V. — La perfection de riminolation
en Jésus, au premier instant de Tlncarnation
Après le Mystère de la Très Sainte Trinité, il n'y en a pas de plus grand que celui de 1 Incarnation. C'est un Dieu qui descend dans l'humanité pour se l'unir indissolublement ; il vient pour exercer sa miséricorde et donner des preuves irrécusables de son amour; il se fait péché pour sauver les pécheurs ; et il met au service de son adorable charité une puissance infinie qui satisfait à la Justice divine pour les crimes de l'humanité.
Comme on le voit, le sacrifice et l'immolation sont les centres de ce Mystère, où convergent la sainteté de Dieu et la misère de l'homme. C'est pour en faire une Victime que Dieu le Père donne et envoie son Fils ; c'est pour accomplir les actes d'une Victime que le Verbe se revêt de la nature humaine, au moyen de laquelle II remplira sa mission terrestre et obtiendra la rédemption universelle.
Si tout est grand et divin dans l'Incarnation
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et la Rédemption, et si en fait tout repose sur l'immolation de la Victime, la perfection de cette immolation est divine comme la Victime ellemême.
Cette perfection se tire d'abord de l'Union hyposlatique. Celui qui s'offre et s'immole n'est pas seulement une créature humaine, mais une créature humaine unie substantiellement à une Personne divine.
Ce n'est pas davantage une créature humaine à laquelle la Divinité a prodigué la grâce et à la sainteté de qui elle a attaché la valeur d'une satisfaction rédemptrice ; mais c'est une Personne divine, possédant essentiellement les perfections infinies qui sont en Dieu et qui opère directement par elle-même.
Et comme les actes humains sont attribués à juste titre à la personne, tous ceux que pose Jésus sont nécessairement divins et ont une valeur infinie '. De sorte que la première offrande
1 « Le Christ a pris la nature humaine pour qu'elle réalise, en qualité d'instrument, les opérations propres à Dieu seul, comme d'effacer les péchés, d'éclairer les âmes par la grâce et de les conduire à la perfection de la vie éternelle. » S. Thom., Contr. Geiit., L. 4, c. 41.
« La nature divine se sert de l'opération de la nature humaine, comme d'une opération instrumentale, et de même la nature humaine participe à l'opération de la nature divine,
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que fait le Verbe incarné dans le sein de sa Mère, au moment de sa Conception, est une offrande divine; car la Victime qui s'offre est une Victime divine posant un premier acte d'immolation divine.
En toute vérité, c'est un Dieu qui s'humilie, c'est un Dieu qui prend la place des pécheurs, c'est un Dieu qui expie le péché, c'est un Dieu qui souffre, c'est un Dieu qui s'immole, c'est un Dieu qui se voue au sacrifice et à la mort.
Il est impossible d'imaginer une immolation plus parfaite dans une Victime plus digne et plus sainte.
Indépendamment de cette perfection qui ressort en Jésus de l'Union hypostatique, il en est une autre qui provient de la plénitude de la grâce qui remplit son âme. Sans être unique et incommunicable comme la grâce d'union et sans atteindre au même degré de perfection, la grâce sanctifiante dans le Verbe fait chair est incomparable. Jamais âme plus parfaite n'a été créée et n'a été capable de posséder la grâce à un si haut degré. Jamais communication de la sainteté divine n'a été faite aussi abondante à une âme humaine. Grâce créée, mais tellement grande
comme l'instrument participe à l'opération de l'agent principal. » S. Thom., III p., q. 19, a. 1.
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qu'elle échappe à toute conception de l'esprit humain '.
La Trinité tout entière a coopéré à ce chefd'œuvre divin. Le Père veut voir dans le Fils de ses éternelles complaisances l'image la plus parfaite des perfections divines, autant qu'il est donné à une âme humaine de les posséder-. Le Fils a à cœur d orner son âme des plus sublimes 1 vertus, afin d'être pour son Père une Victime de plus agréable odeur'. Le Saint Esprit, par qui
* Voici comment s'exprime l'Ange de l'Ecole : « 11 est d'usage d'assigner au Christ une triple grâce. D'abord, une grâce d'union, en vertu de laquelle la nature humaine, sans aucun mé- i rite précédent, a reçu le don d'être unie au Fils de Dieu dans la personne. — Secondement, une grâce singulière, par laquelle l'âme du Christ a été, beaucoup plus que les autres, remplie de grâce et de vérité. — En troisième lieu, mwç. grâce de chef, en vertu de laquelle la grâce découle de lui dans les autres. — Triple grâce que l'Evangéliste proclame dans l'ordre convenable; car il dit relativement à la grâce d'union : « Le Verbe s'est fait chair » ; par rapport à la grâce singulière : « Nous l'avons vu comme le Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité » ; et pour la grâce de chef, il ajoute : « Et nous avons tous reçu de sa plénitude. » S. Thom., Op. 2, c. 214.
' « C'est une grâce particulière du Christ fait homme d'être uni à Dieu dans l'unité de personne. C'est en conséquence un don gratuit, mais il rend infiniment agréable à Dieu, puisqu'il est dit de lui d'une manière toute spéciale, dans deux chapitres de Saint Matthieu (m, xvu) : « C'est là mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances. » Ibid.
3 « // s'est fait tout à la fois homme et saint. C'est ce qui fait dire à l'ange (Luc, i, 35) : « Le saint qui naîtra de vous. » S. Thom., III p., q. 84, a. 1, ad 2.
L'Apôtre est plus explicite encore : « Il convenait, dit-il, que
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s'opère le mystère adorable de l'Incarnation du Verbe, emploie à cette œuvre divine les trésors de la Toute-Puissance et de la Sainteté de Dieu, et il inonde l'âme de la divine Victime de l'éternelle charité dont il est la source ',
Jamais la grâce ne pourra atteindre dans une âme à une telle sublimité, parce que jamais il ne se rencontrera un amour plus pur, plus parfait, plus ardent, plus resplendissant des perfections de 1 amour incréé.
L'âme sainte de Jésus n'est pas seulement en contact avec sa Personne divine, mais elle lui est unie substantiellement -. Elle est possédée par
celui pour lequel et par lequel sont toutes choses, qui voulait conduire à la gloire un grand nombre de fils, élevât à la perfection par les souffrances l'auteur de leur salut. » Hébr., u, lo.
i « 11 a reçu sans mesure les dons du Saint-Esprit. » S. Thom., Op. 2, c. 21 5. — « Il est évident que l'âme du Christ était mue de la manière la plus parfaite par l'Esprit-Saint, et que les dons de cet Esprit ont été en lui de la manière la plus excellente. » S. Thom., III p., q. 7, a. 5.
« Il est dit plein de grâce, parce que Dieu l'a oint par l' Esprit- Saint, non point d'huile visible, mais du don de la grâce. » S. AuG., De Trinitate, L. i5, c. 26, n. 4.
2 L'union des deux natures dans la Personne du >'erbe n'est aucunement accidentelle, mais substantielle, comme nous l'avons prouvé dans le deuxième volume de cet ouvrage, en traitant de l'Union hypostatique. Ne citons ici que trois passages de Saint Thomas pour éclairer ce que nous disons plus haut.
D'abord, l'âme est unie plus directement à la Personne du Verbe que le corps : « Comme l'hypostase du Verbe est antérieure à la nature humaine et qu'elle est plus noble qu'elle, ce
elie, elle ne vit que par elle ; de sorte que toute la sainteté, qui dans le Verbe est infinie et éternelle, se transforme dans son âme en grâce limitée sans doute, parce que finie, mais touchant aux confins de l'infini '.
qu'il y a de plus parfait dans la nature humaine est ce qu'il y a de plus proche de l'h^postase. C'est pourquoi Xâme est plus près du Verbe de Dieu que le corps. » III p., q. 6, a. i, ad 2.
Le corps ne lui est uni que par l'âme : « L'âme a été unie au Verbe de Dieu plus immédiatement que le corps et avant lui (priorité de nature et non de temps), puisque le corps a été uni au Verbe de Dieu par l'intermédiaire de l'âme. » III p., q. 5o, a. 3.
Pourquoi cette union ne peut être que substantielle. « De ce que le Verbe a préexisté éternellement, il ne s'ensuit nullement que la nature humaine lui a été ajoutée par accident. Le Verbe a pris la nature humaine pour être vrai homme ; or, être homme, c'est être dans le genre de la substance. Si donc l'hypostase du Verbe doit être homme à son union avec la nature humaine, cela ne lui est pas arrivé accidentellement, car les accidents ne sont pas Vétre substantiel. » S. Thom., Contr. Gent., L. 4, c. 49.
1 « La grâce habituelle étant un don créé, il faut nécessairement convenir qu'elle a une essence finie. Elle peut néanmoins être appelée infinie de trois manières. D'abord, du côté de celui qui la reçoit : on dit qu'elle est donnée d'une manière infinie et sans mesure, parce qu'elle est donnée selon toute la capacité que comporte une nature créée. En second lieu, du côté du don reçu ; on dit qu'elle est sans limites et sans mesure, car le Christ a reçu tout ce qui pouvait appartenir à la grâce. Troisièmement, du côté de la cause. En eftet la cause contient l'effet d'une certaine manière ; en conséquence, quiconque a une cause d'une puissance infinie d'influence, possède cette influence sans mesure et, en quelque sorte, d'une manière infinie ; ainsi, celui qui posséderait une source dont l'eau pourrait couler à l'infini, serait regardé comme ajant de l'eau sans mesure, et d'une ma-
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Cette plénitude de grâce en l'âme humaine de Jésus, associée aussi intimement à la sainteté infinie de sa Personne divine, donne à son immolation initiale un caractère de suprême et unique perfection.
Une dernière considération nous donnera une intelligence plus complète de Jésus Victime à l'aurore de son divin Sacrifice.
La perfection d un acte ne se tire pas seulement de la qualité du sujet qui le pose et des motifs pour lesquels il est posé, mais encore de ses effets et de son efïîcacité. Or, dans le Sacrifice de Jésus Victime, tout emprunte un caractère divin par le fait de l'Union hypostatique, et, dès lors, les effets de ce sacrifice sont nécessairement divins et ses mérites infinis.
Si aucune victime ne peut être plus agréable à Dieu, aucun acte créé ne peut avoir plus de valeur à ses yeux. L'ofTrande que le Verbe incarné fait de Lui-même à son divin Père, en entrant dans le monde, dépasse en sainteté, en mérites et en efïîcacité tout ce que les créatures célestes et terrestres réunies, dans la création
nière en quelque sorte infinie. Ainsi donc, l'àjtie du Christ possède une grâce infinie et sans mesure, par cela même qu'elle est unie au Verbe, qui est le principe intarissable et infini de l'émanation de toutes les créatures. » S. Thom., Op. 2, c. 2i5.
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actuelle et dans toutes les créations possibles, sont susceptibles d oflFrir à la Divinité.
Oflfrande d'une valeur infinie, à conséquences éternelles. C'est dans les siècles des siècles que se répercutera l'effet divin de cette sublime et ineffable offrande d un Dieu-Homme venant icibas souffrir et mourir.
Personne divine, âme divinement sanctifiée par son union avec le Verbe, valeur infiniment efficace des opérations humano-divines émanant du Dieu fait Homme : tels sont les éléments adorables qui concourent à cette première offrande que fait d'Elle-même notre divine Victime, à l'heure de son apparition dans l'humanité.
L'éternité ne sera pas de trop pour honorer un tel Mystère et pour rendre à l'Agneau divin immolé pour les péchés du monde les adorations et l'amour auxquels II a droit.
TV Jésus, Viclimc de Dieu le Pcrc
O Jésus, Victime adorable
qu'envoie le Père
pour l'immoler à sa gloire,
je Vous contemple et Vous adore !
O Jésus, Victime d'obéissance qui faites de la volonté de votre Père
le motif de vos sou^rances et la fîn de vos sublimes immolations,
je Vous loue et Vous honore !
O Jésus, Victime d'amour
qui, en quittant le sein de votre divin Père
Vous of^rez déjà en holocauste,
je Vous aime et je Vous bénis !
O Jésus, Victime sainte
qui puisez en Vous-même la gloire
que votre première oblation
procure à Dieu votre Père,
je m'ofre et me donne avec Vous !
O Jésus, Victime irradiée des splendeurs
des perfections divines
et empourprée déjà du sang de votre Sacrifîce,
je veux vivre et m'immoler pour Vous !