I. — L'amour de Dieu le Père pour son Jrils Victime
C est par un mouvement d'éternel amour que Dieu le Père nous a donné son Fils bien-aimé '. Mais en nous Le donnant pour nous racheter -, il nous L'a livré comme Victime ^. Sa charité
' Dieu a tant aimé le monde qu'/V a donné son Fils unique. » Jean, m, 16.
2 « Nous, nous avons vu et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. » I Jean, iv, 14.
3 « Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à acquérir le salut par notre Seigneur Jésus-Christ, qui est mort pour nous. » I Thess., V, 9, 10.
AMOUR DU A JÉSUS VICTIME 36l
nous L'a abandonné, afin que nous ayons sur Lui tous les droits et que nous puissions Le charger de tous nos péchés comme s'il en était l'unique et universel responsable '. Il n'y a pas d'autre motif à l'Incarnation ; il n'y a pas d'autre fin à la Rédemption.
Tout le temps que le Verbe incarné demeurera dans l'humanité, Il y sera pour accomplir cette unique et divine mission. Dieu le Père ne pourra Le considérer autrement que comme Victime. Continuant de voir en Lui le Fils de ses éternelles complaisances, il Le contemplera néanmoins sous les dehors humiliés dont il L'a luimême couvert pour en faire notre Sauveur ; et l'amour infini qu'il Lui porte de toute éternité sera un amour qui pénétrera jusqu'aux derniers abaissements et aux suprêmes immolations de son état de Victime.
Par cela même que son Verbe s'est fait chair et s'est constitué vis-à-vis de lui dans un état d'infériorité et de dépendance. Il lui est devenu en quelque sorte plus cher, et il trouve dans ses humiliations mêmes un motif à de nouvelles tendresses ^
' « Le Christ a souffert pour nous. C'est fut qui a porté luimême nos péchés dans son corps sur le bois.» I Pierre, ii, 21, 24.
- Jésus lui-même nous fait connaître que c'est l'amour qui porte son Père à l'assister sans cesse dans la mission rédemp-
Il se plaît à voir en Lui le restaurateur de sa gloire et le Sauveur de l'humanité. Irrité contre l'humanité pécheresse, Dieu le Père prévoit que bientôt la vengeance tombera de ses mains ; et il bénit le Sauveur qui aura fait à sa Miséricorde un appel capable de désarmer sa Justice. Trompé dans ses espérances, dès l'origine, il sait qu'il va reconquérir la gloire que la désobéissance du premier homme lui avait un instant ravie ; et il contemple avec amour son Verbe dont les ardeurs infinies ne seront satisfaites qu'il n'ait obtenu sa glorification parfaite. Poussé par un sentiment de mystérieux amour pour les hommes, il a résolu de les sauver ; et il aime avec des tendresses ineffables ce Fils unique qui s'est fait Victime pour payer par des humiliations et des souffrances inouïes la dette complète de l'humanité *.
trice qu'il en a reçue. « Le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait. » Jean, v, 20.
« L'Apôtre, dit Saint Thomas, nomme le Christ le Fils de la dilection de Dieu (Col., i, i3), pour exprimer la surabondance infime de l'amour que Dieu a pour lui. » I p., q. 41, a. 2, ad 2.
* « Dieu aime le Christ, non seulement plus que tout le genre humain, mais encore plus que toutes les créatures qui sont sorties de ses mains. Il ne lui a rien fait perdre de son excellence en le livrant à la mort pour le salut du genre humain, et il lui a donné un nom au-dessus de tout nom. » (S. Thom., I p., q. 20, a. 4, ad 1). — Saint Paul nous en donne la raison : « Il s'est humilié lui-même, se faisant obéissant jusqu'à la mort, et la
Si un jour le Père est glorifié sur la terre comme au ciel, il le devra au Verbe incarné • ; si l'humanité reconquiert ses droits primitifs à la béatitude éternelle, ces droits lui seront rendus par les mérites du Rédempteur -. Mais pour glorifier comme pour sauver, pour exalter son divin Père comme pour obtenir le pardon de l'humanité, Jésus n'aura qu'un moyen, celui de se sacrifier et de s'immoler. Il est Victime, et c'est par ses immolations successives, couronnées par le sacrifice suprême de sa vie, qu'il accomplira l'œuvre sublime de la pacification du ciel et de la réhabilitation de l'humanité.
Cet état de Victime en Jésus contient pour Dieu le Père toute la charité infinie dont il aime son Verbe " et tout l'amour qu'il porte à l'humanité *. L'union hypostatique a fait du Verbe incarné un Dieu-Homme capable de souffrir et de mourir, un Dieu Victime que le Père aime infiniment à l'égal de l'amour qu'il se porte à lui-même.
mort de la croix. C'est pourquoi Dieu l'a exalté et lui a donné un nom au-dessus de tout nom. » (Phil., ii, 8, 9). ' « Je vous ai glorifié sur la terre. » Jean, xvii, 4.
2 « Nous avons l'assurance d'entrer dans le sanctuaire par le sang du Christ. » Hébr., x, 19.
3 « Voilà pourquoi le Père m'aime, parce que je donne ma vie. » Jean, x, 17.
■5 « Je suis en eux et vous en moi... Vous les avez aimés comme vous m'avez aimé. » Jean, xvii, 23.
Comprenons par là combien est sublime et divin ce caractère de Victime en Jésus, puisque Dieu le Père ne peut plus L'aimer qu'en Le contemplant et en L'aimant comme Victime. Adorons et aimons à notre tour.
I!. — L'amour de Jésus pour son état de Victime
En tant que Verbe incréé Jésus s'aime infiniment, parce qu'il aime en Lui le Père dont II est la substance. En tant que Verbe incarné îl s'aime non moins infiniment, puisqu'il ne cesse d'être vis-à-vis du Père ce qu'il est de toute éternité ; Il aime néanmoins quelque chose de plus, c'està-dire ce qui Le constitue Homme-Dieu.
Il aime en Lui l'Envoyé du Père, Il aime la mission qu'il en a reçue. Il aime les moyens mis à sa disposition pour l'accomplir.
Il aime les décrets éternels qui L'ont fait Sauveur, Il aime les volontés divines qui L'ont voué à la soufifrance et à l'humiliation, Il aime sa consécration de Victime qui Le condamne à la mort, Il aime son état d'immolation qui en fait une Hostie toujours offerte à la gloire de son Père pour le salut du monde '.
* « C'est moi qui pour l'amour de moi-même efface vos iniquités. » Is., XLIII, 25.
Il aime son corps destiné au sacrifice, Il aime le sang de ses veines qu'il va verser pour les pécheurs, Il aime son intelligence créée qui Lui montre sans cesse le Calvaire, Il aime son cœur de chair qui palpite d'amour à la pensée du Sacrifice, Il aime sa volonté humaine qui se nourrit du désir de s'immoler.
Il aime son âme qui vivifie la Victime et la conduit au supplice. Il en aime les tristesses mortelles qui l'accablent, les amertumes qui l'abreuvent, les anxiétés qui la tourmentent, les désolations qui l'envahissent, les abandons qui la torturent, les angoisses qui l'étreignent, les agonies qui la crucifient.
C'est son Père et les âmes que Jésus aime en Lui. Pour le glorifier et les sauver, il faut qu'il souffre et qu'il meure. La souffrance et la mort sont la condition essentielle de sa venue, la forme nécessaire de sa mission, la preuve indispensable de son amour. Il ne peut être l'Envoyé du Père que s'il accepte d'être sa Victime ; Il n'accomplira l'œuvre qui Lui a été confiée que s'il vit et meurt dans la souffrance ; Il n'aimera que dans la mesure où II se sacrifiera et s'immolera.
Vivre pour Jésus, c'est aimer ; et aimer, c'est souffrir. Son amour et sa souffrance se confondent pour Le faire vivre et Le faire mourir.
Il saisira au passage toutes les humiliations et toutes les souffrances, parce qu'elles conviennent à son état ; Il appellera sur Lui toutes les rigueurs de la Justice divine, parce qu'il s'est offert à les subir ; Il portera dans la douleur l'horrible fardeau des péchés du monde, parce qu'il est venu pour les expier ; Il ira audevant des opprobres, parce que c'est l'amère nourriture que réclame son amour ; Il prendra la croix et la tiendra embrassée toute sa vie, parce qu'il ne veut pour mourir que ce supplice d'ignominie et ce gibet d'amour K
Oh ! qu'il est magnanime ce divin condamné qui n'aspire qu'après son supplice ! Qu'il est aimant ce Fils de Dieu qui ne trouve pas d'abîmes assez profonds d'abaissement et de souffrance où II puisse descendre pour exalter et glorifier son Père ! Qu'il est tendre et miséricordieux ce doux Sauveur qui s'épuise dans des expiations dont chacune vaut le salut du monde ! Qu'il est ineffable ce Jésus Victime qui ne connaît d'autre voie que celle qui Le conduit au Calvaire, qui ne veut d'autre joie que celle de souffrir, qui n'ambitionne d'autre gloire que celle de s'im-
1 « Jésus a souffert la croix, méprisant l'ignominie. » Hébr.,