‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 4)Chapitre 15 sur 49 · II. — Jésus Victime immole son Humanité · texte numérisé non relu

II. — Jésus Victime immole son Humanité

Tout en Jésus doit servir à son Sacrifice, dès le premier instant de son existence terrestre.

rien sa dignité. D'où Saint Augustin dit : Il s'est anéanti en prenant la forme d'un serviteur pour devenir serviteur, mais il n'a pas perdu la plénitude de la forme de Dieu, » S. Thom., III p., q. 5, a. 1, ad 2.

Mais ce qu'il immole avant tout et directement, c'est ce qu'il a pris ici-bas, son Humanité. S'il sacrifie sa nature divine, plutôt en apparence qu'en réalité, il n'en est pas de même de sa nature humaine. Il pénètre en elle jusque dans ses profondeurs et s'en fait une hostie qu'il offre et immole à sa Divinité.

Réunissant par sa toute-puissance les deux éléments, corporel et spirituel, constitutifs de sa nature humaine. Il n'en fait point un suppôt humain qui Lui soit propre, mais II les livre à sa Personne divine qui se les approprie et dont ils seront éternellement la propriété. De sorte que, en toute vérité, l'humanité en Jésus ne s'appartient pas, puisqu'il manque à sa nature humaine une personne humaine qui la soutienne et l'individualise; mais elle est comme absorbée par la Divinité qui la possède tout entière, la supporte, la compénètre, l'actualise et la vivifie'.

Véritable holocauste offert à la Personne du Verbe qui s'en empare pour l'immoler en sacrifice et pour devenir à jamais l'unique principe de vie qui lui communiquera ses perfections et ses mérites infinis.

' « Le Fils de Dieu a pris la nature humaine dans l'individu, mais cet individu dans lequel elle a été prise n'est pas autre chose que le suppôt incréé qui est la Personne du Fils de Dieu. » S. Thom., III p„ q. 4, a. 2, ad 1.

Pour bien comprendre rexcellence de cette première immolation et la gloire qu'elle procure à Dieu, il faut considérer la perfection suréminente de la nature humaine en Jésus.

Le Verbe de Dieu ne prit pas seulement dans la création terrestre, pour se l'associer, ce qu'elle a de plus élevé et de plus noble ; mais II fit de son corps et de son âme le chef-d'œuvre de toutes les œuvres divines, comme jamais il n'en sortira des mains de Dieu.

Tout ce que la Divinité peut tirer de gloire de l'intelligence et de la volonté humaines lui fut alors offert et sacrifié. Et le Verbe divin n'éleva si haut sa nature humaine, par l'union essentielle qu'il contracta avec elle, que pour s'en faire une victime plus digne et plus parfaite. En même temps qu'il se l'immolait. Il lui conférait une gloire spéciale qu'elle tirait de l'immolation même que lui imposait son assomption.

Il fallait être Dieu pour opérer une semblable transformation. Il fallait être un Dieu Victime pour trouver le secret d'une si adorable immolation.

Quel sujet profond de méditation nous fournit cet admirable mystère où la Puissance divine sait harmoniser dans une telle sublimité une oblation et une assomption qui se confondent dans le Sacrifice de notre adorable Victime !

III. — Jésus Victime dans soi? appartenance totale à SOI? divin Père

Le mystère ineflFable de l'Incarnation du Verbe s'est opéré. La Divinité et l'Humanité en Jésus se sont fait de mutuelles concessions. Elles se sont livrées l'une à l'autre en vue de la mission divine à accomplir, et toutes deux portent le cachet de l'immolation, l'Humanité qui perd sa personnalité humaine, la Divinité qui s'astreint à ne jamais se séparer de la nature humaine.

Ainsi constitué, le Verbe incarné devient aussitôt la propriété de Dieu le Père qui en prend possession. C'est lui qui L'a envoyé ^ qui L'a marqué du sceau des pécheurs, qui L'a fait la Victime de sa Justice et l'instrument de sa miséricorde -. Toute l'histoire de la chute, du châtiment, de l'expiation et de la rédemption est désormais concentrée en Jésus. Aux yeux de Dieu, Jésus personnifie l'humanité et c'est sur Lui que s'exercera l'empire de sa Justice et de sa Sainteté. Il Le traitera comme l'unique cou-

* « Lorsque fut venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils. » Gal., iv, 4.

2 « C'est lui que Dieu avait destiné à être une victime de propitiation. » Rom., m, 25,

JÉSUS VICTIME DÈS SA CONCEPTION lyS

pable', Il exigera de Lui la plus rigoureuse et la plus terrible des réparations. Maintenant qu'il a dans les mains une Victime qui lui agrée et qui peut satisfaire pleinement à sa Divinité outragée "2, il la tient dans la dépendance de sa toutepuissance, en attendant de déverser sur elle les rigueurs de son impitoyable Justice.

Jésus, de son côté, se prête à cette action dominatrice de son divin Père. Il ne s'est incarné que pour lui être inférieur et lui servir de Victime. Il évite de se considérer comme ayant des droits sur Lui-même, et II ne voit en Lui qu'un être appartenant tout entier et uniquement à son Père, lequel peut disposer de Lui à sa guise.

Il abdique jusqu'à sa volonté propre pour ne faire que celle de son Père. Et comme II sait que son Père ne L'a envoyé que pour en faire une Victime, Il se complaît dans cet état d'appartenance absolue et d'immolation totale ^.

Coinine II est beau et grand notre divin Sau-

^ « Dieu a mis Xiniquité de tous en lui. » Is., lui, 6 ; c'est-àdire, ajoute Saint Thomas, « qu'il l'a livré pour être victime pour les péchés de tous les hommes. » S. Thom., III p., q. i5, a. 1, ad 4.

2 « Le Christ, en tant qu'homme, a été un sacrifice et une hostie parfaite. » S. Thom., III p., q. 22, a. 2.

3 « // s'est livré lui-même pour nous, en s'offrant à Dieu comme une oblation et une victime d'agréable odeur.» Eph., v, 2,

veur dans cette première offrande qu'il fait de Lui-même à son divin Père, à son entrée dans l'humanité ! Lui, le Verbe incréé. Il a embrassé l'humiliation suprême et II ne veut plus être que la Victime de la Volonté de son Père ! Soyons à jamais les victimes de la sienne !

IV. — Jésus Victime par Toffrande qu'il fait de tout Lui-même

Jésus ne se contente pas de reconnaître que son Père a tous les droits sur Lui et qu'il est devenu sa propriété par le fait qu'il s'est constitué sa Victime ; mais II va au-devant de ses désirs. Il anticipe sur l'avenir. Il devance l'heure du Sacrifice et, ne pouvant encore s'immoler, II s'oflFre en holocauste.

Dévoré du zèle de la gloire de son Père, Il se livre à lui dans des ardeurs indicibles. Il sait que ses abaissements 1 honorent et que ses souffrances lui sont agréables ; et alors II s'abîme devant lui, Il s'abreuve de toutes les humiliations et de toutes les douleurs que Lui réserve son état de Victime.

Sans cesser d'être le Fils de ses éternelles complaisances. Il ne devra plus se présenter à lui que couvert des misères et des maux de Ihuma-

nité, et de Lui-même II descend dans l'abîme du péché pour y porter le poids effrayant de la malédiction divine ^

Il se tient en sa présence dans l'attitude du coupable qui confesse sa faute, du pécheur qui se soumet à l'expiation, de la Victime qui accepte, dans leur plénitude, le châtiment et l'immolation.

Tout en Lui s'oflFre en sacrifice, rien n'échappe à cette première offrande qu'il fait de son être tout entier. Chaque partie de son corps, chaque faculté de son âme devient un autel où II s'immole à la gloire de son Père pour le salut du genre humain "-.

Intérieurement, par désir et par volonté, Jésus accomplit, dès ce preinier instant, tout ce qui constitue essentiellement l'œuvre de la Rédemption. Il subit nécessairement les exigences et les lois du temps, mais dans son âme de Victime l'immolation est complète.

A aucun moinent qui suivra sa naissance, pas plus qu'à sa mort, Jésus ne sera davantage Vic-

1 « Celui qui ne connaissait point le péché, /'/ l'a fait péché pour nous. » II Cor., v, 21.

- « Dans le sacrifice de paix par lequel notre médiateur véritable nous a réconciliés avec Dieu, il est resté tout à la fois le sacrificateur qui offrait et la victime offerte. » S. Tko.m., III p., q. 48, a. 3,

tinie ; c'est-à-dire plus donné, plus offert, plus sacrifié. Il a vécu alors toute sa vie mortelle, toutes les phases douloureuses de sa Passion et l'heure angoissante de sa mort.

Victime consommée dans 1 amour, 11 a acquis, à cet instant, le mérite essentiel de son Sacrifice suprême, les deux extrémités de son existence terrestre, sa Conception et sa Mort, formant un même tout dans un unique et divin Sacrifice. S'il n'avait été décrété dans les desseins éternels que la Rédemption finale ne dût s'opérer que sur le Calvaire par la mort et l'effusion du sang de la divine Victime, Jésus aurait alors sauvé le monde, une seule des opérations de son âme étant d un mérite infini '.

Unissons notre offrande à celle de Jésus, notre douce et divine Victime, et comme Lui demeurons fidèles à cette donation totale de tout nous-

^ « Le Christ étant d'une dignité infinie, chacune de ses souffrances a une valeur infinie, de sorte qu'elle serait suffisante pour effacer des péchés infinis. » S. Thom., Op. 2, c. 23i,

Et ailleurs, le même saint Docteur dit encore : « Si nous parlons de la rédemption du genre humain quant à la valeur du prix de rachat, une souffrance quelconque du Christ, même sans la mort, eût été suffisante pour sauver le genre humain, à cause de la dignité infinie de la personne. Mais si nous parlons du choix du prix de rachat, on doit dire que toutes les souffrances du Christ n'ont pas été ordonnées au salut du genre humain par Dieu le Père et le Christ sans la mort. » S. ïhom., Ouodlibet II, q. i, a. 2.

mêmes, en en faisant la règle invariable de notre vie.

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