez seulement avec le cœur de Jésus-Christ, et le Dieu de Jésus-

1 Gen. XL, 8,

Christ vous conduira ; et peut-être , à doux comme lui, vous screz déjà remplis de la de Dicu ct de sa sagesse.

En étudiant ainsi les Ecritures, mes chers « fants, l'enfant Jésus sait bien ce qu'il veut : i

son Père lui a donnée à faire : « chercher et sx a ver ce qui était perdu‘. » Cette œuvre dontildé en finissant : « J'ai achevé l’œuvre que tu m'ava « donnée à faire *;» et dont il avait dit, dans ks premiers temps de son ministère : « Ma nourriturt « est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé, «a ct d'accomplir son œuvre ”, » il s’en occupe et s’y prépare déjà à douze ans, comme nous k voyons par sa réponse à sa mère : « Ne saviez-vous « qu'il me faut Ôtre occupé aux affaires de mon a Père? » Jésus est un enfant sérieux, réfléchi : il comprend que la vie lui a été donnée non pour son amusement ou son avantage, mais pour glorificr Dieu et pour faire du bien aux hommes ; et cormme il n’a pas trop, pour un si grand dessein, de tout son temps et de toutes ses forces, il s’y prépare longtemps à l'avance; c’est en servant

1 Luc XIX, 40, — 7% Joan XVII, 4. — 39 Jean IV, 34.

Reeu à douze ans qu’il s'exerce à le servir à trente. #:le sert même avec un dévouement, avec un Qbli de lui-même, qui lui fait tout subordonner

-sa tâche, jusqu’à ses affections les plus tendres & les plus légitimes. C’est ainsi que dès l’âge de Rouze ans, Jésus, vivant tout entier pour son guvre, commence par enseigner en exemple ce qu’il devait enseigner plus tard en parole : « Celui «Qui aime son père ou sa mère plus que moi, « n’est pas digne de moi*, » Et vous, mes enfants, Jourquoi pensez-vous que Dieu vous ait mis dans e monde? Tout jeunes que vous êtes, vous n'êtes as sans penser quelquefois à l’avenir et à la madière dont vous emploierez votre vie, si Dieu la rolonge. Eh bien, que vous dites-vous alors?

Voyons, mes amis, cherchez bien. Vous ditesvous : Comment ferai-je pour acquérir beaucoup de connaissances? ou bien : Comment ferai-je pour me distinguer dans ma profession? ou bien : Comment ferai-je pour devenir riche? (c’est la question ordinaire, n'est-il pas vrai?) ou bien encore — oh! non, personne de vous ne s’est dit : Comment ferai-je pour bien manger, boire et m'amuser? Et pourtant... Ces questions, mes chers enfants, ne sont pas toutes mauvaises, il y

1 Matth. X, 37.

en a même qui sont bonnes; mais ce n’est pas là ce que Jésus se serait demandé à votre place. Ce qui le préoccupe, ce n’est ni de jouir de la vie; ni de se faire un nom; c’est de faire l’œuvre que Dieu lui a donnée à faire. Et vous, mes enfants, ne voulez-vous pas mettre aussi cette question dans votre cœur ?

Dieu ne fait rien en vain. Il savait en vous mettant dans ce monde pourquoi il vous y mettait : il a une œuvre à faire pour vous, pour vous proprement. Cette œuvre n’est pas la même que celle de Jésus, cela va sans dire. Eh! quel homme, quel ange, quelle créature oserait prétendre à se mêler le moins du monde dans le travail de notre rédemption : « C’est moi, c'est moi, qui suis l’'E- «ternel, et il n’y a point de Sauveur que moi.» Cette œuvre n’est pas la même non plus, elle n’est pas aussi grande que celle de saint Paul : parcourir la terre entière, la semer d’Eglises nouvelles, convertir à Jésus des milliers d’âmes, cela n’est donné qu’à un homme entre des cent milliers, entre des millions! À Jésus, l’œuvre de Jésus; à Paul, l’œuvre de Paul; mais à vous, votre œuvre, que Dieu a préparée tout exprès pour vous, et vous pour elle. Peut-être vous appelle-t-il à quel-

1 Esaïe XLIII, 41.

que grande chose : porter l'Evangile aux païens, comme le missionnaire Casalis ; fonder une institution charitable, comme Francke ; renouveler une paroisse, civiliser une contrée, comme Oberlin… Cela vous étonne : mais quand Saul de Tarse, quand Jésus [ui-même étaient à votre âge, qui se doutait de ce qu'ils feraient un jour dans le monde : « Que sera-ce de cet enfant‘? » Cependant, pour la plupart de ses enfants, et probablement pour la plupart de vous, mes amis, Dieu a en vue une tâche plus humble et plus obscure. Mais, humble ou glorieuse, obscure ou éclatante, peu importe devant Dieu : « L’Eternel ne regarde pas « ce à quoi regardent les hommes ; car les hommes « regardent à l'apparence, mais l'Eternel regarde « au cœur *.» Ce qui fait un homme grand à ses yeux, ce n’est pas une grande tâche, c’est une grande fidélité. Soyez seulement fidèles, et vous aurez la joie d’être «ouvriers avec Dieu, » qui vous révélera, jour après jour, le chemin où vous devez marcher. Que si vous ne l’êtes pas, Dieu qui n’a jamais besoin de nous, trouvera bien le moyen de faire sans vous ce qu'il voulait faire par vous; mais vous perdrez votre travail et sa récompense.

Eh bien, mes amis, qu'en dites-vous? Pendant que les autres ne pensent qu’à leurs propres affaires, y a-t-il quelqu'un de vous qui se dise en lui-même : Moi, je veux, comme Jésus, «être « occupé aux affaires de mon Père? » Mon œuvre, que tu as préparée pour moi, mon Dieu, donnemoi l'intelligence pour la discerner, et la fidélité pour l’accomplir! Je suis jeune, j'ai toute une carrière devant moi, je la veux réserver pour glorifier ton nom, et pour faire du bien aux hommes :

conduis-moi seulement, je te suis! — Y a-t-il quelqu’un de vous, mes garçons, y a-t-il quelqu’une de vous, mes filles, qui parle ainsi à Dieu en luimême? Je suis persuadé qu'il y en a plusieurs, beaucoup même. Cela est si bien en rapport, non-seulement avec l'Evangile écrit dans le livre, mails encore avec cet autre Evangile que Dieu a écrit dans le cœur de chacun de nous! Quoi de plus consolant que de se dire : Je passerai sur la terre, non comme un frelon malfaisant, ni comme le papillon inutile, mais comme l’abeille qui donne son miel précieux ; et quand je viendrai à mourir, je laisserai après moi sur la terre le bien que j'y aurai fait. Oui, mes enfants, sauver nos âmes par Jésus-Christ, et puis faire du bien comme Jésus- Christ, — il ne vaut pas la peine de vivre pour autre chose. En attendant que vous soyez hommes

et que Dieu vous montre ce que vous avez à faire comme hommes, commencez, mes enfants, par lire le bien que vous pouvez faire comme enfants. Vous en pouvez faire beaucoup, tout tranquillement; croyez-vous que Jésus n’en faisait pas tout autour de lui, à ses frères et sœurs, à ses parents aussi, à tout le monde ? Rien qu’à le voir, on apprenait à se confier en Dieu, à renoncer à soimême, à céder la première place, à souffrir sans se plaindre, à croire, à aimer, à prier. Faites de même, mes jeunes amis, et qu’on soit toujours sûr de vous trouver comme lui, occupés à quelque chose de bon. Heureux l’enfant dont on peut dire : Pourquoi le cherchez-vous? ne savez-vous pas où le trouver, et quoi faisant? lisant sa Bible, travaillant dans son école, obéissant à son père et à sa mère, donnant de bons conseils et de bons exemples à ses petits frères et sœurs, s’oubliant pour rendre service à tout le monde, et, en faisant sa petite œuvre d'aujourd'hui, s'exerçant à faire sa grande œuvre de demain, quelle qu’elle soit! Oh! oui, heureux cet enfant! heureuse la famille, heureuse l’école, qui en compte beaucoup de tels!

J'ai parlé aux enfants de douze ans, ou à peu

près, parce que c’est l’âge de l’enfant Jésus, et que c’est aussi celui de la plupart de vous. Mais j'en vois aussi devant moi de plus petits, de huit ans, de sept ans, de six ans, et au-dessous. Est-ce qu’ils sont trop jeunes pour que Jésus ait quelque chose à leur apprendre? Oh! que non! Jésus est pour tout le monde, et les plus petits sont de ceux qu’il oublie le moins’. Je ne sais pas qui est le plus jeune de vous tous; mais si je le savais, je lui lirais ce verset qui est écrit pour lui tout exprès : «Et le petit enfant croissait et se fortifiait « en esprit, étant rempli de sagesse, et la grâce de « Dieu était sur lui. » Jésus était encore un tout petit enfant, que déjà on remarquait en lui quelque chose de tout particulier. Et quoi? son esprit, ses reparlies, son intelligence? Cela n’est pas dit. Un genre de vie à part, séparé des soins, des

jeux, des joies et des peines des autres enfants? Cela n’est pas dit non plus: Voici tout ce qui est dit ;: «Il était rempli de sagesse, et la grâce de. « Dieu était sur lui. » Il était sage de cette sagesse qui fait qu’un enfant craint Dieu, obéit à ses parents, respecte ses maîtres, fait le bien et fuit le mal : en un mot, il aimait Dieu. La grâce de Dieu était sur lui, Dieu l’approuvait, le gardait, le bé-

1 Matth. XIX, 13, 44.

nissait; en un mot, Dieu l’aimait. Aimant Dieu, aimé de Dieu, voilà quel était Jésus, et voilà quels vous devez être, mes amis; personne de vous n’est trop jeune pour cela. Si les grands enfants aiment les voyages, les petits aiment les histoires : eh bien, je vais vous en conter une; je n’y étais pas, mais Je la crois bien vraie. | Un pasteur fut appelé un jour à voir un petit garçon dangereusement malade, et qu’on n’espérait pas pouvoir conserver. Îl était assis sur son lit, appuyé sur un oreiller, et il lisait dans un livre d’hymnes qu’il tenait à la main; ses joues pâles et maigres annonçaient qu'il était depuis longtemps malade, et cependant il paraissait heureux. Après un moment d'entretien, le pasteur lui dit:

« Croyez-vous que vous guérirez? — Non, Monsieur ; le docteur dit que je peux vivre encore quelques semaines, mais qu’il ne serait pas surpris si Je venais à mourir tout à coup. — Etes- “vous disposé à mourir? — Oh ! oui, Monsieur; quelquefois je me sens triste à l’idée de quitter mon père et ma mère, mais je pense alors que dans le ciel je serai délivré du péché et avec le Sauveur ; et j'espère que papa et maman viendront bientôt au ciel. Je crains quelquefois d’être seulement trop impatient de partir. — Qu'est-ce qui vous fait penser que vous êtes préparé à mourir? »

Il hésita un moment, puis il dit : « C’est que Jésus- Christ a dit : Je ne rejetterai point celui qui viendra à moi. Je crois que j'aime le Sauveur, et je désire aller auprès de lui, et devenir saint. » Tandis que le pasteur causait avec lui, ils entendirent des petits garçons rire et jouer sous la croisée, et l'enfant malade s’écria : « Oh ! que je suis plus heureux maintenant que je ne l’étais lorsque je me portais bien et que j'allais jouer dehors, sans penser ni à Dieu, ni au ciel! Il n’y a pas un petit garçon dans la rue plus heureux que moi.» Non-seulement un jeune enfant peut sauver son âme; 1l peut sauver aussi celle des autres. Encore une histoire pour vous le faire voir. Un petit garçon de six ans venait de mourir; son père et sa mère pleuraient auprès de son corps. Un ouvrier maçon se présente et demande à le voir. On commence par repousser sa visite comme importune, mais il insiste si fort qu’on se décide à le laisser entrer : il entre, voit l'enfant et fond en larmes. Voyant la surprise de ses parents : « Vous ne savez pas pourquoi je pleure, dit-il; c’est que Dieu s’est servi de ce petit enfant pour toucher mon cœur. Un jour, je descendais d’un toit par une échelle fort haute; cet enfant se trouvait au bas de l'échelle. « N’as-tu pas eu peur là-haut? « me dit-il,» et puis se reprenant : « Ah! je com-

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