‹ JésusChapitre 12 sur 27 · J$«US · texte numérisé non relu

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tice. Transporté dans le large mili^ de la soàéiè humaine, le christianisme devait un jour très-faciiement consentir à posséder des riches dans son sein, de même que le bouddhisme, exclusivementmonacalàson origine, en vint très-vite, dès que les conversions se multiplièrent, à admettre des laïques. ilLak on garde toujours la marque de ses origines. Bien cpie vite d^assé et oublié, Vébionisme laissa dans toute rhistoire des institutions chrétiennes un levain qui ne se perdit pas. La cdlection des discours de Jésus se forma dans te milieu ébionite de la Batanée. La a pauvreté » resta un idéal dont la vraie lignée de Jésus ne se détacha plus. Ne rien posséder fut le véritable état évangélique ; la mendicité devint une vertu, un état saint. Le grand mouvement ombrien du treizième siècle, qui est, entre tous les essais de fondation religieuse, celui qui ressemble le plus au mouvement galiléen, se passa tout entier au nom de la pauvreté. François d'Assise, Tbomme du monde qui, par son exquise bonté, sa communion délicate, fine et tendre avec la vie universelle, a le plus ressemUé à Jésus, fut un pauvre. Les ordres mendiants^ les innombrables sectes communistes du moyen âge (pauvres de Lyon, bégards, bons4iQmmes, fratrioeUes, humiliés, pauvres évangéliques, etc.), groupés sous la bannière de a rÉvangile étemel^ » prétendirent éb'e et forent en effet les vrais discip^ de Jésus . Mais, cette fois micore, l^fhm impossibles rêr« 4e h religî^ im^9lk Ui9mt

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Utù&is. La mendicité peusâ, qui cavee à nos sodétés kidiistridles et admimstiatives de si fortes impatiences, Alt, à son jour et mus le dd qui lui coni^enait, pleine éè duorme. Elk o^tm à une foule d'âmes coi^Ampbiives et douces le seul état qui leur j^aise. Arar lEût de la pauvreté un ci^ d'amour et de désnr, avoir élevé le neodiant sur Tautel et sanctifié Thabit de Thomme du peu[4e, est un coup de maître dont Téconomie pditique peut n'être pas fort touchée, mais devant lequel le vrai moraliste ae peut rester indifférent. L'humanité, pour porter son fardeau, a besoin de croire qu'elle n'est pas oomfrfétaBent payée par son salaire. Le plus grand service qu'on puisse Im rendre est de lui répéter souvent qu'elle ne vit pas seulemoait depaôn.

Conmie tous les grands hommes, lésus avait du goût pour ie peuple et se sentait à l'aise avec lui. L'Évangile dans sa pensée e^ &it pomr les pauvres; c'est'à eux qu'3 apporte la brame nouvelle du ssdut. Tous les dédaigna du judaïigne ordiodoxe étaient ses préférés. L'amour du peuple, la pitié pour son impuissance, le sentiment èa chef démocratique, qui sent vivre esEL hii l'esprit de la foule et se reconnaît pour son mteiprète «aturd, édatent à diaque instant dans ses actes et ses discours.

La troupe éhie offrait ea effet un caracitère fort mêlé et dont les rigoristes devaient être trës-surpris. Elle iidm^»t dans «on sein des gens qu'œi juif qm se res|MC*

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tait n'eût pas fréquentes. Peut-être Jésus trouvait-il dans cette société en^ dehors des règles communes plus de distinction et de cœur que dans une bourgeoisie pédante, formaliste, orgueilleuse de son apparente moralité. Les pharisiens, exagérant les prescriptions mosaïques, en étaient venus à se croire souilk'^ par le contact des gens moins sévères queux; on touchait presque pour les repas aux puériles distinctions des castes de Tlnde. Méprisant ces misérables aber.'ations du sentiment religieux, Jésus aimait à dîner chez ceux qui en étaient les victimes; on voyait à table à coté de lui des personnes que Ton disait de mauvaise vie, peutêtre pour cela seul, il est vrai, qu'elles ne partageaient pas les ridicules des faux dévots. Les pharisiens et les docteurs criaient au standale. « Voyez, disaient-ils, avec quelles gens il mange! » Jésus avait alors de fines réponses, qui exaspéraient les hypocrites : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin ; » ou bien : « Le berger qui a perdu une brebis sur cent laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres pour courir après la perdue, et, quand il la trouvée, il la rapporte avec joie sur ses épaules; » ou bien : « Le Fils de Thomme est venu sauver ce qui était perdu ; » ou encore : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs ; » enfin cette délicieuse parabole du fils prodigue, où celui qui a failli est présenté comme ayant une sorte de privilège d'amour sur cehii qui a toujours été juste. Des

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femmes faibles ou coupables, surprises de tant de charme, et goûtant poor ht t)remière 'fois le contact plein d'attrait de la vertu, s'approchaient librement de hii. On s'étonnait qu'il ne les repoussât pas. «( Oh! se disaient les puritains, cet faoïUme n'esA pmnt un prophète; car, s'il l'était,* il s'apercerrait bien que la femme qui le touche (Bst uûe pécheresse. » Jésus rjSpônd^t par^la parabole d'un créancier qui remit â ses débiteur^ des dettes inégales, et il ne craignait pas dé préférer le ^t de celui à qui fut remise la dette la plus forte. Il n'appréciait les états de l'âme qu'en proportion de Tamotor qui s'y mêle. Des femmes, 4e cœur plein de 'larmes et disposées par leurs fautes aux* s^timents ^'bmnSitê, étaient plus près de son royaume que les natures médiocresi lesqudles ont 'auvent peu de mérite à n'avoir point failli. On conçoit, d'ua au^ côté, que ces âmtes tendres, trouvant «Uns leur oonveraon à la secte un moyen de réhabilitation iacile, s'attachaient! lui avec passion.

' Loin qu'il cherchât â adoucir les murmures que soulevai sou dédain pour les susceptibilités sociales du temps, il semblait prendre plaisir à les exdt^. Jamab on n'avoua plus hautement ce mépris du « monde, i qui est la condition des grandes choses et de la grande originalité. Il ne pardonnait au riche que quand le riche, par suite de quelque préjugé, était mal vu de la iociété^. U préféraià hautemei^ les gens ide vie équi-

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▼oque et de peu de considération aux notables orthodoxes. « Des publicains et des courtisanes, leur disait-il, TOUS précéderont dans le royaume de Dieu. Jean est venu; des publicains et des courtisanes ont cru en lui, et, malgré cela, vous ne vous êtes pas convertis. » On comprend combien le reproche de n'avoir pas suivi le bon exemple que leur donnaient des filles de joie, devait être sanglant pour des gens faisant profession de gravité et d une morale rigide.

U n'avait aucune affectation extérieure, ni montre d'austérité. Il ne fuyait pas la joie, il allait volontiers aux divertissements des mariages. Un de ses miracles fut fiiit pour égayer une noce de petite ville. Les noces en Orient ont lieu le soir. Chacun porte une lampe ; les lumières qui vont et viennent font un effet fort agréable. Jésus aimait cet aspect gai et animé, et tirait de là des paraboles. Quand on comparait une telle conduite à celle de Jean-Baptiste, on était scandalisé. Un jour que les disciples de Jean et les pharisiens observaient le jeûne : « Gomment se fait-il, lui dit^n, que, tandisqueles disciples de Jean et des pharisiens jeûnent et prient, les tiens mangent et boivent? — Laissez-les, dit Jésus; voulez-vous Ëdre jeûner les paranymphes de l'époux, pendant que Fépoux est avec eux? Des jours viendront où l'époux leur sera enlevé; ils jeûneront alors. )f Sa douce gaieté s'exprimait sans cesse par des réflexions vives, d'aimables plaisanteries, c À qui, disait-il sont

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senoblables les hommes de cette génération, et à qui les compar^ai-je? Us sont semblables aux enfants assis sur les places, qui disent à leurs camarades :

Voici que nova cbantons, Et vous ne dansez pas.

Voici que nous pleurons ^ Et vous ne pleurez pas.

Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant, et tous dites : t C'est un fou.[» Le fils de l'homme est venu, vivant comme tout le monde, et vous dites : « C'est un mani geur, un buveur de vin, l'ami des douaniers et des péi cheurs. » Vraiment, je vous l'assure, la sagesse n'est justifiée que par ses œuvres, i

11 parcourait ainsi la Galilée au milieu d'une iéte perpétuelle. Il se servait d'une mule, monture en Orient si bonne et si sûre, et dont le grand œil noir, ombragé de longs cils, a beaucoup de douceur. Ses disciples déployaient quelquefois autour de lui une pompe rustique, dont leurs vêtements, tenant lieu de tapis, faisaient les frais. Ils les mettaient sur la mule qui le portait, ou les étendaient à terre sur son passage. Quand il descendait dans une ipaison, c'était une joie et «ne bénédiction. Il s'arrêtait dans les bourgs et les grosses fermes, où il recevait une hospitakté empressée. En Orient, la maison où descend un étranger devieut aussitôt un lieu public. Tout le village s'y rassemble; lesenfants y font invasion; les valets les écartent; ilf

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ire^ennent toqoars. Jéàûs ïie pouvait souffrir qu'on rudoyât ces naïfs auditeurs; 11 tei faisait approcher de lui et les embrassait. Les mères, encodragées par un tel accueil, lui apportaient leurs nourrissons pour qu'il les touchât. Des femmes menaient verser de Thuile sur sa tête et des parfums sur ses pieds. Ses disciples les repoussaient parfois comme importunes; mais Jésus, qui «imait lé^ usages* antiques et tout ce ifuî indique^ la MmpUcité du côèur, réparait le mal fait par' ses amis trop ïélés.'H'prot^eaîttïfeur qiït"W)Oldieht Thondï^. ^ussî lés enfants et les femines f adoraient. Le reprodie d'aliéner de 'leurfamillt' <;esr êO-es' 'délicats, toujours prompts à être séduits, étaitl!in'4e"ceât qîié lui adressent iè plus ^souvent ses ennemis. ^

La religion naissafnte fat âin^ à beaucoup d'égards un mouvement de femmes et* d'enfo/ts.*'Gesiieniiers faisaient autour de iésils comme tflue' jeuni gardéf pour l-ina«gfiration'de son innocente royauté, 'et lui décernaient de pètiteir ovations ai^xqae41es il 'se plaisait fort, Faippelantu fis de David, » criant flojdnna^ et portant des palmes automT de lui. Jféâus' était bien aisé de Toir ces jeunes apôtr^, qui ne lé comprolnéttàdéntpàè, 9è lanicer en avant et lui técerner déStitrësr^il n'osait )^eaire lu^miêiiiie. il les hfitôaft dire, et, quand on lui lÉemàndsât's^il'entendait; il iépOndait d'une façon ëVasive

* Cri qu'on poussait à U procMsion de la fête 4m Tabamadat ai Httftfit liM paUna*.

que l^ louange qui sort de jeunes lèvres est la pliif agréable à Dieu. ^ , >

Il ne perdait aucune occasion de répéter que les. petits sont des êtres sacrés, que le royaume de DijBU appçy^tient aux enfants, qu'il faut devenir enfanf ppur j; ^çtrer, qu'on doit le recevoir en enfant, que le Pèrp céleste cache ses secrets aux sages et les révMe aipL petits. L'idée de ses disciples se confond presque pour lui avec celle d'enfants. Un jour qu'ils avaient entre eux une de ces quereUes de préséance qui n'étaient point rares, Jésus prit un enfant, le nùt au milieu d'eux, et leur dit : t Voilà le plus grand ; celui qui est bumHe comme ce petit est le plus grand dans le royaume du cid* •

C'était l'enfance, en effet, dans sa divine spontanéité» dans ses na|fs éblouissements de joie, qvà prenait posr session de la terre. Tous croyaient à chaque instant que le royaume tant désiré allait poindre., Chacun s'j voyait déjà assis sur un trône à côté du msdtre. On s'y partageait les places; on cherchait à supputer les jour^. Cela s'appelait la « bonne nouvelle; » la doctrine n'avait pas d'autre nom. Un vieux mot, paradis y que l'hébreu, comme toutes les langues de l'Orient, avait emprunté à la Perse, et qui désigna d'abord les parcs des rois achéménides, résumait le rêve de tous : un jardin délicieux où l'on continuerait à jamais la vie charmante que l'on menait ici-bas. Combien dura cet éni-

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vrementT On l'ignore. Nul, pendant le cours de cette magique apparition, ne mesura plus le temps qu'on ne mesure un rêve. La durée fut suspendue; une semaine fut comme un siècle. IMais, qu'il ait rempli des années ou des mois, le rêve fut si beau, que Thumanité en a vécu depuis, et que notre consolation est encore d'en recueillir le parfum affaibli. Jamais tant de joie ne souleva la poitrine de l'homme. Un liioment, dans cet effort, le plus vigoureux qu'elle ait fait pour s'élever au-dessus de sa planète, l'humanité oublia le poids de plomb qui l'attache à la terre, jet les tristesses de la vie d'ici-bas. Heureux qui a pu voir de ses yeux celte éclosion divine, et partager, ne fût-ce qu'un jour, celte il^ sion sans pareille! Mais plus heureux encore, nous dirait Jésus, celui qui, dégagé de toute illusion, reproduirait en lui-même l'apparition céleste, et, sans rêve millénaire, sans paradis chimérique, sans signes dans le ciel, par la droiture de sa volonté et la poésie de son âme, saurait de nouveau créer en son cœur le vrai royaume de Dieu !

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