I. — Décret éternel de l'Institutie
de l'Eucharistie
Tout ce que Jésus a opéré dans le temps a été décrété de toute éternité. Le principe de ses opérations humano-divines remonte à son existence éternelle au sein de la Divinité. Tout y a été prévu, voulu, décrété dans l'essence divine
1 « Dans la consécration, dit saint Thomas, il faut considérer et croire trois merveilles de l'opération divine. Premièrement, c'est que là sous l'espèce du pain se trouve le vrai corps de Jésus-Christ. Secondement, c'est que la substance du pain se change au corps de Jésus-Christ, de manière toutefois que les accidents du pain demeurent. Troisièmement, la première de ces choses est admirable, la seconde l'est plus encore, la troisième ne peut pas l'être davantage. » Op. 57, cit.
Dans les chapitres treize et quatorze du même Opuscule, saint Thomas traite également de trois merveilles dans la possession du corps de Jésus-Christ, et de trois autres dans la perception du corps de Jésus-Christ.
quant au temps et aux modes de réalisation *.
Ce qui touche de plus près à la Personne adorable du Verbe incarné et à sa mission sacerdotale dans l'humanité, donne aux décrets éternels une valeur spéciale qui sollicite de notre part une adoration plus profonde et un amour plus reconnaissant.
Or, la place que tient dans le plan divin l'Institution de l'Eucharistie est étroitement liée aux deux grands Mystères de l'Incarnation et de la Rédemption. L'exercice du Sacerdoce éternel de Jésus et du Sacrifice rédempteur de la divine Victime devant recevoir un adorable couronnenement dans la perpétuité de la présence eucharistique de Jésus, il est juste d'admettre, en se figurant un genre de succession dans les pensées éternelles, que le décret du mystère de l'Eucharistie a été comme une conséquence de celui des deux autres mystères.
Mystère de sagesse divine -, atteignant les dernières limites de la toute-puissance 3. Mystère
1 « Dieu s'est proposé de réunir toutes choses dans le Christ, soit celles qui sont dans le ciel, soit celles qui sont sur la terre, en lui-même. » Ephés., i, 9, 10.
2 « La Sagesse s'est édifié une maison, elle a mêlé le vin, et elle a dressé la table. » Office de la Fête-Dieu, à Laudes.
3 « Dans la préparation, la disposition et l'arrangement de ce pain à jamais béni, qui est le Sacrement de l'Eucharistie, Dieu a enfermé tant et de si grands prodiges, qu'il semble y avoir
origine de l'état eucharistique de jésus 23
de condescendance infinie, que ne pourra jamais dépasser la miséricorde divine 1. Mystère d'amour ineffable qui devra clore pour toujours les manifestations glorieuses de l'éternelle charité -.
L'Eucharistie est comme un écho lointain des éternelles décisions de l'adorable Trinité décrétant la présence permanente du Souverain Prêtre au milieu de l'humanité qu'il devait sauver. A l'Incarnation correspond la Rédemption, à la Rédemption l'Eucharistie. Trois modes différents d'un même mystère, liés entre eux par un amour puisé au sein de l'essence divine.
Maintenant que ces mystères nous ont été révélés, on comprend qu'il soit difficile d'en concevoir un sans les autres. Tous trois s'appellent
en quelque sorte renouvelé toutes les merveilles qu'il avait accomplies depuis l'origine du monde. » S. Thom., Op. 58, c. 1.
1 « Vous avez nourri votre peuple avec le pain des anges, et vous lui avez donné le pain du ciel. » Office de la Fête-Dieu, à Laudes.
2 « Dans le divin Sacrement de l'Eucharistie, Jésus-Christ a répandu sur les hommes toutes les richesses de son divin amour. » Conc. de Trente, Sess. 13, Can. il.
« Le Christ ne nous a pas privés de sa présence corporelle pendant ce pèlerinage, mais il s'est uni à nous dans l'Eucharistie par son corps et son sang véritable. D'où il dit (Jean, vi, 57) : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » — Ce Sacrement est donc le signe de la charité la plus grande. » S. Thom., III p., q. 75, a. 1.
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rigoureusement et se complètent dans une unité d'admirable sagesse et d'éternelle charité.
Combien, dès lors, nous apparaît grand et adorable le Mystère Eucharistique, qui ajoute une auréole si éclatante au Souverain Prêtre continuant l'exercice de son éternel Sacerdoce dans tous les tabernacles du monde ! Comment le comprendre, sans remonter dans les profondeurs de l'éternité, là où tout est puissance d'amour et amour tout-puissant ?
S'il pouvait y avoir des sentiments successifs dans la Divinité, quels n'auraient pas été ceux du Verbe de Dieu devant devenir le Verbe incarné, à la pensée d'ajouter un jour à l'amour de la Rédemption l'amour de son Eucharistie, afin de demeurer avec les hommes de tous les temps et de tous les lieux !
Transportons-nous en esprit à l'aurore des décrets éternels, et adorons le Sacrement adorable qui, à l'origine, était destiné à nous assurer la présence permanente de Jésus Prêtre et Victime.