‹ JésusChapitre 11 sur 27 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

LE ROTAUMB DÉ DIEU CONÇU COMME L'AVÉNEMBltT 9B0 PAVTMEt

Ces maximes, bonnes poor un pays où la vie se nourrit d'air et de jour, ce communisme délicat d'une troupe d'enfants de Dieu, vivant en confiance sur te sein de leur père, pouvaient convenir i une secle naïve, persuadée à chaque instant que son utopie allait se réaliser. Mais il est clair qu^elIes ne pouvaient rallier l'ehsemble de la société. Jésus comprit bien vite, en effet, que le monde officiel de soa temps ne se prêterait nullement à son royaume. Il en prit son parti avec une hardiesse extrême. Laissant là tout ce monde au cœur sec et aux étroits préjugés, il se tourna vers les simples.

IfeSUS iOY

Une vaste subsikutiOQ de rioe siira lieu. Le royaume de Dieu est fait : 1® pour les eirfants et pour ceux qui leur ressemblent; 2^ pour les rebutés de ce monde, victimes de la morgue sociale, qui repousse Thomme bon mais humble; 5^ pour les hérétiques et schismatiques, publicains, samaritahis, païens de Tyr et de Sidon. Une* parabole énergique expliquait cet appel au peuple et le légitimait : Un roi a préparé un festin de noces et envoie ses serviteurs chercher lès invités. Cha* C1H1 s'excuse; quelques-wis maltraitent les messagers. Le roi alors prend un grand parti. Les gens comme 3 faut n'ont pas voulu se ^rendre à sou appel ; eh Uen, ce seront les premiers ?enus, des gens recueillis sur les places et les carrefours, des pauvres, des mendiants, des boiteux, n'importe; il faut remplir la salle, « et je vous le jure, dit le roi, aucun de ceux qui étaient invités ne goûtera mon festin. »

Le pur ébionismdy e'est-à-dhre la doctrine que les pauvres (éUmtim) seuls seront sauvés, que le règne des pauvres va venir, fut dono la doctrine de Jésus. « Malheur à vous, riches, disait-il, car vous avez votre consolation! Malheur à vous qui êtes maintenant rassasiés, car vous aurez faim. Malheur à tons qui riez maintenant, car vous gémirez et vous pleurerez. » — « Quand tu fais un iestin, disait-il encore, n'invite pas tes amis, teA parents, tes voisinai riches ; ils te réinviteraietity el tu aursûs ta récompense. Hais^ qtrànd tu faë

un repas, invile lés pauvres, les infirmes, les boiteux, les aveugles; et tant mieux pour toi s*ils n'ont rien à le rendre, car le tout te sera rendu dans la résurrection des justes. » C'est peut-être dans un sens analogue qu'il répétait souvent : « Soyez de bons banquiers, » c'està-dire : Faites de bons placements pour le royaume de Dieu, efi donnant vos biens aux pauvres, conformément au vieux proverbe : « Donner au pauvre, c'est prêter à Dieu. ))

Ce n'était pas là, du reste, un fait nouveau. Le mouvement démocratique le plus exalté dont l'humanité art gardé le souvenir (le seul aussi qui ait réussi, car seul il s'est tenu dans le domaine de l'idée pure), agitait depuis longtemps la race juive. La pensée que Dieu est le vengeur du pauvre et du faible contre le riche et le puissant se retrouve à chaque page des ^écrits de l'Ancien Testament. L'histoire d'Israël est, de toutes les histoires, celle oii l'esprit populaire a le plus constamment dominé. Les prophètes, vrais tribuns et en un sens les plus hardis tribuns, avaient tonné sans cesse contre les grands et établi une étroite relation d'uue part entre les mots de « riche, impie, violent, méchant, » de l'autre entre les mots de « pauvre, doux, humble, pieux. » Sous les Séleucides, les aristocrates ayant presque tous apostasie et passé à l'hellénisme, ces associations d'idées ne firent que se fortifier. Le livre d'Hénoch contient des malédictions plus violentes encore que celles de l'Evangile contre

JÉSUS i09

le monde, les riches, les puissants. Le luxe y est piésenté comme un crime. Le « fils de Thomme, » dans cette Apocalypse bizarre, détrône los rois, les arrache à leur vie voluptueuse, les précipite dans Fenfer. L'initiation de la Judée à la vie profane, l'introduction récente d'un élément tout mondain de luxe et de bien-être, provoquaient une furieuse réaction en faveur de la simplicité patriarcale. <( Malheur à vous qui méprisez la masure et l'héritage de vos pères ! Malheur à vous qui bâtissez vos palais avec la sueur des autres! Chacune des pierres, chacune des briques qui les composent est un péché. » le nom de « pauvre » (ébion) était devenu synonyme de « saint, » d' « ami de Dieu. » C'était le nom que les disciples galiléens de Jésus aimaient à se donner; ce fut longtemps le nom des chrétiens judaïsants de la Batanée et du Hauran (Nazaréens, Hébreux), restés fidèles à la langue comme aux enseignements primitifs de Jésus, et qui se vantaient de posséder parmi eux les descendants de sa famille. A la fin du deuxième siècle, ces bons sectaires, demeurés en dehors du grand courant qui avait emporté les autres Églises, sont traités d'hérétiques (ébionites)^ et on invente pour expliquer leur nom un prétendu hérésiarque Ébion,

On entrevoit sans peine, en effet, que ce goût exagéré de pauvreté ne pouvait être bien durable. C*était là un de ces éléments d'utopie comme il s'en mêle toujours aux grandes fondations, et dont le temps fiît jus^i

Page 1