III. — Notre amour pour Jésus Victime
Si Dieu le Père ne peut considérer son Verbe incarné sans L'aimer souverainement dans l'état de Victime qu'il a embrassé ; si Dieu le Fils aime si passionnément son caractère et sa mission de Victime qui Le font la glorification de Dieu et le Libérateur de l'humanité ; nous serait-il possible, à nous les misérables pour lesquels Jésus a souffert, les pécheurs qu'il a arrachés à l'enfer et rendus au ciel S de n'être pas à l'unisson de ces deux amours divins, et de ne pas éprouver pour l'adorable Victime qui a sauvé le monde des ardeurs et des tendresses qui correspondent à celles qui remplissent le cœur de Dieu pour son Fils et le cœur du Fils pour son Père ?
1 « Dieu qui est riche en miséricorde, à cause de l'amour extrême dont il nous a aimés, lorsque nous étions morts par nos fléchés, nous a rendu la vie dans le Christ (par la grâce duquel vous avez été sauvés). » Ephés., ii, 4, 5,
Comment oserions-nous mettre une limite à cet amour, lorsqu'il n'3' en a pas dans le don que Dieu nous a fait en nous livrant son Fils, ni dans l'extrême charité qui a poussé Jésus à se faire notre Victime ?
Notre amour doit aller jusqu'où est allé celui de Jésus. C'est avec son Cœur qu'il nous faut L'aimer ; sinon, il se trouverait en Lui des sentiments auxquels ne correspondraient pas les nôtres, il resterait des preuves de charité divine qui ne rencontreraient aucune réponse de notre part, il existerait des lacunes dans nos rapports d'affection avec Lui, il y aurait en nous des incompréhensions qui s'opposeraient douloureusement aux révélations que Jésus nous a faites de son amour.
Notre amour doit pénétrer dans les profondeurs du mystère des immolations de Jésus, pour atteindre chacune de ses humiliations et de ses souffrances, et pour Lui offrir, en retour, un amour qui ne connaisse pas plus de bornes que n'en ont connues ses abaisseinents et ses douleurs \
' « Il n'y a rien de plus puissant, dit Saint Thomas, pour provoquer notre amour envers Dieu que son Verbe, par qui tout a été fait, gui a pris notre nature pour la réparer, étant en même temps Dieu et homme. Parce que par là il nous est parfaitement démontré combien l'amour de Dieu pour l'homme
AMOUR DU A JÉSUS VICTIME SGg
Si nous voulions considérer Jésus autrement que comme Victime, nous ne connaîtrions pas Jésus dans sa réalité, le Jésus qui nous a été donné, le Jésus qui s'est livré et sacrifié ; notre amour porterait à faux et n'aurait pas le caractère de celui que Jésus a eu pour nous.
Ou nous sommes obligés de connaître et d'aimer Jésus en tant que Victime, ou nous devons nous condamner à L'ignorer et à ne pas L'aimer comme II veut être aimé K En cela nous ne sommes pas libres ; les immolations de Jésus nous tracent une ligne de conduite dont nous n'avons pas la faculté de nous écarter. Nous sommes forcés de Le considérer tel qu'il est, de savoir les motifs qui L'ont fait descendre du ciel, de Le suivre dans la voie qu'il a prise, de connaître les sentiments qui L'ont animé, d'assister aux phases diverses de sa vie, d'être témoin de la manière dont II a été traité, de
est grand, puisque, pour le sauver, il s'est fait homme luimême. » S. Thom., Op. 3, c. 5,
« Le Christ a pris la nature humaine pour réparer notre chute. Il a donc dû souffrir et faire toutes choses dans la nature humaine afin d'apporter par ce moyen un remède au péché. C'est pour cela que Jésus-Christ supporte le travail, la faim, la soif et les douleurs du corps ; qu'il endure la mort et qu'il choisit de toutes la plus ignominieuse, savoir, la mort de la croix. » Ibid., c. 7.
1 « Nous avons connu l'amour de Dieu en ce qu'il a donné sa vie pour nous. » I Jean, m, 16,
constater que son existence humaine a été un perpétuel holocauste, et de comprendre qu'il s'est volontairement offert à la mort.
Une seule chose peut expliquer un semblable mystère et nous donner l'intelligence d'une telle vie couronnée par un aussi cruel Sacrifice : l'amour *. L'amour de Jésus est un amour crucifié ; le nôtre ne peut être qu'un amour crucifiant^.
Jésus est la personnification de l'immolation, parce qu'il est la personnification de l'amour. II est amour et II est Victime ; son amour L'a fait Victime, son état de Victime est la satisfaction de son amour.
Pour Le comprendre, il nous faut Le voir souffrant et mourant ' ; pour L'aimer, il nous faut aimer ses souffrances ^ ; pour Le suivre, il nous faut vouloir souffrir ' ; pour nous attacher à Lui,
1 « Il m'a aimé et s'est livré lui-même pour moi. » Gal., 11, 20.
2 « Ceux qui sont au Christ ont crucifié leur chair avec ses convoitises. » Gal., v, 24.
3 « Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous connaîtrez ce que je suis. » Jean, viii, 28.
•* « L'amour consiste en ce que ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés le premier et qui a envoyé son Fils comme une propitiation pour nos péchés... Nous donc aimons Dieu, puisque Dieu nous a aimés le premier. » I Jean, iv, 10, 19.
^ « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à luimême, qu'il prenne sa croix et me suive. » Matth., xvi, 24.
il nous faut nous laisser clouer à sa croix et mourir avec Lui '.
Prétendre L'aimer sans souffrir, c'est vouloir être un disciple qui ne ressemblera jamais à son maître et qui, ayant suivi une voie différente de la sienne, ne pourra espérer arriver au même terme -. Comme elle serait triste la vie d'une âme qui ne cheminerait pas avec Jésus, à qui Jésus ne pourrait communiquer ses sentiments de Victime et qu'il devrait abandonner à ses aises et à ses satisfactions pendant que Lui souffre et s'immole ! Jésus resterait pour elle un Jésus voilé, un Jésus ignoré, un Jésus incompris, pour ne pas dire un Jésus méprisé.
Oh ! aimons le Jésus que nous possédons et non un Jésus imaginaire. Laissons son amour nous enflammer et ses souffrances nous crucifier. N'ayons pas peur de trop souffrir, puisque ce serait craindre de trop aimer. Cherchons à L'aimer sans mesure, et l'amour nous apprendra à nous crucifier ^.
1 « Avec le Christ /'a/' été cloué à la croix. » Gal., ii, 19,
2 « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n'est pas digne de moi. » JVIatth., x, 38.
3 « Il est évident, selon Saint Thomas, que quand nous souffrons des choses graves pour celui qui est l'objet de notre amour, l'amour, loin de diminuer, augmente. Il est écrit (Cant., VIII, 7) : « Les grandes eaux, c'est-à-dire les tribulations nombreuses, n'ont pu éteindre la charité ». Les saints aussi sont
Que la pensée de Jésus Victime nous devienne habituelle et fixe notre esprit dans la contemplation fréquente du grand mystère de la miséricorde divine !
Que l'amour de Jésus Victime s'incruste dans notre cœur et nous fasse embrasser avec joie toutes les souffrances qui nous cloueront à la croix avec Lui !
Que l'imitation de Jésus Victime soit la grande préoccupation de notre vie et nous aide à vivre d'amour et de sacrifice !
Que l'union à Jésus Victime demeure notre suprême consolation et nous enseigne la science de souffrir par amour et d'aimer par la souffrance !
Si nous aimons Jésus Victime, nous L'adorerons dans l'humilité de notre néant et nous nous soumettrons à Lui, comme Lui-même se soumettait à toutes les volontés de son divin Père.
Si nous aimons Jésus Victime, nous aurons pour Lui des sentiments profonds de reconnaissance, en voyant qu'il ne s'est fait Victime que pour nous sauver.
Si nous aimons Jésus Victime, nous n'oublie-
d'autant plus affermis dans l'amour de Dieu, que les adversités qu'ils supportent pour lui sont plus grandes. Les fidèles grandissent donc dans l'amour de leur Dieu, en raison de l'intensité des afflictions qu'ils souffrent. » S. Thom., Op. 4, c. 3.
rons pas qu'il est venu expier le péché, et nous pleurerons nos fautes avec Lui.
Si nous aimons Jésus Victime, nous viendrons nous jeter avec confiance dans ses bras, sachant que par son Sacrifice II nous a obtenu toutes les grâces de sainteté et de salut.
Si nous aimons Jésus Victime, nous voudrons Lui ressembler et approcher tout près de son Cœur pour y apprendre le secret de son amour et de ses immolations.
Si nous aimons Jésus Victime, nous Le suivrons dans la voie du sacrifice et nous aspirerons à devenir hosties et holocaustes avec Lui.
Quand Tamour nous aura attachés aux pas de notre divine Victime et nous aura fait gravir le Calvaire pour y expirer avec elle, alors nous serons les vrais heureux de la terre en attendant d'être les bienheureux du ciel *.
1 Pour nous comme pour Jésus, l'amour et la souffrance nous conduiront à la gloire. Jésus s'est proposé comme notre modèle, et il a dit de lui-même : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit toutes ces choses et entrât ainsi dans sa gloire ? » (Luc, xxiv, 26). De même, « il faut que nous entrions dans le royaume des deux par une foule de tribulations » (Act., xiv, 21).
Le Docteur angélique illumine cette consolante doctrine, avec sa clarté et sa précision habituelles. « La satisfaction du Christ a eu son effet, en tant que nous sommes incorporés à lui, comme les membres le sont à la tête. Or, les membres doivent être conformes à la tête. C'est pourquoi, comme le Christ a eu d'abord la grâce dans son âme avec la passibilité du corps et qu'//
Jésus Victime aura fait ici-bas des âmes victimes, qu'il se sera associées dans l'amour et la souffrance, pour leur faire ensuite partager sa gloire et son bonheur dans les ivresses de l'amour éternel.
est parvenu par sa passion à la gloire de l'immortalité ; de même, nous qui sommes ses membres, nous sommes délivrés par sa passion de toutes les peines que nous avons méritées, de manière cependant que nous recevons d'abord dans notre âme l'esprit d'adoption des enfants de Dieu par lequel nous avons droit à l'héritage de la gloire immortelle, tout en conservant notre corps passible et mortel ; puis, après que nous sommes devenus semblables à la passion et à la mort du Christ, nous arrivons à la gloire immortelle, d'après ces paroles de Saint Paul (RoM., vni, 17) : « Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ, pourvu toutefois que nous souffrions avec lui, afin d'être glorifiés avec lui. » S. Thom., III p., q. 49, a. 3, ad 3.
« Rendons grâces à Dieu le Père qui nous a fait passer dans le royaume du Fils de sa dilection. » Col. i, 12, i3.
A Jésus, Victime d'amour
O mon Jésus, éclatant de beauté,
admirable de sainteté,
mystérieux de sagesse et de bonté,
infini en tendresse et en charité ;
comme Vous Vous êtes étrangement abaissé !
Comme Vous Vous êtes cruellement immolé î
Comme Vous m'avez divinement aimé !
L'amour Vous a fait Vous incarner.
La miséricorde Vous a fait Vous sacrifier.
Une charité grande comme la Divinité
Vous a fait mourir et Vous immoler.
A mon tour, je veux Vous suivre et Vous imiter.
Vous êtes Victime, et je veux Vous ressembler.
Vous êtes amour, et je veux Vous aimer.
Vous êtes Victime d'amour,
et pour Vous je veux me consumer.
Puissé-je, ô mon doux Agneau,
Vous ofrir tous les jours de ma vie
un cœur dont l'amour ressemble au vôtre,
et Vous servir de croix
pour Vous immoler encore !
VÉRITÉ ET AMCDR
<s "Nous avons vu et nous atteslons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. Nous donc, aimons Dieu, puisque Dieu nous a aimés le premier. <>
I Jean, IV, 14, 19.
Jésus V^erbc incarne et Sauveur
du monde
objet de la pensée éternelle de Dieu
Objet de la pensée éternelle de Dieu, parce qu'en Dieu tout est présent — parce que Dieu est la raison unique et essentielle de toutes choses — parce que tout ce qui est créé existe d'abord de toute éternité dans la pensée divine — parce que tous les êtres tirent leur valeur et leur perfection de la connaissance éternelle que Dieu en a.
Objet de la pensée éternelle de Dieu prévoyant la chute de l'homme — voulant le réhabiliter — ne pouvant trouver dans l'humanité une répara-
tion digne de lui — sacrifiant la Personne du Verbe pour sauver le genre humain.
Objet de la pensée éternelle de Dieu, en tant que ce mystère est l'œuvre la plus parfaite de la Très Sainte Trinité — la manifestation la plus grande de la toute-puissance et de la bonté divines — la restauration complète de la création — la pleine glorification de Dieu dans l'humanité.
Objet de la pensée éternelle de Dieu voulant aimer l'homme malgré sa faute — poussant l'amour à des excès divins — se complaisant dans sa miséricorde infinie — obligeant l'humanité régénérée à Le servir et à L'aimer.
O Jésus, Verbe divin
humilié et anéanti dans votre humanité,
faitcs-mei comprendre la sublimité
des décrets éternels de la Très Sainte Trinité
Vous envoyant au monde pour le sauver.
Jésus, constitué Victime,
est voué à toutes les humiliations
et à toutes les souffrances
Victime par le fait seul de l'Incarnation — par le sacrifice extérieur de ses perfections divines —
VÉRITÉ ET AMOUR 38l
par son union avec une nature créée — par les abaissements de son état mortel — par le fardeau des péchés dont II s'est chargé.
Victime par les souffrances et les immolations auxquelles II est voué — par l'intensité et l'universalité de ses douleurs — par la puissance de souffrance dont II est doué — par le sacrifice de sa vie auquel II est condamné.
Victime dans tout son être — dans son corps et dans chacun de ses sens — dans son âme et dans chacune de ses facultés — Victime trouvant en elle-même des abîmes insondables de souffrance — Victime perpétuelle plongée dans l'humiliation et la souffrance.
Victime venue pour souffrir — désirant, voulant et recherchant la souffrance — mettant son bonheur à souffrir — voulant par des excès de souffrance réparer les crimes de l'humanité et glorifier son Père — soupirant après l'immolation suprême par l'effusion de son sang.
O Jésus, adorable Victime,
daignez ine révéler le sublime mystère
de vos humiliations et de vos souffrances.
Jésus est Victime parfaite dès son apparitioi> dans l'humanité
Victime parfaite par le sacrifice de sa Divinité — qu'il voile et rabaisse au niveau de l'humanité — qu'il condamne à disparaître sous des dehors empruntés — qu'il couvre des abaissements de sa condition de Victime immolée.
Victime parfaite par les humiliations et les sacrifices imposés à son humanité — qu'il dépouille de toute personnalité — qu'il immole à sa Divinité — dont II prend les infirmités — qu'il voue à toutes les expiations du péché.
Victime parfaite par sa dépendance totale et absolue des volontés de son divin Père — par sa soumission complète aux exigences de la Justice divine — par l'acceptation généreuse de tout ce comporte sa double condition de créature et de Victime.
Victime parfaite par les ardeurs divines avec lesquelles II embrasse la nature humaine qu'il est venu épouser — par toutes les perfections divines et humaines qu'il met à la disposition de son divin Père pour accomplir sa mission — par
la gloire que les abaissements de son Incarnation procurent à la Divinité — par les mérites infinis accumulés dès son entrée dans l'humanité.
O Jésus qui, dès votre conception,
avez été une Victime parfaite
et agréable à Dieu,
pénétre:-nioi de la science divine
de vos immolations.
Jésus vit ep Victime
Il vit en Victime à tous les instants de sa vie — à sa naissance où tout L'abaisse — dans sa vie cachée où II est pauvre et humilié — dans sa vie publique où II est méprisé et persécuté — toujours et partout, se considérant comme le grand coupable devant acquitter toutes les dettes de l'humanité.
Il vit en Victime par les humiliations et les souflFrances qui Lui viennent du dehors et qui sont l'effet de sa condition de créature — des événements terrestres — de l'aveuglement et de la malice des hommes — des volontés de son Père qui fait tout servir à ses desseins pour Le faire souffrir et L'immoler.
Il vit en Victime par les pensées qui L'obsèdent — ne voyant partout que la souffrance qui convient à son état de pécheur — se considérant sans cesse comme voué irrévocablement à l'immolation — ayant toujours devant les yeux la Passion qui L'attend et les horreurs du supplice qui Lui est réservé.
Il vit en Victime par le sentiment profond qu'il a de la nécessité de son Sacrifice — par les désirs d'immolation qui remplissent son âme — par les aspirations intimes qui Le pressent de souffrir toujours davantage — par les supplications touchantes avec lesquelles II appelle l'heure de son dernier Sacrifice.
O Jésus, qui n'avez vécu
que pour souffrir et Vous iininolcr,
ensci^ncz-moi les trésors cachés
dans votre état de Victime.
Jésus meurt et) Victime
Victime pour l'humanité dont II porte les péchés — dont II a assumé l'expiation — à la place de laquelle II est condamné au supplice et à la mort — Victime de la Justice éternelle qui ré-
clame une réparation divine et ne peut être apaisée que par l'effusion de son sang.
Victime par les appréhensions naturelles de la mort — par le genre de supplice auquel îl est condamné — par l'horreur des traitements qu'on Lui fait supporter — par les humiliations suprêmes qu'il subit — par la malice et la cruauté de ses bourreaux.
Victime par les souffrances physiques qu'il endure — par les souffrances morales qu'il éprouve
— par les angoisses d'âme qui Le torturent — par les tourments intérieurs qui L'assaillent — par l'intensité inouïe de la douleur qui L'étreint.
Victime par la vue de l'ingratitude des hommes
— par l'inutilité de ses souffrances et de sa mort pour un grand nombre — par l'abandon de ses Apôtres — par les douleurs atroces du crucifiement — par la vue de sa Mère au pied de la croix
— par ses heures d'agonie dans le délaissement de son divin Père.
O Jésus, Victime pour nos péchés,
qui avez voulu mourir dans un abîme
de douleur et d'ignominie,
attachez mon âme à votre Croix
et laissez-moi souffrir et mourir avec Vous.
Jésus, et) mourant,
met fii> à sa missioi> divine
et demeure l'unique Victime
11 met fin à sa mission divine par la glorification de son divin Père et le salut du monde — n'ayant aucune autre œuvre à accomplir — ne pouvant rien faire de plus — ne pouvant rien ajouter à la gloire de son Père — ayant pour toujours réhabilité l'humanité pécheresse.
11 met fin à sa mission divine qu'il ne pouvait accomplir autrement que par l'état de Victime qu'il a embrassé — que par les humiliations et les souffrances qu'il a endurées — que par le sacrifice suprême de sa vie dans l'effusion de son sang.
Victime unique d'un unique Sacrifice — Victime remplaçant pour toujours toutes les autres victimes et tous les sacrifices figuratifs — Victime, seule vraiment méritoire et possédant une efficacité divine — Victime, centre et expression parfaite de la religion de l'humanité.
Victime unique à laquelle rien ne peut être ajouté — qui ne pourra jamais être plus parfaite
ni plus agréable à Dieu — dont l'immolation satisfait pleinement le ciel et la terre — qui demeurera éternellement le salut des pécheurs et la joie des bienheureux.
O Jésus, qui êtes nelrc salut,
laissez-tnei puiser dans votre divin Sacrifice
les grâces, l'amour et la vie
dont il est la source cl la plcnituclc.
Jésus, Victime d'amour
Victime qui ne nous parle que d'amour — que la charité divine nous a donnée — que l'amour a immolée — dont le Sacrifice demeure dans le monde la source de tout amour et le centre de toute charité.
Victime tendrement aimée de Dieu le Père qui l'a tirée de son sein — qui la contemple avec amour dans son état humilié — qui attend d'elle la gloire que lui doit l'humanité — qui s'en sert miséricordieusement pour pardonner et purifier — qui l'immole pour en faire le Sauveur de l'humanité.
Victime d'amour qui contemple en elle-même
l'éternelle charité dont elle est le don ineffable
— qui embrasse avec ardeur l'état d'immolation qu'elle a librement choisi — qui s'attache à tout ce qui la crucifie — qui aspire à mourir pour obtenir par son Sacrifice le salut et la réhabilitation du monde.
Victime d'amour qui réclame notre amour — notre amour d'adoration et de reconnaissance
— notre amour de réparation et d'imitation — notre amour de renoncement et d'immolation — notre amour dans la fidélité à marcher à sa suite
— notre amour dans la générosité à son service
— notre amour dans les transports de nos ardeurs pour le Jésus qui nous a tant aimés et qui est mort pour nous prouver son amour.
O Jésus, mon adorable et tendre Victime,
Victime de l'amour de votre Père,
Victime de votre amour pour les pécheurs.
Victime de mon amour reconnaissant,
que je sois à jamais
le trophée de votre miséricorde
et la victime de votre amour !