VII. — Jésus, la rè^lc inflexible des volontés humaines
Quand on a éclairé l'esprit et gagné le cœur, on n'a pas tout fait. Il y a dans l'homme une faculté supérieure qui couronne les autres et les détermine au bien ou au mal : c'est la volonté.
La volonté par elle-même est libre et du domaine absolu et exclusif de l'individu. Si elle
cessait de l'être, les actes qu'elle poserait ne seraient plus des actes humains et ne pourraient, par conséquent, lui être imputés. La condition essentielle pour que la volonté porte l'entière responsabilité de ses actes, c'est qu'elle s'exerce librement et qu'elle ait la conscience exacte de ce qu'elle fait.
Mais si la volonté ne doit être ni ignorante ni violentée, il ne s'ensuit pas qu'elle ne puisse être trompée et influencée. Elle est naturellement attirée par ce que lui montre l'esprit et lui suggère le cœur ; et si ces deux autres facultés l'influencent pour le bien ou pour le mal, la volonté incline à se laisser entraîner, quoiqu'elle garde toujours sa puissance de résistance et son indépendance intrinsèque.
C'est ainsi que les milieux, les personnes et les choses influent souvent sur la volonté, comme d'ailleurs le tempérament, le caractère, les habitudes, le genre de vie.
La première de toutes les influences plus ou moins actives qui mettent en branle la volonté, plus agissante que les autres et qui pèse d'un plus grand poids : c'est la conscience. La conscience rectifie non seulement les impressions des sens et les erreurs d'esprit ou de cœur, mais elle prédispose la volonté à la rectitude, elle l'avertit, la dirige, la stimule, la retient, l'approuve, la
désavoue au besoin et la ramène au devoir *.
Ce que fait la conscience à l'égard de la volonté, Jésus le fait à son tour à l'égard de la conscience. C'est Lui qui y met cette rectitude pour le bien, ce sentiment du devoir, cet instinct naturel du vrai et du beau, du bon et du juste, ces impressions de vertu, ces inquiétudes d'infidélité et ces tourments du remords.
Parla conscience, Jésus agit indirectement sur la volonté, comme II le fait d'ailleurs par les autres facultés de l'âme sur lesquelles II exerce son action sanctificatrice. Ses opérations divines sont toutes coordonnées pour favoriser l'exercice de la volonté d'après les règles inflexibles de la vérité, du devoir et de la morale chrétienne.
En donnant sa doctrine au monde, Jésus a imposé des devoirs sacrés qu'aucune créature ne
1 « On dit que la conscience est un témoin, un lien, un instigateur, un accusateur, un remords, un reproche, etc. Tous ces mots indiquent l'application que nous faisons de notre science ou de nos connaissances aux choses que nous taisons. En effet, cette application a lieu de trois manières : d'abord quand nous reconnaissons que nous avons fait ou omis quelque chose, d'après cette parole de l'Ecclésiaste : « \'otre conscience sait que vous avez souvent dit des malédictions contre les autres » ; dans ce cas, la conscience est un témoin. En second lieu, quand nous jugeons suivant notre conscience qu'une chose doit ou ne doit pas être faite ; alors la conscience est un lien ou une instigation. Enfin, quand nous jugeons qu'une chose qui a été faite est bonne ou mauvaise, c'est ainsi que la conscience excuse, accuse ou qu'elle a des remords. » S. Thom., I p., q. 79, a. i3.
peut transgresser inipunéinenl. Les volontés humaines ont été orientées plus fortement vers la pratique des obligations essentielles ou vers l'accomplissement de devoirs nouveaux ; un joug doux et suave leur a été imposé', non pour leur enlever leur liberté, mais pour l'éclairer et la diriger.
Chacun reste libre de se soumettre ou de désobéir ; néanmoins devant ses yeux se dressent les obligations sacrées imposées par le Sauveur des hommes et le divin Législateur. La conscience y lit sa règle de conduite et l'âme comprend qu'elle doit y conformer sa vie -'.
Chacune des paroles de Jésus est un enseignement et un précieux secours. Jésus a parlé avec autorité et II a prétendu exercer sur les volontés humaines ce prestige souverain de l'action divine qui n'enlève point à l'âme son mérite, mais qui l'attire doucement et impérieusement à l'accomplissement de tous ses devoirs dans la justice et la vérité, dans la pureté et l'amour.
Jésus est le seul qui ait jamais pu s'emparer ainsi des âmes et devenir la règle infaillible de leur conduite. Il est pour le monde une vérité
1 « Mon jouj{ est doux et inoii fardeau Icijcr. » Mattii., xi, jo. - « La loi lie l 'esprit Je vie en Jésus-Christ m'a délivré de la loi du péché et de la mort. » Rom., viii, 3.
suprême que l'on consulte sans cesse ', une lumière dont la clarté guide dans toutes les voies -, un point de ralliement où toutes les consciences se donnent rendez-vous '■'■, un code vivant de justice et de sainteté', une volonté souveraine dans laquelle se moulent toutes les volontés humaines pour marcher vers le terme final dans la paix et le bonheur".
A écouter Jésus, on ne peut se tromper; à Le suivre, on ne peut errer ; à croire en Lui, on ne peut dévier ; à espérer en Lui, on ne peut être déçu.
Sa volonté ne peut être mise en parallèle avec
' « Je suis la vérité. >> Jean, xiv, 6.
« Je suis né, dit Jésus à Pilate, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. » Jean, x^^II, Sy.
■^ « Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. » Jean,