‹ Jésus et les questions socialesChapitre 8 sur 8 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Ces exemples que nous pourrions multiplier, en examinant, par exemple, comment Jésus envisage les relations de famille, suffiront pour mettre en lumière la position qu’a prise Jésus en face des questions sociales.

La notion du droit joue le principal rôle dans celles que nous avons examinées; les droits de l'homme, nous l'avons vu, paraissaient révoqués en doute par un certain nombre de textes, qui pour n'avoir pas été bien compris sont devenus la cause de bien des erreurs et de graves controverses dans l’Église, le thème de bien des attaques contre la religion et la morale de Jésus. Nous avons essayé de ramener ces textes à leur vrai sens, et nous n'y voyons plus les négations qu'on a voulu y trouver.

1. Les apôtres agissent dans ce sens , et sans rien brusquer cherchent à changer insensiblement l'esclavage en un service domestique. Épiître à Philémon ; { Cor., VIF, 21; Éphés. , VIRS 0 MICO LEA REINE Ti Te 9,110; L:Pierre \ {1,18 20!

Nous avons cherché à expliquer pourquoi les enseignements sur les questions sociales sont si rares dans. les Évangiles, à montrer que ce. fait a sa raison d'être dans la nature même de la mission de Jésus, et en une certaine mesure dans la nature des documents qui nous racontent sa. vie.

Le Nouveau Testament, les discours de Jésus en particulier ne contiennent pas tout, ne traitent pas tous les sujets, mais l'absence de certains sujets ne constitue pas une lacune; les discours de Jésus ne devaient pas tout contenir, ni traiter de toutes choses. Celui-là seul qui voit dans la Bible un livre tombé du ciel pour régler tout le détail de notre vie, y cherchera des réponses à toutes les questions et, grâce à des tours de force exégétiques, ne tardera pas à y trouver tout ce qu'il cherche. Nous nous faisons du contenu de la Bible et des discours de Jésus une idée différente, qui n’en diminue en rien la valeur, et qui permet de mieux les comprendre et les met à l’abri de malentendus et d'attaques de toute espèce.

C’est pour avoir considéré les Écritures à un faux point de vue, pour n'avoir pas pénétré assez profondément le caractère de Jésus et de son œuvre, qu'on a pu tomber dans tant d’exagérations, qu'on a pu dire que la morale de Jésus était incomplète, qu'il y avait des imperfections dans son œuvre, qu'il contestait aux hommes leurs droits, qu'il était indifférent ou même hostile à la société.

Puissions-nous pour notre faible part avoir contribué À rendre à la grande figure de Jésus son vrai caractère!

Son vrai disciple peut rester homme dans les es rentes conditions de la vie sociale. HIS 3

* Nous ne demandérons pas à l'Évangile un catalogue de règles de conduite pour tous les cas imaginables: l'important est de connaître ses grands principes. C'est par eux, quoique les prescriptions particulières manquent presque tout à fait, que le christianisme a tout pénétré et a changé la face du monde. La supériorité de la morale de Jésus sur toutes les autres ne consiste pas dans la richesse du détail, ni dans la précision scientifique des solutions, mais dans l'élévation des principes. Ses principes sociaux sont ceux de la dignité naturelle de l'égalité, de la fraternité de tous les hommes, de la justice, du support fraternel, fondé sur la charité, principes qui sont la condition de toute vie sociale, principes que notre intelligence est incapable de comprendre dans toute leur pureté, dans toute leur élévation et que nous ne pouvons mettre en pratique que fort imparfaitement.

En les donnant au monde, en les jetant dans la vie de l'humanité, avec tous les autres principes de sa morale, Jésus plus que tout autre a contribué à rendre les hommes meilleurs, plus justes, plus équitables , plus humains!, Il n’était pas nécessaire qu'il touchât à toutes les questions sociales, qu'il en donnât des solutions scientifiques, ou qu'il fit abolir certaines lois ou institutions, pour «chien mériter de la société ».

1. Rousseau lui - même est forcé de le reconnaitre : «Le christianisme rendant les hommes justes, modérés, amis de la paix et très-avantageux à la société générale.» (Lettres écrites de la montagne. Edit. Lah., CN LE CE TL A)

Nous qui avons cherché la pensée de Jésus sans nous flatter de l’avoir saisie tout entière , si nous considérons le côté de son activité, qui a fait le sujet de ce travail, en faisant abstraction de son œuvre religieuse, nous ne croyons pas trop dire en affirmant que Jésus, comme réorganisateur de la société humaine, a droit à la plus profonde et à la plus respectueuse admiration, à la plus vive reconnaissance. Car nous savons qu'il veut transformer la société humaine en royaume de Dieu. L'histoire de l'humanité nous montre les grands changements qui ont déjà été opérés par la religion de Jésus, et nous pouvons sans exagération dire avec Montesquieu: «Le christianisme nous a faits ce que nous sommes». L'histoire de la civilisation depuis l’ère chrétienne est la meilleure apologie du christianisme, et le passé répond de l'avenir.

Vu par le Président: Permis d'imprimer :

ÉD. REUSS. Strasbourg, le 2 juillet 1866.

Le Recteur , A. CHÉRUEL.

Page 1