‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 4)Chapitre 18 sur 49 · I. — Jésus naît Victime · texte numérisé non relu

I. — Jésus naît Victime

Le corps que Jésus avait pris dans le sein de Marie était destiné à grandir et à naître. L'âme qui l'avait animé dès le premier instant ne devait plus s'en séparer, afin d'accomplir leur commune mission sanctificatrice sous l'action toute-puissante de la Personne divine.

La conception est ordonnée à la naissance, comme la naissance l'est à la vie. La naissance n'est qu'une seconde phase de l'existence d'un être ; elle ne change rien à la nature de son essence. Jésus ayant été constitué Victime dès sa conception, demeure nécessairement Victime

tout le temps de son existence mortelle. De sorte que, quand II naît, c'est une Victime qui apparaît dans le monde. Peu importe les dehors sous lesquels II se manifeste et les apparences dont II se couvre ; Il n'en est pas moins une Victime réelle, une Victime consciente, une Victime résolue qui se voue à la souffrance et qui accomplit déjà dans son âme le Sacrifice auquel elle s'est librement condamnée.

Sa naissance avance de quelques mois son immolation suprême. Jésus appelait ce moinent de tous ses vœux ; et, de nouveau, mais cette fois en face du monde. Il se présente à son Père, comme à l'heure de llncarnation, et lui adresse ces paroles d'une Victime qui se livre pour être immolée : « Vous n'avez plus voulu des sacrifices anciens ; mais vous m'avez approprié un corps, me voici ^ »

En naissant, Jésus commence à célébrer visiblement le Sacrifice qu'il vient offrir dans l'humanité. Les mois qui l'ont précédé ont été comme une préparation invisible et silencieuse. Maintenant II entre dans l'arène où vont se débattre les destinées du monde ; Il s'avance sur le théâtre où va se dérouler l'histoire divine de

1 Hébr., X, 5, 7. >a

JÉSUS VICTIME PENDANT SA VIE igS

sa vie terrestre toute imprégnée d'humiliation et de souffrance. Il prend en quelque sorte possession de la douleur sous toutes ses formes, et II s'en fait une compagne inséparable.

Uniquement préoccupé de la mission qu'il a reçue de son Père, Il concentre tout son être sur le Sacrifice qui doit L'immoler. Rien ne peut Le détourner de la vision crucifiante du Calvaire qu'en naissant II commence à gravir. Ses yeux, en s'ouvrant, mesurent toute l'étendue de la voie douloureuse qu'il Lui faudra parcourir et que domine, dans le lointain, la Croix sur laquelle II devra mourir. Ses oreilles entendent la clameur immense des iniquités humaines demandant miséricorde, et dont son âme est déchirée. Tout un monde de misères, de péchés et d'ingratitudes s'agite devant Lui et appelle une rigoureuse réparation que seul II est en mesure d'offrir à la Justice divine.

Et alors sa pensée se fixe et s'immobilise dans la souffrance qui Le reçoit dans la vie pour Le conduire à la mort. Il la saisit, Il l'embrasse, Il l'étreint, Il s'en fait un vêtement S II la grave

1 Souffrance et malédiction sont ici inséparables. La première dépend de la deuxième. C'est parce que Jésus porte en lui la malédiction qui pèse sur le genre humain qu'il est voué à la souffrance ; la souffrance atteint alors dans notre divine Victime les proportions effrayantes de la malédiction divine. Aussi, ces

dans son cœur, Il la mêle au sang qui coule dans ses veines. Il en baigne sa volonté humaine. Il en nourrit et en sature son Ame.

Désormais II ne respirera plus que pour souffrir ce grand Dieu devenu si petit, cet infiniment heureux qui ne connaîtra que la douleur, ce divin passionné des âmes qui ne saura tirer de son Cœur qu'un amour qui Lui coûtera tout son sang.

Ah ! quelle naissance que celle d'un Dieu- Homme, d'un Sauveur du monde, d'une Victime divine pour les péchés des hommes ! *

Faisons nôtres les premiers sentiments du Verbe incarné naissant à la vie du temps, et, à sa suite, entrons dans la voie de l'amour et du sacrifice qui nous conduira à l'accomplissement parfait de tous ses desseins sur nous"-.

paroles terrifiantes du Psalmiste trouvent-elles ici leur naturelle application : « // s'est revêtu de la malédiction comme d'un vêtement ; elle a pénétré comme l'eau au dedans de lui, et comme l'huile dans ses os. » (Ps. cviii, 18).

* L'ange dit à Joseph : « Elle enfantera un fils et tu l'appelleras du nom de Jésus, car ;'/ sauvera son peuple de ses péchés. » Matth., I, 21.

« Il vous est né aujourd'hui un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. » Luc, n, 11.

2 « Courons avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte, les yeux fixés sur l'auteur et le consommateur de la foi, Jésus, qui, au lieu de la joie qu'il avait devant lui, a souffert la croix, méprisant l'ignominie. » Hébr., xii, 1, 2.

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