‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoce (volume 4)Chapitre 19 sur 49 · II. — Jésus Victime dans son enfance · texte numérisé non relu

II. — Jésus Victime dans son enfance

Jésus n'endurera pas tout à la fois les souffrances auxquelles II se condamne, mais ces souffrances seront échelonnées dans les phases diverses de sa vie et en rapport avec les événements extérieurs.

Intérieurement, dans son âme, les motifs de son immolation ne changeront pas : Il restera toujours le grand Sacrifié de son Père et la Victime réparatrice des péchés du monde ; mais extérieurement Il rencontrera des sujets particuliers de souffrance suivant les circonstances de lieu, de temps, de personnes, d'âge, de travaux, de situation. C'est ainsi que dans son enfance Il aura à souffrir des choses dont II ne souffrira pas plus tard et qui dépendront de sa condition d'enfant.

Ces souffrances paraîtront au dehors légères et parfois enfantines. Il semblera souffrir simplement comme souffrent tous les enfants, qui n'ont point encore conscience de leurs maux ou qui n'en peuvent apprécier qu'imparfaitement la nature et le degré. Mais ne perdons point de vue que Jésus enfant a pleinement conscience de Lui-même, qu'il vit dans l'exercice parfait de

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toutes ses facultés, que rien ne Lui est caché, qu'il donne à chaque chose sa valeur, qu'il mesure toute l'étendue de chaque souffrance qu'il rencontre sur ses pas et qu'aucune ne L'atteint qu'il ne l'ait prévue, acceptée, voulue, et qu'il ne lui ait permis de s'approcher de Lui '.

Jésus, que semblent ballotter les événements humains, est le même Dieu qui régit et gouverne les mondes -. Jésus-Enfant, que son âge et son impuissance nous paraissent avoir livré à la

* L'âge ne changeant rien à la science de Jésus pas plus qu'à sa sainteté, la connaissance humaine qu'il a de toute chose est également parfaite à toutes les époques de sa vie, parce qu'il la puise dans sa personne divine, à qui rien n'est caché au ciel et sur la terre. C'est ce qu'exprime Saint Thomas, quand il dit que « l'âme du Christ a connu dans le Verbe tout ce qui existe, tout ce qui a existé ou tout ce qui existera d'une manière quelconque, et tout ce qui est dans la puissance de la créature. » S. Thom., III p., q. 10, a. 2.

Quelques hérétiques, tel que Celse, (cité par Origène, L. 2, contr. Cels.), ont prétendu que le Christ n'avait pas su à l'avance qu'il devait souffrir ; mais une semblable supposition, si elle était exacte, aurait détruit du coup la mission du Verbe incarné sur cette terre, puisqu'elle lui en aurait enlevé l'intelligence et qu'il aurait été conduit à la mort comme une victime inconsciente de la nécessité et de la valeur de son sacrifice.

L'apôtre Saint Jean nous dit (u, 25) que Jésus « connaissait par lui-même ce qu'il y avait dans le cœur de l'homme » ; comment dès lors aurait-il pu ignorer des choses moins cachées, comme sont les événements et les circonstances extérieures qui devaient être pour lui une cause ou une occasion de souffrance?

- « Il paraîtra le rejeton de Jessé, il se lèvera pour gouverner les nations ; les nations espéreront en lui. » Is., xi, 10, cité par Saint Paul, Rom., xv, 12.

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merci des personnes et des choses, est le même Dieu qui tout-à-l'heure commandera en maître aux éléments, d'un regard guérira les malades et d'une parole ressuscitera les morts.

Un enfant qui dans l'impuissance apparente de son âge possède cependant une vertu capable d'opérer de telles merveilles, n'est pas un enfant purement humain, mais un enfant-Dieu. Un petit être réduit à subir dans son corps les impressions douloureuses qui sont le partage de tous les hommes, mais qui les contrôle et les domine par sa volonté, n'est pas un faible enfant qui subit inconsciemment la douleur : c'est un Dieu Sauveur qui souffre parce qu'il veut souffrir, et qui s'octroie Lui-même les souffrances de son choix. S'il endure des souffrances qui sont inévitables, parce qu'elles sont l'apanage naturel des faiblesses de l'enfance. Il leur donne néanmoins un caractère de vertu divine par l'acceptation antérieure qu'il a faite d'un état où tout doit converger vers l'accomplissement parfait de son immolation totale.

C'est donc notre adorable Victime elle-même qui coordonne et harmonise tout dans sa vie. Il entre dans ses desseins d'amour et de miséricorde que tout la fasse souftVir, du commencement de son Sacrifice à la fin. Et puisque rien en elle ne peut échapper à l'immolation, non

seulement les choses les plus minimes la feront souffrir, mais encore chaque souffrance prendra, pour elle, les proportions excessives de son immense amour.

Il est dans la vie d'enfance de Jésus des souffrances qui tiennent à sa double nature divine et humaine, et d'autres qui ne sont que l'effet naturel des événements humains.

En tant que Dieu, Jésus ne connaît point de limites. Il habite l'immensité et se meut dans les espaces infinis. Tout enfant. Il est comprimé dans un espace fort restreint, Il est soumis à des lois physiques, Il n'est pas libre de tous ses mouvements, et ainsi II enchaîne son activité éternelle dans une immobilité presque complète. En grandissant, Il acquerra plus de souplesse et de force, mais II continuera quand même à porter le poids de son corps qui emprisonnera son ame et l'empêchera de s'envoler.

Le Verbe est la parole vivante et éternelle; son nom est l'expression de la perfection essentielle qui est en Dieu. Il est la vie ! D'un mot II a créé les mondes, d'un mot II jugera les vivants et les morts. Et pourtant. Le voilà sans voix, renfermé dans les liens de la chair. Il se tait. Lui, la parole incréée ! Il fait silence, Lui, la louange infinie du Père ! Voulant ressembler à tous les autres en-

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fants, Il attendra que sa langue soit déliée pour proférer des paroles intelligibles ; jusque-là, Il s'imposera un mutisme qui ajoutera à tout ce qu'il a déjà sacrifié en s'incarnant.

Comme pour soufTrir davantage, Jésus veut naître dans la saison la plus rigoureuse', sans autre gîte qu'une étable -, réduit à l'extrême pauvreté, condamné aux incertitudes du lendemain ; devenant bientôt l'objet de la haine de son premier et cruel persécuteur ; occasionnant ainsi le massacre d'une multitude d'innocentes victimes ^ ; obligé Lui-même de s'enfuir de son pays et, après un long et pénible voyage à travers un désert aride, de se faire exilé sur une terre étrangère^,

' « Le Christ, dit Saint Thomas, a choisi X aspérité de l' hiver pour sa naissance, afin de souffrir jjour nous dès ce moment Yaffliction de la chair. » S. Thom., III p., q. 35, a. 8, ad 3.

2 « Marie enfanta son fils premier-né, et l'enveloppa de langes, et le déposa dans une crèche, car il n'y avait pas eu de place pour eux dans l'hôtellerie. » Luc, ii, 7.

' « Alors Hérode, voyant qu'il avait été trompé par les mages, s'irrita violemment et envoya tuer tous les enfants qui étaient à Bethléem et dans les environs, depuis l'âge de deux ans et au-dessous. » Matth., ir, 16.

. '' « Un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph disant : Lève-toi, prends l'enfant et sa mère et fuis en Egypte et demeure là jusqu'à ce que je te reparle ; car il arrivera qu'Hérode cherchera l'enfant pour le faire mourir. » Matth., ii, i3.

Et tout cela en compagnie de sa Mère et de saint Joseph, dont II partage les angoisses et qu'il ne peut soustraire aux conséquences douloureuses des volontés divines '.

Ce n'est pas assez pour satisfaire son désir de souffrance ; Jésus entrevoit au terme de sa course l'immolation sanglante qui couronnera sa vie de Victime, et II aspire déjà à verser son sang. S'il ne le soutire pas totalement de ses veines, parce que l'heure de son Sacrifice, marquée dans les décrets éternels, n'a pas encore sonné, Il se présente néanmoins avec empressement au couteau de la circoncision, pour faire plus expressément acte de Victime par cette première effusion de son sang. Il fait de cette cérémonie légale comme une consécration officielle de son caractère de Victime, en s'offrant à son divin Père qui L'immole et en répandant déjà son sang pour purifier l'humanité de ses iniquités ^.

1 « Joseph se levant prit Xenfant et sa mère pendant la nuit et se retira en Egypte. » Matth., h, 14.

2 Le Docteur angéiique exprime les mêmes pensées, quand il dit que « la circoncision signifiait l'affranchissement de la génération ancienne dont nous sommes délivrés par la passion du Christ ; c'est pourquoi la vérité de cette figure n'a pas été pleinement accomplie dans la naissance du Christ, mais dans sa passion. » Et plus loin : « Comme le Christ s'est soumis par sa volonté propre à la mort qui est Yeffet du péché, quoiqu'il ne fût coupable d'aucune faute ; de même il s'est soumis à la circoncision, qui est le remède du péché originel, bien qu'il n'eût pas contracté cette tache. » S. Thom., III p., q. 37, a. 1, ad 1 et 3.

Enfant divin, liant sa toute-puissance et souffrant de son impuissance. Enfant d'intelligence infinie, s'abandonnant en aveugle à des lois terrestres qui Le régissent. Enfant d'éternelle sainteté, qui subit les châtiments réservés aux pécheurs. Enfant d'ineffable charité, que son amour pousse prématurément aux excès sublimes du sacrifice. Enfant-Dieu Victime, que je vois naître et grandir dans la souffrance jusqu'à l'immolation suprême du Calvaire. Soyez loué, béni, adoré, remercié et aimé à jamais !

m. — Jésus Victime à Nazareth

On pourrait être parfois tenté de croire que Jésus a peu souffert à Nazareth, dans ce séjour paisible, silencieux et recueilli où II a passé la plus grande partie de sa vie. Aucun événement important n'est venu troubler cette céleste solitude. Tout y a été ordonné, uniforme, sanctifié par la prière et le travail, au milieu des joies pures et calmes d'une vie de famille où les suavités divines se mêlaient aux douceurs les plus saintes de la terre. Comment la douleur pouvaitelle trouver place dans ce foyer incomparable de bonheur et de paix ?

Ne nous semble-t-il pas, au contraire, qu'après

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les premières souffrances de l'enfance et avant d'entrer directement dans la dernière phase de sa vie, qui sera sa préparation prochaine au Sacrifice, Jésus dût jouir paisiblement des charmes de sa vie cachée, en compagnie des deux créatures privilégiées qui formaient sa famille de la terre ? Maintenant qu'extérieurement îl a pris possession de Lui-même, qu'il grandit, que ses années s'épanouissent dans les joies et les clartés de la jeunesse, qu'il s'occupe à un travail favorable au développement de ses forces physiques et que son âme peut librement se livrer à des colloques intimes et prolongés avec Dieu, ne doit-Il pas être profondément heureux d'un bonheur qui atténue considérablement en Lui la peine et la souffrance ?

Penser ainsi serait méconnaître le caractère suréminent et essentiel de Victime en Jésus ; ce serait perdre de vue ce pour quoi II est venu ; ce serait ou'blier la Justice de Dieu qui ne désarme pas et les misères profondes de l'humanité qui réclame un Sauveur ; ce serait ne plus rien comprendre à ce Mystère de l'Incarnation du Verbe qui, dans sa double nature divine et humaine, réunit les oppositions les plus extrêmes qui puissent exister dans un Dieu fait créature.

N'oublions pas qu'en soi il n'y a pas compati-

bilité entre ce qui est et ce qui n'est pas, entre le principe unique de toutes choses et le néant, entre l'immensité et le fini, entre la toute-puissance et la dépendance, entre le bonheur parfait et la souffrance, entre l'éternité et le temps. Or, Jésus porte en Lui-même ces prodigieux contrastes, et, tout ineffable qu'est l'Union hypostatique qui Lui permet d'accomplir les décrets adorables de la Très Sainte Trinité, Il trouve dans ce Mystère même, par une volonté non moins formelle, l'occasion et le inotif d'humiliations et de souff'rances qui Le maintiennent constamment dans un état de Victime.

Dans le silence de la solitude comme dans la vie extérieure, dans le secret comme en public, dans la prière comme dans l'action, Jésus est Victime et II n'est que Victime. De même qu'il était Victime sous les charmes de l'enfance. Il reste Victime sous les traits agréables du jeune homme qui grandit et de l'homme fait qui se fortifie.

Dès lors, Jésus doit trouver partout des sujets de souff"rance. Il en rencontre dans la vie même qu'il mène sur la terre. Lui, le grand Dieu de l'univers ; Il en éprouve dans sa sujétion constante aux nécessités de la vie, dans le besoin qu'il a de s'alimenter et de se reposer, dans les sensations pénibles de la température, dans les

labeurs assidus auxquels II se condamne, dans les fatigues qu'il supporte, et dans les nombreux ennuis qui sont le partage de toute existence humaine.

S'il souffre. Il sait que la souffrance est le châtiment du péché ' ; s'il peine, Il se rappelle que le travail est une conséquence expiatrice de la désobéissance - ; s'il se soumet aux malaises quotidiens et à l'intempérie des saisons, c'est pour expier les innombrables sensualités des hommes^; s'il prie, c'est pour intercéder en faveur des pécheurs et leur épargner les souffrances éternelles^.

' « La peine infligée au genre humain par suite du péché, consiste dans la mort et les autres souffrances de la vie présente. » S. Thom., Contr. Gent., L. 4, c. 55.

-' « Dieu dit à Adam : Parce que vous avez mangé du fruit de l'arbre que je vous avais défendu de manger, la terre sera maudite à cause de ce que vous avez fait, et c'est à force de travail que vous en tirerez de quoi vous nourrir ; vous mangerez votre pain à la sueur de votre front. » Gen., m, 17, 19.

3 « Ainsi donc, puisque le Christ a souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de la même pensée ; car celui qui a souffert dans la chair en a fini avec le péché, afin de vivre, non plus selon les convoitises des hommes, mais selon la volonté de Dieu. » I Pierre, iv, 1, 2.

« Quoi de plus pur, s'écrie Saint Augustin (De Trin., L. 4, c. 1 4), pour purifier les vices de tous les mortels, que cette chair née dans le sein d'une Vierge sans la contagion de la concupiscence charnelle ! »

^ « Nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le Juste. C'est lui qui est une propitiation pour nos péchés. » I Jean, ii, 1, 2,

Il n'y a pas que les événements et les conditions naturelles de sa vie mortelle qui soient pour Jésus une occasion de souffrance, il y a aussi son contact habituel avec les hommes.

Il constate à tout instant combien la nature humaine a été viciée par le péché ; Il voit l'abîme de misères dans lequel l'humanité est tombée ; Il considère, dans les hommes, la malice des uns et la faiblesse des autres ; Il est témoin de l'aveuglement qui obscurcit les intelligences et de la corruption qui empoisonne les cœurs ; Il remarque chez le grand nombre la résistance à la grâce et chez tous l'irrésistible tendance au mal.

Il comprend que ce fond universel de misères et de péchés est non seulement la cause de la perte des âmes, mais encore la source de tous les malheurs des hommes entre eux, de leurs mauvais procédés et de leurs jalousies, de leurs inimitiés et de leurs haines, de leurs luttes et de leurs crimes.

Lui-même a plus d'une fois expérimenté ces tristes effets du péché dans ses rapports avec ceux qui L'entourent, dans les procédés malveillants des hommes à son égard, dans l'humiliation dont sa pauvreté est la cause, dans l'indifférence et le mépris que Lui attire son humble condition, dans l'inconvenance de paroles et de traitements de la part des gens grossiers avec

lesquels II traite, dans les exigences capricieuses et parfois la dureté insolente des maîtres pour lesquels II travaille.

Autant d'occasions pour Jésus Victime de s'offrir chaque fois à son Père, pour réparer ces fautes et expier les péchés de tous les hommes. C'est ainsi que son contact avec l'humanité, qu'il aimait pourtant jusqu'à s'être incarné pour elle, Lui devenait une perpétuelle souflrance que, loin de vouloir atténuer, Il faisait plus intense afin de la rendre plus méritoire.

Ce sujet de souffrance et d'immolation pendant le séjour à Nazareth n'a pas été toutefois le plus douloureux. Il existait, pour Jésus, un calvaire intérieur dont la croix était plantée dans son âme et sur laquelle II se tenait sans cesse attaché : c'était le calvaire de ses relations avec son divin Père.

Depuis qu'il s'était uni à l'humanité, le Verbe divin était partout accompagné de sa nature humaine, lorsqu'il traitait avec son Père. Il se présentait à lui comme le Rédempteur choisi de toute éternité pour satisfaire à la Justice divine et relever l'homme de sa chute. Il lui parlait, non plus comme Verbe incréé, mais comme Homme- Dieu chargé des péchés du monde, comme Victime offerte pour les expier tous,

Sa vie mortelle Lui avait été donnée pour accomplir cette œuvre de miséricorde infinie ; Jésus le rappelle sans cesse à son Père, et le Père ne voit en son Fils que la Victime destinée à être immolée. Leurs rapports mutuels reposent nécessairement sur ce fait. Jésus ne peut traiter avec Dieu son Père que comme un coupable qui a assuiné volontairement mais effectivement la responsabilité de subir le châtiment de la prévarication de l'humanité.

Pendant ces longues années II accumulera ainsi les supplications en faveur des pécheurs, Il s'offrira à payer leurs dettes, Il s'appliquera à fléchir la Justice inexorable de Dieu, Il représentera à son Père tout ce qu'il apporte d'amour pour le glorifier et toutes les souffrances qu'il met à sa disposition pour pardonner aux hommes qu'il veut à tout prix sauver.

Qui dira les ardeurs divines du Cœur de Jésus intercédant auprès de son Père pour le salut du monde ! Qui mesurera l'intensité de la douleur dans l'âme de la divine Victime qui se savait d'autant plus digne d'être exaucée qu'elle se présentait dans un état de plus parfaite iminolation !

De sorte que l'on peut dire en vérité, que toute la vie de Jésus à Nazareth a été une vie de souffrance et de sacrifice ; souffrance et sacrifice cachés aux yeux des hommes, mais parfaitement

en harmonie avec l'humiliation suprême de l'Incarnation et l'extrême immolation du Calvaire.

Jésus Victime trouvait, en outre, une non moins continuelle occasion de souffrance dans ses entretiens avec Marie et Joseph. Pendant ces années de solitude, que d'intimes cœur-àcœur entre ce Fils unique et sa Mère, entre cet Homme-Dieu et son père putatif! Que de choses du ciel Jésus avait à leur révéler! Et parmi tout ce dont 11 avait à cœur de les entretenir, aucun sujet ne L'attirait autant que les motifs de sa venue en ce monde, le choix qu'il avait fait de la souffrance pour expier le péché, et l'excès d'amour pour son Père et pour les hommes qui allait Le porter à donner sa vie et à mourir dans l'ignominie.

Marie s'habitua ainsi à voir dans son Fils bienaimé un doux Agneau voué au plus horrible des supplices, pendant que saint Joseph s'associait à l'excessive douleur qui remplissait le cœur de la Mère et celui du Fils. Admirable trinité dont l'amour était scellé dans la souflFrance et le sang !

Nazareth est vraiment un Calvaire où la Victime divine s'entretient avec le ciel et la terre de l'objet de ses plus ardentes inspirations : son immolation dans la mort.

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