‹ Jeunes fleursChapitre 31 sur 56 · ENTRE DEUX AVERSES · texte numérisé non relu

ENTRE DEUX AVERSES

A Madame Alfred Vallette.

JLj\51: alors ! le Printemps fait de l'impressionisme ! Vieux éternel gamin 1 Jésus banalisé, Transe du cœur des vierges et de notre organisme, Prudhomme, démocrate, il te faut du l3^risme : Tu veux donc te refaire une virginité ? Va donc, eh raté !

Pillant nos complémentaires, Tu fais sourdre aux éventaires Des petites marchandes de fleurs De si merveilleuses horreurs, Que le bourgeois pris de coliques Croit voir les splendeurs hérétiques De Van Gogh et de Pissarro :

Et recommande avec terreur En passant devant vos boutiques, Petites marchandes de fleurs.

Sa belle âme à Notre-Seigneur, A Notre-Seigneur Bouguereau !

(Premier bourgeois : — Que d'eau, que d'eau !

Second bourgeois : — C'est trop de fleurs'.

Et la jeune personne : — O mon pauvre petit cœur !)

A lourdes brassées tu brandis les houx, Bons houx, lames de t(Me et de zinc vernissées Bons houx lancéolés tout hérissés de dards. Houx où tant de mille boules D'un saignant corail, Aprement vibrent I

Sur ce chantier vert sombre aux n^ordorures vives, Sur ce désastre d'ombres.

Tendrement répands-tu les idylles plaintives, Molle églogue des violettes, Vierges de Nice et de .Meudon, Avec pour assoupir les teintes

Leurs filleules de Parme aux pâleurs maladives Et dolemment éteintes,

O jeunes reines s'en allant de la poitrine !

Or sur ce sage et triste et paisible poème Viennent cataracter les ])rimeroles d'or. Et les molles ])rimeroles Se bousculent, s'entrechoquent

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S'entrechoquent, tournent, tintent :

Oh les filles, filles folles, Oh les belles filles Dont vibrent les corps.

Et tapageusement écrivent En corolles qui se cabrent Les grands airs de bravoure

Du jaune vainqueur !

Pour assagir les frivoles — Vole, vole, mon cœur^ vole ! — Tu fais intervenir les lilas, grandes sœurs Aux douceurs recueillies et comme maternelles : — O noble, bienveillante, ô pudique quiétude, Saveur jamais fade, Candeur jamais rude — Les lilas, lilas à peine, Les lilas triomphais d'un blanc tel que les lys, Et les lilas au blanc viride, O hiver !

Puis les touffes de narcisses, Neiges collerétées des diamants en paillettes

Du soufre.

De partout qui s'offrent,

Jaillissent !

Vous, mimoses, tremblotantes flammes d'or grêles, Egrenez les arpèges graves

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Qui bimbulent, qui s'égarent, Si savoureusement, savoureusement frêles!.. (Il n'est si joli mois d'avril Qui n'ait son chapeau de grésil.)

Et là-dessus, Printem})s délicieux

Tu verses à grands floLs de lumière glacée

L'or diaphane et somptueux De ton frileux soleil, spectre de Février, O fol Printemps, Printemps fallacieux !

— Mais nous n'y coupons plus dans ta mission d'artiste

Et pas même toi, Pour nous tu n'es, monsieur, ([u'un désastreux fumiste, Un tout pur bourgeois :

Lorsque couvrant d'orgueil l'art utilitariste

Et selon les vœux Des lapidaires de bouchons de carafes, Rayon à rayon tu vends aux photografes De ton soleil Tor pluvieux!

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ENCORE UNE GIBOULEE

A Madame Heniii Strentz.

L/ST-CE le rire, est-ce la larme, Printemps leste, prince joli ?

Printemps frêle, vainqueur ami, Ingénument fleuri de g'ràces cavalières, Quels Embarquements jjour Cythère

ïu fais, Aux quiosques des bouquetières :

Est-ce le rire, est-ce la larme ?

Aux quiosques des bouquetières Il passe, il voiète un reflet, Duquel de vous hélas, adorés vexillaires Du discret et de l'indiscret.

Héros en qui se meurt l'attrait De nos élégances dernières, Watteau, Fragonard ou Lancret (Est-ce le rire, est-ce la larme ?)

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TEUNES FLEURS

En des camps de verdures vagues Voici pour lors monter la garde (... — La garde î la garde !) Aux grands Houx porie-hallebarde ( — ... ardes, main 1 portez... ardes !

— ^Messieurs, le Roi.

— A^ive le Roi !)

Féroces houx, durs pomjjons rouges, Colichemardes, fers de pique !

( — Quoi, nous n'irons plus au bois?) Rassurons-nous : pas un ne bouge.

Et l'on se venge des eifrois Où nous jetèrent les moustaches De ces bravaches mirifiques En s'écriant : Ils sont en bois î

Aux idvUes que nos cœurs rêvent ( — .\.u bois nous irons encor ?) Ils font fragment du décor Qu'un ra3'on de soleil achève En féerie vert, pourpre et or ;

Près, ])lus près, proche le bord, La Pastorale Italienne

— Tutu, pan pan, hautbois et cor — Verlainienne et Panvilienne,

Et se démène et fait des mines :

— Quoi, au bois nous n'irons plus ? ■ Bergerettes Pompadour,

Nous irons au bois toujours !

Bergerettes Pompadour, Ménines, petites reines...

( — Et si tu rencontr' la Reine ?

— Je lui dirai mes amours !) Linons, moires et velours, Courtes traînes, vertugades, Ingénues qui font manières

Toutes fières trottinent Les violettes menues.

Pour lors en satin mauve et bleu, Et bouillonnes qui tout frissonnent, Chiffonnées Isabelles Les Violettes de Parme S'avancent qui nous égrènent (Est-ce le rire, est-ce la larme?) Les couplets de la Zerline, Et Rosine et le grand air,

Et la frêle cavatine

Du Pré-aux-Clercs :

Bons houx porte-hallebarde,

La Dame Blanche vous regarde :

— C'est la Jacinthe qui se farde,

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La Dame Blanche vous entend :

— C'est l'Azalée tout en neige, Ou le Lilas blanc...

Peu loin les Henri II, les hauts seig'neurs musqués,

Les Narcisses fluets, élégants et corrects. En pourpoint blanc et or, en fraise et collerette De perles rehaussées, Mignons et menins au sexe suspect...

( — Irons-nous au bois, fillettes ?) Et puis : xMais Apollon se cache pour tousser...

— Cymbales ! — Tout s'est éclipsé !

(Est-ce le rire, est-ce la larme ?)

Mais j'ai gardé les Pensées :

(( C'est pour que vous pensiez à moi. »

Aimez, c'est venir Mai le mois sacré des roses !

A MON FRÈRE AnDRÉ.

IMANCHE mariné dans dir protestantisme Comme dans sa saumure un hareng saur en daube ! Il me pleut des v^ersets de la Bible aux épaules : Oh, cela me transit soudain mon tout lyrisme!

Percé jusques au fond du cœur par le mufiisme De mes aqueux contemporains, et par la pluie Grise comme un Calvin détrempé dans la suie, J'immerge tout vif dans un acre maboulisme :

Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville, Du papier sale, une eau jaune comme une urine, Du vin poisseux, du vent avec des barbarismes, Des hoquets, du civisme, et des sergents de ville !

Notre faute si le soleil gaulois abjure : Aviner son printemps d'orgies électorales, Ses fastes, les meurtrir aux cacades murales, O Phébus qui s'enfuit en pleurant sous l'injure !

IIO JEUNES FLEURS

Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville, Mon cœur hurle à la lune, hélas et point de lune, Mon cœur tout gros d'amour : ô les urnes, les urnes, O les urnes d'amour dont nos grands cœurs sont pleins: ^lon cœur est plein de « caporal » !

D^iiiie Section de vote.

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