CHAPITRE XVIII
DBtNlKl TOTAGB AS iiiVS à jiRUSALM
Depuis longtemps Jésus avait le sentiment des dangers qui Tentouraient. Pendant un espace de temps qu'on peut évaluer à dix-huit mois, il évita d'aller ea pèlerinage à Jérusalem. A la fête des Tabernacles de l'an 32 (selon l'hypothèse que nous avons adoptée), ses parents, toujours malveillants et incrédules, l'engagèrent ï y venir. L'évangéliste Jean semble insinuer qu'il y avait dans cette invitation quelque projet caché pour le perdre. « Révèle-toi au monde, lui disaient-ils; ou ne fait pas ces choses-là dans le secret. Va en Judée, pour qu'on voie ce q\xQ tu sais faire. » ?ésus, se défiant de
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quelque Irahision, reftisa d'abord; puis, quand la cara- Tane des pèlerins (ut partie, il se mit en route de son eôté, à rinsu de tous et presque setil. Ce fut le dernier adieu qu'il dit à la Galilée. La fête des Tabernacles tombait â l'éqiiinoxe d'autoitme. Six mois devaient encore s'écouler jusqu'au dénoùment fatal. Mais, durant cet intervalle, Jésus rie revit pas ses chères provinces du Nord. Le temps de* douceur? est passé; il faut maintenant parcourir pas à pas la voie douloureuse qui se terminera par les angoisses de la mort.
Ses disciples et les femmes pieuses qui le servaient 4e retrouvèrent en Judée. Mais combien tout ici était ehangé pour lui ! lésus était un étranger à Jérusalem. Il sentsat qu'il y avait là un mur de résistance qu'il ne pénétrerait pas. Entouré de pièges et d'objections, il était sans cesàe poursuivi par le mauvais vouloir des pharisiens. Àû lieu de cette faculté illimitée dé croire, heoréui don des natures jeunes, qu'il trouvait en 6a- Q'ée, tu lieu de ces populations bonnes et douces chez tesqùcïlès l'objection (qui est toujours le fniit d'un peu iè malveillance et d'îndodlité) n'avait point d'accès, îi rencontrait îci à chaque pas une incrédulité obstinée, sur laquelle les tnoyens d'action qui lui avaient si bien réussi dans le tVôïtl avaient peu de pri^. Ses disciples, en qualité de Galilëcftis, "étaient méprises. Nicodème, ipà avait eu avec lui Aâfhs un de ses précédents voyai^es tm entretien de nuit, finllit se compromettre M sauU^
drin pour avoir voulu Je défendre. « Eh quoi ! toi aussi, tu es Galiléen? lui dit-on. Consulte les Écritures; est-ce qu'il peut venir un prophète de Galilée ! »
La ville, comme nous Tavons déjà dit, déplaisait à Jésus. Jusque-là, il avait toujours évité les grands centres, préférant pour son action les campagnes et les villes de médiocre importance. Plusieurs des préceptes qu'il donnait à ses apôtres étaient absolument inapplicables hors d une simple société de petites gens. N'ayant nulle idée dû monde, accoutumé à son aimable communisme galiléen, il lui échappait sans cesse des naïvetés, qui à Jérusalem pouvaient paraître singulières. Son imagina* tion, son goût de la nature se trouvaient à Fétroit dans ces muraill^. La vraie religion ne devait pas sortir du tumulte des. villes, mais de la tranquille sérénité des champs.
L'arrogance des prêtres lui rendait les parvis da temple désagréables. Un jour, quelques-uns de ses disciples, qui connaissaient mieux que lui Jérusalem, voulurent lui faire remarquer la beauté des constructions du temple, l'admirable choix des matériaux, la richesse des offrandes votives qui couvraient les murs, c Vous voyez tous ces édifices, dit-il ; eh bien, je vous le déclare, il n'en restera pas pierre sur pierre. » Il refusa de rien admirer, si ce n^est une pauvre veuve qui pasiait à ce moment-là, et jetait dans le tronc une petite obole. € Elle a donné plus que les autres, dit-il; les
autres odI donné de leur superflu ; elle, de son nécessaire. » Cette façon de regarder en critique tout ce qui se faisait à Jérusalem, de relever le pauvre qui donnait peu, de rabaisser le riche qui donnait beaucoup, de blâmer le clergé opulent qui ne faisait rien pour le bien du peuple, exaspéra naturellement la caste sacerdotale. Siège d une aristocratie conservatrice, le temple, comme le haram musulman qui lui a succédé, était le dernier endroit du monde où la révolution pût réussir. C'était là pourtant le centre de la vie juive, le point où il fallait vaincre ou mourir. Sur ce calvaire, où certainement Jésus souffrit plus qu*au Golgotba, ses jours s'éooulaient dans la dispute et l'aigreur, au milieu d'ennuyeuses controverses de droit canon et d'exégèse, pour lesquelles sa grande élévation morale lui donnait peu d'avantage, que dis-je? lui créait une sorte d'infé* riorité.
Au sein de cette vie troublée, le cœur sensible et bon de Jésus réussit à se créer un asile où il jouit de beaucoup de douceur. Après avoir passé la journée aux disputes du temple, Jésus descendait le soir dans la ▼allée du Gédron, prenait un peu de repos dans le verger d'un établissement agricole (probablement une exploitation d'htt./e) nommé Gethsémani^ qui servait de lieu de plaisance aux habitants, et allait passer la nuit fiir le mont des Oliviers, qui borne au levant l'horizoti de la ville. Ce côté est le seul, aux environs de Jénisa-
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lem, qtti offre un aspect quelque peu riant et vert, les {Plantations d'oliviers, de figuiers, de palmiers y étaient nomfbreuses et donnaient leurs nomï aux villages, fermes ou enclos de Bethphàgé, Gethsémani, Bëllianie. Il y avait sur le mont des Oliviers deux grands cèdres, dont le souvenir se conserva longtemps chez les Juifs dispersés ; leurs branches servaient d'asile à des nuées de colombes, et sous leur ombrage s'étûent établis de petits bazars. Toute celte banlieue fut en quelque sorte le quartier de lésus et de ses disciples ; on voit qu'ils la eonnaissaient presque champ par champ et maison par liaison.
Le village de Bétbanie, en particulier, situé au somtnet de la colline, sur le versant qui donne vers la mer Morte et le Jourdain, à une heure et demie de Jéru* salem, était le lieu de prédilection de Jésus. H y fit la connaissance d'une famille composée de trois personnes, deux steurs et un fr&re, don^ l'amitié eut pour lui beaucoup de charme. Des àeux sœurs, l'une, nommée Marthe, était utie personne obligeante, bonne, empres* Sée; l'autre, au contraire, nommée Marie, plaisait à Jésus par une sorte de langueur, et par ses instincts spéculatifs très-développés. Souvent, assise aux pieds de Jésus, elle oubliait à l'écouter les devoirs de la vie réelle. Sa sœur, alors, sur qui retombait tout le service, se plaignait doucement. « Marthe, Marthe, lui disait Jésus, ti^ te tourmentes et te soucies de beaucoup de choses ; or|
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une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point enlevée. » Le frère, Éléazar, ou Lazare, était aussi fort aimé de Jésus. Entin, un certain Simon le Lépreux, qui était le propriétaire de !a maison, faisait, ce semble, partie de la famille. C'est là qu'au seip d'une pieuse amitié Jésus oubliait les dégoûts de la vie publique. Dans ce tranquille intérieur, il se consolait des tracasseries que les pharisiens et les scribes ne cessaient de lui susciter. II s'asseyait souvent sur le mont des Oliviers, en face du mont Moria, ayant sous les yeux la splendide perspective des teiras es du temple et de ses toits couverts de lames é( incelantes. Cette vue frappait d'admiration les étrangers; au lever du soleil surtout, la montagne sacrée éblouis^t les yeux et paraissait comme une masse de neige et d'or. Mais un profond sentiment de tristesse empoisonnait pour Jésus le spectacle qui remplissait tous les autres Israélites de joie et de fierté, a Jérusalem, Jérusalem, qui tuas les prophètes et lapides' ceux qui te sont envoyés, s'écriait-il dans ces moments d'amertume, combien de fois j'ai essayé de rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu n'as pas voulu! »
Ce n'est pas que plusieurs bonnes âmes, ici comme en Galilée, ne se laissassent toucher. Mais tel était le poids de rorlhodoAJe dominante que très-peu osaient l'avouer. On craignait de se décréditer aux yeux des
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Hiérostdfniiteâ en Ht mettdtit l Fêcolé d*uti Galiléen. On eût risqué de sé faire cha^r de la synagogue, ce qui dans une société bigote et mesqtiine était le dernier affront. L'exconununication, d'aiDeUrs, entraînait là coqfiscation de tous les biens. Pour cesser d'être Juif, on ûe dévenait pas Romain; on restait sans défbnse ^us le eoup d'une législation théocratiqUe de la plus atroce Àéférité; Un jour, les bas officiers du teinpie, qui avarient assisté à un des discourd dé Jééus et en avaient été enchantés, vinrent oonfi^ir léurà doutes aut prêtres. I Est-ce que quelqu'un des princes ou des pharisietis a cru en lui? leur fut41 répondu ; toute cette foule, qui ne connaît pas la Loi, est utie canaille maudite, b Jésus restait ainsi ï Jérusalem uh provincial admiré de^ provinciaux comme lui, mais répéU^é ^ar toute Taristoeratie de la nation. Les chefs A*éaAe étaient trop nonkbreux pour qu'on fût fort énni d'en voir paraître un de plus. Sa voik eut à Jérusalem péx d'éclat. Leâ préjugés de rade et de secte, les étanemis directs de Tesprit de rÉvangilc, y étalent trop ehraiîittés.
Son Aiseignement, dans ce monde nouveau, se itiddifîa tiécessairement beaucoup. Ses belles prédication^, .dont Teffet était toujours calculé sur la jeunesse de l'imagination et la pureté de la conscience morale des auditeurs, tombaient ici sur Id pierre. Lui, si à Ta!^ iu bord de sou charmant petit lac, était gêné, dépaysé en face des pédants. D dut se faire controversiste, juriste»
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ex^ète, théologien. Ses conversations , d'ordinaire pleines de grâce, deviennent un feu roulant de disputes, une suite interminable de batailles scolasticpies. Son harmonieux génie s exténue en des argumentations insipides sur la Loi et les prophètes. En général, il se tirait d'embarras avec beaucoup de finesse. Quand le charme sans pareil de son esprit trouvait à se montrer, c'élaient des triomphes. Un jour, on crut Tembarrasser en lui présentant une femme adultère et en lui demandant comment il fallait la traiter. On sait l'admirable réponse de Jésus. La fine raillerie de Thomme du inonde, tempérée par une bonté divine, ne pouvait s'exprimer en un trait plus exquis. Hais Tesprit qui s'allie à la grandeur morale est celui que les sots pardonnent le moins. En prononçant ce mot d'un goût si juste et si pur : c Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre ! » Jésus perça au cœur l'hypocrisie, et du même coup signa son arrêt de mort. Il est probable, en effet, que, sans l'exaspération causée par tant de traits amers, Jésus eût pu longtemps rester inaperçu et se perdre dans l'épouvantable orage qui allait bientôt emporter la nation juive tout entière. Le haut sacerdoce et les sadducéens avaient pour lui plutôt du dédain que de la haine. Les grandes familles sacerdotales, les Boèthmimjh famille de Uanan, ne se montraient guère fanatiques que de repos. Ce n'était pas d'un id parti que pouv«btveniruneréactioabieA vive gosh
Irc Jésus. Le sacerdoce officiel, les yeux tournés vers le pouvoir politiqueet intimement lié avec lui, ne comprenait rien â ces mouvements enthousiastes. C'était la bourgeoisie pharisienne, c'étaient les innombrables scribes, vivant de la science des « traditions, » qui prenaient Talarme et qui étaient e^ réalité menacés dans leurs préjugés et leurs intérêts par la doctrine du maître nouveau. Un des plus constant'^ efforts des pharisiens était d*at. tirer Jésus sur le terrain des questions politiques et de le compromettre dans le parti de Judaà le Gaulonite. La tactique était habile; car il fallait la profonde ingénuité de Jésus pour ne s'être point encore brouillé avec Tautorilé^romaine, nonobstant sa proclamation du royaume de Dieu. On voulut déchirer cette équivoque et le forcer à s'expliquer. Un jour, un groupe de pharisiens et de ces politiques qu'on nommait « hérodiens » (probablement des Boèthusim)y s'approcha de lui, et, sous apparence de zèle pieux : « Maître, lui dirent-ils, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes la voie de Dieu sans égard pour qui que ce soit. Dis-nous donc ce que tu penses: Est-il permis dejpayer le tribut à r4ésar?» Ils espéraient une réponse qui donnât un prétexte pour le livrer à Pilate. Celle de Jésus fut admirable. Il se fit montrer l'effigie de la monnaie : « Rendez, dit-il, â César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu. » Mot profond qui a décidé de l'avenir du christianisme ! Mot d'un spiritualisme accompli et d'une justesse merveik
leose, qui a fondé la séparation du spirituel et du temporel, et a posé la base du vrai libéralisme et de ia vraie Civilisation !
Son doux et pénétrant génie lui inspirait, quand il était seul avec ses disciples, des accents pleins de charme : a En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie est un voleur. Celui qui entre par la porte est le vrai berger. Les brebis entendent sa voix ; il les appelle par leur nom et les mène aux pâturages ; il marche devant elles, et les brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa voix. Le larron ne vient que pour dérober, pour tuer, pour détruire. Le mercenaire, à qui les brebis n appartiennent pas, voit venir le loup, abandonne les brebis et s'enfuit. Mais moi, je suis le bon berger; je connais mes brebis; mes brebis *me connaissent; et je donne ma vie pour elles. )) L'idée d'une procliaiue solution à la crise de l'humanité lui revenait fréquemment. « Quand le figuier, disait-il, se couvre de jeunes pousses et de* feuilles tendres, vous savez que Télé approche. Levez les yeux, et voyez le mondé; il est blanc pour la moisson. »
Sa forte éloquence se retrouvait toutes les fois qu'il «'agissait de combattre l'hypocrisie :
a Sur la chaire de Moïse sont assis les scribes et les pharisiens. Faites ce qu'ils vous disent; mais ne faites pas conune ils font ; . «ar ils disent et ne font pas. Ils
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composent des charges pesantes, impossibles à porter, et Us les mettant sur les épaules des autres; quant à eux, ils ne Toudraient pas les remuer du bout du doigt.
i Ds font toutes leurs actions pour être, vus des hommes : ils se promènent en longues robes ; ils portent de larges phylactères*; ils ont de grandes bordures à leurs habits; ils aiment à avoir les premières places dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues, à être salués dans les rues et appelés c maître. » Malheur à eux!...
» Malheur l tous, scribes et pharisiens hypocrites, qui avez pris la clef de la science et ne vous en servez que pour fermer aux honmies le royaume des deux I Vous n'y entrez pas, et vous empêchez les autres d'y entrer. Malheur à vous, qui engloutissez les maisons des veuves, en simulant de longues prières I Votre jugement sera en proportion. Malheur à vous, qui parcourez les terres et les mers pour gagner un prosélyte, et qui ne savez en faire qu'un fils de la Géhenne! Malheur à V0U6, car vous êtes comme les tombeaux qui ne paraissent pas, et sur lesquels on marche sans le savoir*!
» Insensés et aveugles ! qui payez la dtme pour un
* Lames de métal <m bandée de parchemin, contenant dea passages de la Loi, que les Juifs dévoU portaient attachée! an front et au bnw gauche.
« Le oonuet des tombeau rendait impôt.
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brin de menthe, cl*anet, et de cumin, et qui négligez des commandements bien plus graves, la justice, la pitié, la bonne foi! Voilà les préceptes qu'il fallait observer ; les autres, il était bien de ne pas les négliger. Guides aveugles, qui filtrez votre vin pour ne pas avaler un insecte, et qui engloutissez un chameau, malheur à vous!
» Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Car vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat*; mais le dedans, qui est plein de rapine et de cupidité, vous n'y prenez point garde. Pharisien aveugle, lave d'abord le dedans; puis tu songeras à la propreté du dehors. ^^
» Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites I Car vous ressemblez à des sépulcres blanchis*, qui du dehors semblent beaux, mais qui au dedans sont pleins d*os de morts et de toute sorte de pourriture. En apparence, vous êtes justes; mais au fond vous êtes remplis de feinte et de péché.
» Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui bâtissez les tombeaux des prophètes, et ornez les monuments des justes, et qui dites : c Si nous eussions » vécu du temps de nos pères, nous n'eussions pas trempé
* La purification de la ?ais6elle était assujettie, chez les pharisieiifl api règles le^ plus compliquées.
< Les tombeaux étant impurs, oi^ ^Taitepqt^in^^ àê les^^lioicliir i I9 chaux, pour avertir de ne pas t'en approcher.
B avec eux dans le meurtre des prophètes !» Ah ! vous convenez donc que vous êtes les enfants de ceux qui ont tué les prophètes. Eh bien, achevez de combler la mesure de vos pères. La Sagesse de Dieu a eu bien raison de dire : € Je vous enverrai des prophètes, des sages, X' des savants ; vous tueiez et crucifierez les uns, vous » ferez fouetter les autres dans vos synagogues, vous les )« poursuivrez de ville en ville ; afin qu'un jour retombe » sur vous tout le sang innocent qui a été répandu sur » la terre, depuis le s^iig d'Âbel le juste jusqu'au sang » de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre 9 le temple etj'autel. » Je vous le dis, c'est à la génération présente que tout ce sang sera redemandé. »
Son dogme terrible de. la substitution des gentils, cette idée que le royaume de Dieu allait être transféré & d'autres, ceux à qui il était destiné n'en ayant pas voulu, revenait comme une menace sanglante contre Taristocratie, et son titre de Fils de Dieu qu'il avouait ouvertement dans de vives paraboles, où ses ennemis jouaient le rôle^de meurtriers des envoyés célestes, était un défi au judaïsme légal. L'appel hardi qu'il adressait aux humbles était plus séditieux encore. Il déclarait qu'il était venu éclairer les aveugles et aveugler ceux qui croient voir. Un jour, sa mauvaise humeur contre le temple lui arracha un mot imprudent : « Ce temple * jjùLi de niuin d'homme, dit-il, je pourrais, si je voulais, ic détruire, et m trois jours j'en rebâtirais un autrt
non construit de main d'Iiomme. » On ne sait pas bien quel sens Jésus attachait à ce mot^ oii ses disci[jles cherclièient des allégoi ies forcées. Mais, comme on ne voulait qu'un prétexte, le mot fut vivement relevé. Il figurera dans les considérants de l'arrêt de mort de Jésus, et retentira à son oreille parmi les angoisses dernières du Golgotha. Ces discussions irritantes finissaient toujours par des orages. Les pharisiens lui jetaient des pierres; en quoi ils ne faisaient qu'exécuter un article de la Loi, ordonnant de lapider sans l'entendre tout prophète, même thaumaturge, qui détournerait le peuple du vieux culte. D'autres fois, ils l'appelaient fou, possédé, samaritain, ou cherchaient même à le tuer. On prenait note de ses paroles pour invoquer contre lui les lois d'une théocratie intolérante, que la domination romaine n'avait pas encore abrogées.