‹ Jésus mieux connu et plus aimé dans son sacerdoceChapitre 27 sur 55 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

De Tamour à apporter dans l'étude de Jésus

« Que le Christ habite par la foi dans vos coeurs, afin qu'étant enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez connaître l'amour du Christ, qui surpasse toute connaissance, de sorte que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu. »

Eph.. 111, 17. 19.

Nous avons déjà acquis une grande science si nous avons compris l'importance capitale pour nous de la connaissance de Jésus ; cette science s'est divinement éclairée si nous l'avons entrevue dans la succession admirable des Mystères de Jésus; enfin, nous nous en sommes assuré l'acquisition en nous pénétrant davantage de la nécessité de poursuivre l'étude de Jésus et d'en faire l'occupation principale de notre vie.

Néanmoins cela ne suffit pas pour rendre abondamment fructueuse dans notre vie la connais-

sance sublime de Jésus. Tant que l'amour ne sera pas venu féconder notre étude, Jésus ne nous apparaîtra pas dans toute sa beauté et, dès lors, ne nous attirera pas à Lui comme II le désire et comme nous devons le vouloir nous-mêmes.

Toute science qui n'arrive pas jusqu'au cœur est une science incomplète ; elle orne l'esprit, mais ne détermine pas l'amour. Quand il s'agit de Jésus, c'est doublement vrai, parce que Jésus est charité et qu'il ne se révèle aux âmes que pour gagner leur amour*.

Il est donc souverainement important que nous étudiions Jésus avec notre cœur tout autant qu'avec notre tête. Chaque fois que nous avons de Jésus une connaissance nouvelle, notre cœur doit s'enflammer en proportion, afin de permettre à notre âme de s'unir plus intimement à l'objet de ses divines contemplations.

Considérons tous les moyens de rendre notre étude de Jésus une étude affectueuse, et n'en négligeons aucun.

* C'est ce qu'exprime le Docteur angélique : « Le Fils est le Verbe, non pas un Verbe quelconque, mais le Verbe qui produit l'amour. C'est la pensée de Saint Augustin, quand il dit {De Trin., lib. IX, cap. x) : « Le Verbe que nous nous efforçons de faire comprendre est une connaissance unie à l'amour. » — Le l'ils n'est donc pas envoyé dans le but de perfectionner l'intelligence de toutes les manières, mais dans le dessein de la préparer à produire des sentiments d'amour. » S. Thom., I p., q. 43, a. 5.

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doit infailliblement

nous conduire à sop amour

Jésus ne se révèle pas uniquement pour être admiré et adoré, l'admiration et l'adoration n'étant qu'une partie des devoirs que doivent Lui rendre les créatures. Jésus se révèle avec l'intention bien arrêtée d'agir dans notre cœur en même temps que dans notre esprit. Outre qu'il ne peut négliger en nous une faculté maîtresse comme celle du cœur, Il ne peut se contenter de donner de Lui-même une connaissance qui n'atteigne qu'une partie de notre âme, ni se priver de ce qui est le plus de nature à Le réjouir et à Le consoler : notre amour.

Jésus nous a faits à son image ; notre esprit est fait pour Le connaître, notre cœur pour L'aimer, notre volonté pour Le vouloir Lui seul. Pour Le vouloir, il faut L'aimer ; pour L'aimer, il faut Le connaître ; pour Le connaître, il faut L'étudier. De même que notre volonté est mue surtout par le cœur, et le cœur par l'esprit : de même toute connaissance de l'esprit doit déterminer un mouvement du cœur, et tout sentiment du cœur doit agir sur la volonté.

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On peut donc poser en principe que la science de Jésus ne consiste pas seulement dans les considérations qu'en fait l'esprit, mais encore et nécessairement dans les sentiments du cœur en rapport avec la connaissance qu'en possède l'esprit. Jésus ne serait vu, en quelque sorte, que par un côté de l'âme, s'il était simplement connu sans être aimé. La science vraie de Jésus est infailliblement une science de vérité et d'amour. Plus on Le connaît et plus on L'aime ; et plus on L'aime, plus on veut Le connaître pour L'aimer encore davantage '.

Il n'est pas exagéré d'affirmer qu'une connaissance de Jésus qui ne serait pas une connaissance à la fois intellectuelle et amoureuse, ne serait pas une véritable connaissance ; elle serait tellement superficielle qu'elle en serait illusoire, tellement incomplète qu'elle en perdrait sa valeur. Pour connaître Jésus vraiment, il faut Le connaître dans l'ensemble de ses perfections et de ses qualités ; Lui en nier une seule, c'est diminuer et affaiblir toutes les autres. Or, en Jésus, tout est si divinement aimable et adorable, qu'il est impossible à qui Le connaît de ne pas L'aimer, en Lui-même et dans chacune de ses perfections.

* « Et nous avons connu / 'amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour, et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu en lui. » 1 Jean, iv, i6.

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S'il en était autrement, ce serait signe que Jésus n'a pas été compris. Car de même que Dieu s'aime infiniment et nécessairement parce qu'il se connaît parfaitement, ainsi toute âme qui connaît Jésus ne peut pas ne pas L'aimera

Dès lors, notre étude de Jésus, pour être en harmonie avec l'objet divin de notre science, doit nécessairement être une étude toute d'amour. Nous devons nous tenir en garde contre toute opinion contraire, qui nous ferait croire que l'on peut fructueusement étudier et connaître Jésus en ne faisant travailler que son intelligence et en réservant pour plus tard la part que le cœur doit y prendre. Outre que, dans ce cas, c'est en-

1 Cela est d'autant plus exact qu'avec une connaissance moindre l'âme pyeut posséder un degré très élevé d'amour, l'amour en soi pouvant atteindre à une {perfection plus grande que la connaissance, selon ce que dit l'Ange de l'Ecole : « On requiert pour la perfection de la connaissance ce qu'on ne requiert pas pour la f)erfection de l'amour. La connaissance appartient à la raison..., et pour qu'elle soit parfaite il faut que l'homme connaisse en particulier tout ce qu'une chose renferme, ses parties, ses vertus et ses propriétés.

M Mais l'amour réside dans la puissance appétitive qui se rapporte à l'objet selon ce qu'il est en lui-même. Par conséquent, pour que l'amour soit parfait, il suffit qu'on aime les choses selon qu'on les perçoit en elles-mêmes. — C'est ce qui fait qu'on aime certains objets plus qu'on ne les connaît ; parce qu'on peut aimer parfaitement, quoiqu'on ne connaisse pas de même. On le voit surtout par les sciences, qu'on aime en raison de la connaissance vague qu'on en a.

M II faut raisonner de même de l'amour de Dieu. » S. Tuou., 1, II, q. 27, a. 2, ad 2.

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lever à son étude une grande et précieuse partie de son charme, c'est aussi la réduire à un simple travail de tête qui desséchera peu à peu le cœur que l'on aura immobilisé et qui, laissant l'intelligence à ses seuls moyens, l'exposera à bien des dangers. Il y a eu des hérétiques qui possédaient beaucoup de connaissances et des impies qui étaient de grands savants : ils n'ont pas aimé Celui qu'ils ont étudié, ils n'ont voulu se servir que de leur intelligence lorsqu'ils devaient aussi appeler leur cœur à leur secours, et ils ont fait naufrage ; ils n'ont pas compris Jésus, parce qu'ils ne L'ont pas vu dans le jour sous lequel 11 se voit Lui-même et, ne tenant point à Lui par le cœur, ils L'ont ou nié ou abandonné.

Combien d'âmes, dans des voies moins ténébreuses, s'illusionnent elles-mêmes sur la valeur de leur science morale ou spirituelle ! Elles ont feuilleté bien des livres, elles connaissent la plupart des auteurs qui ont écrit sur Jésus, ses Mystères, ses enseignements et ses œuvres, elles dissertent facilement sur toutes ces questions, elles prétendent parler avec autorité parce que leurs connaissances sont étendues et qu'elles ont toujours le mot juste pour donner une solution à toutes les objections ; mais, ayant négligé d'étu-

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dier avec leur cœur et de mettre de l'aniour dans leurs travaux intellectuels, elles possèdent froidement une science qui réclame de la chaleur et de saintes ardeurs, et c'est pourquoi leur cœur s'atrophie à mesure que leur esprit se développe. Avec de l'amour, elles auraient beaucoup moins étudié et acquis bien plus de science vraie et utile ; sans amour, elles se sont épuisées dans leurs travaux et n'ont pu pénétrer dans le Cœur de Jésus qui est le centre nécessaire de toute science comme de toute charité.

Combien d'autres, sur un théâtre plus restreint et plus personnel, ont circonscrit leur piété dans des dévotions accessoires ou dans une connaissance superficielle et insuffisante de Jésus. Elles ne se mettent pas en peine d'étudier leur divin Sauveur, et elles se contentent de notions vagues et parfois confuses qui leur mettent bien quelque chose dans la tête mais peu ou rien dans le cœur; elles regardent bien Jésus et s'approchent de Lui, mais elles ne Lui parlent pas parce qu'elles ne savent que Lui dire ; elles Lui rappellent bien des souvenirs qui Lui sont chers et qu'elles puisent dans les livres, mais jamais dans leur cœur, elles multiplient les prières qu'elles Lui adressent, mais avec des formules empruntées que leur amour n'a pas fécondées et qui souvent laissent

froids et le cœur qui les prononce et le Cœur de Celui à qui elles s'adressent.

C'est le cas d'un trop grand nombre d'âmes dévotes, qui accomplissent des actes répétés de religion, mais auxquelles l'amour ne révèle pas Jésus dans toute sa beauté et qui, à cause de cela, n'éprouvent point le besoin de L'étudier de plus près et ne sauront jamais se passionner pour Lui.

Combien aussi qui ne savent pas faire aimer Jésus en parlant de Lui ! Que d'enseignements parlés ou écrits qui ne trouvent presque aucun écho dans les âmes ! Combien d'admirateurs de la belle parole et combien peu d'imitateurs de Jésus ! Et cela, parce que trop souvent on se contente de parler à l'esprit sans s'adresser au cœur ; on orne son discours mais on ne le vivifie pas sufiisamment par l'esprit d'amour qui peut le rendre fructueux. S'il y a une chose triste à constater, c'est de voir discourir sur les mystères les plus élevés, rappeler les actes les plus touchants de la vie de Jésus, faire le tableau des nombreuses preuves d'amour qu'il nous a données et redire ses paroles les plus tendres, dans un langage dépourvu de sentiment et sans déterminer aucune émotion qui fasse vibrer les cœurs. Il serait si facile d'attirer les âmes à Jésus, si l'on

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savait leur en parler avec amour. Mais pour cela, il faut L'avoir étudié avec son cœur et avoir pris l'habitude de mettre de l'amour dans tous ses travaux et dans tous les actes de sa vie.

Une résolution s'impose, ferme, énergique, solennelle : c'est de ne désirer connaître Jésus qu'afin de Le mieux aimer, c'est d'apporter dans •nos lectures et nos méditations un soin particulier à réduire en affections nos considérations, c'est de nous livrer avec un zèle infatigable à l'étude amoureuse de Jésus.

II. — Notre étude de Jésus doit être à la fois spéculative et affective

De ce qui précède il suit naturellement que l'étude de Jésus, telle que nous devons la faire, ne peut être purement spéculative. Il faut donner à l'esprit sa large part, mais sans nier au cœur celle qui lui revient. D'ailleurs, tout en Jésus se prête admirablement à une étude affective qui rend notre connaissance plus profonde et plus sanctifiante.

Jésus n'a rien que de souverainement attrayant ; tout en Lui élève, repose, pacifie et réconforte. Il est une beauté toujours nouvelle. Il possède des charmes irrésistibles, Il parle un

langage céleste, Il purifie tout ce qu'il touche, Il calme toutes les douleurs, Il relève tous les courages, Il pacifie tous les cœurs. Il assure la victoire à tous les combattants et 11 est la récompense de tous les victorieux.

Il réunit en Lui toutes les amabilités comme toutes les perfections. Sa vie tout entière n'est qu'un tissu de bontés et de miséricordes. Soncœur est un foyer d'amour et de tendresse.

Il appelle tous les hommes après Lui ', mais II les aide à Le suivre^. 11 impose des fardeaux et demande des sacrifices^, mais 11 donne la grâce pour les porter \ 11 réclame le cœur de ses enfants \ mais II leur offre d'abord le sien '•. 11 nous montre le chemin du cieP, mais II se fait notre guide"*.

* « Venez à ma suite. « Matth., iv, 19.

2 « Je ne vous laisserai pas orphelins, /'e viendrai à vous, » Jean, xiv, 18.

3 « Prenez mon joug sur vous. » Matth., xi, 29.

^ « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et ployez sous le fardeau, et/e vous soulagerai. » Matth., xi, 28.

•^ « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, et de toute votre âme, et de tout votre esprit. Voilà le plus grand et le premier commandement. » Matth., xxn, 37, 38.

6 « Ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés le premier. » I Jean, iv, to.

' « Si quelqu'un veut venir après moi. qu'il se renonce, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. » Matth., xvi, 24.

8 « Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. » Jean, viii, 12.

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Il nous reproche nos fautes ', mais pour nous les pardonner-. Il se constitue notre divin modèle^, mais II rend la vertu si aimable qu'on s'immole soi-même pour Le mieux imiter^.

Cette étude pratique de Jésus, qui se fait dans la douceur de son divin service et dans la contemplation de ses divins attraits, est une étude toute de suavité et d'amour. Le cœur est épris de Jésus et il veut Le mieux connaître ; il ne se contente pas de Le considérer succinctement et d'en avoir une connaissance superficielle, mais il cherche à pénétrer dans l'intime de Jésus et à saisir ces pensées, ses sentiments et ses désirs ; il considère chacune de ses perfections et médite sur tous ses mystères, mais il le fait avec une sainte avidité et une filiale tendresse ; il cherche à pénétrer le sens de chacune des paroles de son Maître, à entrer dans toutes ses intentions, à s'inspirer du même esprit, à être animé des mêmes sentiments, à poursuivre le même but, à agir

1 « Celui qui me méprise, et ne reçoit pas mes paroles, a un juge ; la parole que j'ai dite le jugera au dernier jour. » Jean, XII, 48.

2 « Mon fils, tes péchés te sont remis, » Marc, ii, 5. — « Va en paix. » Luc, VII, 5o.

3 « Je vous ai donné l'exemple, afin que comme je vous ai fait, vous fassiez vous aussi. » Jean, \iii, i5.

* « Allons nous aussi pour que nous mourions avec lui. » Jean, xi, 16.

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avec la même perfection, à brûler des mêmes ardeurs et à se consumer de la jnême divine charité '.

Cette étude de Jésus, goûtée et sentie, ardemment désirée et amoureusement poursuivie, est la manière la plus sûre et la plus efficace d'arriver à une connaissance exacte et éclairée-. Elle devient un besoin du coeur, et tout ce que le cœur féconde est plus doux et pénètre davantage.

Il serait illogique que notre connaissance de Jésus ne soit pas une connaissance tout imprégnée d'amour, et que le cœur reste étranger à une science qui est celle de l'amour éternel de Dieu pour les hommes *.

1 " Je ne cesse de rendre grâces pour vous, je prie afin que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous communique l'esprit de sagesse et de révélation Ijour le connaître ; qu'il vous donne les yeux illuminés du cœur, afin que vous sachiez et l'espérance à laquelle vous êtes appelés, et les richesses et la gloire de l'héritage qu'il a préparé aux saints, et la grandeur suprême de son pouvoir sur nous qui croyons. » Epu., I, 16-19.

' Les paroles suivantes de Saint Augustin se présentent ici naturellement sous notre plume : « On n'aime point ce qu'on ignore ; mais quand on aime ce que l'on a commencé à connaître un peu, l'amour fait qu'on le connaît plus parfaitement. » S. Auc, Tract, xcvi. In Joan., n. 4.

'•* « Je fléchis les genoux devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ... pour qu'il vous donne, selon les richesses de sa gloire, d'être puissamment fortifiés par son Esprit dans l'homme intérieur. Je lui demande que le Christ habite par la foi dans vos cœurs et qu'enracinés et fondés dans la charité, vous puis-

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Etudions Jésus avec notre esprit et avec notre cœur. Aimons cette étude et les sacrifices qu'elle peut nous imposer. Multiplions nos actes d'amour avec nos actes de foi. Ne contemplons en Jésus aucune vérité, ne découvrons en Lui aucune perfection, n'admirons aucune beauté, ne méditons sur aucun mystère, ne faisons revivre aucun souvenir et n'entrevoyons aucune clarté de gloire et d'éternité, sans que notre cœur exulte et s'embrase d'amour pour Celui qui est la Sainteté par essence et qui sera notre éternelle béatitude.

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