SCÈNE IV
BOSITA. ^
Eh bien ! je ne vous en fais pas mon compliment, votre neveu est un... galopin !..
GÉLINET, à part.
On ne m’a jamais appelé ainsi, moi.
ROSITA
Gélinet, avez-vous un cœur?
GÉLINET.
Un tout neuf... qui n’a jamais servi.
ROSITA
Alors, prêtez- moi votre sein.
GÉLINET.
Versez, Madame.
ROSITA
Pauvres femmes que nous sommes!... Que nous sommes à plaindre quand nous donnons notre âme à un traître... à un vaurien !
GÉLINET, à part.
C’est une femme sentimentale... (Haut.) On va aux renseignements.
ROSITA
Comme pour les domestiques, n’est-ce pas?.. En ai-je seulement le temps... instantanément et malgré moi mon cœur se prend.
GÉLINET.
Comme la Seine dernièrement ; mais ça ne dure pas... la débâcle arrive tout de suite.
ROSITA
Et, pour tant d’amour, il change de garnison.
GÉLINET.
Quoi, Maxime se serait engagé?..
ROSITA
Air do madame Favart.
Pour moi. dans la cavalerie.
Il s'était un jour engagé;
Et le voilà qui se marie Sans me demander son congé!
Monsieur!., c’est une grave affaire...
Manquer à ses engagements !
C’est devenir un réfractaire!..
Je veux qu’il finisse son temps !
Plutôt que d’être un réfractaire,
Il vaut bien mieux finir son temps !
C’est logique.
GÉLINET.
ROSITA
Vous avez horreur, du scandale, vous, n’est-ce pas?
GÉLINET.
Autrefois...
ROSITA. '
Eh bien! il y en aura, si vous ne m’aidez pas à casser ce mariage... Je me connais... quand je rage, je ne me connais plus.
GÇLINET.
En avant, marchons !.. (a part.) Elle est superbe comme Junon !.. (Haut.) Vous tenez donc beaucoup à mon neveu?
Gomme une montre à sa chaîne... comme le lierre à son chêne... comme...
GÉLINET.
Mais, belle dame, si l’on vous offrait des consolations ?
ROSITA
Des consolations!., (a part.) Saurait-il que j’ai été cantinière!.. (Haut.) Que voulez-vous dire?
GÉLINET.
Je veux dire que s’il y a des neveux... il y a aussi des oncles qui...
ROSITA
Comprends pas ! '
GÉLINET, à part.
J’ai peur de dire des bêtises... (Haut.) On a un cœur, ou on n’en a pas.
ROSITA
Après ?
GÉLINET, à part.
C’est bien difficile... (Haut.) Eh! mon Dieu! qu’est-ce que la vie ? un jeu de dames !
ROSITA
Et, quand vous avez gagné la partie, vous prenez vos jambes à votre cou... bonsoir, la compagnie... C’est pourtant ça.
GÉLINET.
C’est souvent ça.
Votre société ne me déplaît pas.
GÉLINET.
Vrai ! . (a part.) Cassons les carreaux. (Haut.) Vous dites cela; et si je vous demandais quelque chose ?
ROSITA
Mais, dites...
GÉLINET.
La faveur d’un doux larcin, un baiser?..
ROSITA
Comment!..
GÉLINET.
Un doux larcin... un baiser?..
ROSITA
Un baiser!..