‹ Jeunes fleursChapitre 30 sur 56 · LE CONCILE DES CHATS · texte numérisé non relu

LE CONCILE DES CHATS

A Madame Adolphe AVillette.

\)\J sortent -ils, qui saura d'où?

Est-ce deux cents, est-ce dix mille ?

Combien sont-ils ? tous les matous î Sous la blême lune et tranquille Tous ils en sont, tous ils sont là Qui tiennent un grave concile, Le grand concile des chats 1

L'ombre se peuple de chats, O le sabbat adorable, On se miaule tout bas, Dc'.ns la nuit pàlote et claire.

Sous le (^iel vert qui scintille, P'ar les vergers^ sur les toits, Ils tiennent le grave concile, Le grand concile des chats.

Lune, Lune, sœur sereine, Chanoinesse des Immobiles, O leur dame souveraine, Aimant des filles nubiles, Reine des quatre semaines, Qui présides tout là-bas Au grave, tant grave concile, Au grand concile des chats,

Marraine Lune qui soûles La grave et fantasque foule De tes beaux matous chéris, Empérière des maboules. Chattes, chats, poètes, femmes, Tant que ronflent les maris, A nos péchés noctambules, De tout là-haut tu souris,

Lune, Lune, reine chérie !

Au C/i.i/-Xoi/\ A"//// de /.j Saint-Jean, 189:

JEUNES FLEURS ' QC)

PARAPLUIE ET CAOUTCHOU

(Invective au mois de Mars)

A Madame Lucien Schnegg.

Opongieux! spongieux! spong-ieuxî spongieux! Laquais marécageux du Printemps ! (Il t'habille

Des guenilles de Février, Printemps, ce beau bâtard mendiant des étés. Parasite discret et perfide, et qui cache

Ses grifFes d'or en souriant !) O mois boueux, piteux, hargneux, l'Hiver te crache,

Fils lâche et louche, et qui te caches Quand le soleil dissout les portes d'Orient !

Mois filandreux, mois le plus long de tous. Dont on ne sait ce que tu veux.

Entremetteur ! la vierge Neuve Année A la virginité si proche et si lointaine, A même sa couche de neiges Par ton maître faites boues, Tu la livres et la loues Au Roi Soleil cousu d'or des Etés i

lOO JEUNES FLEURS

Mois interlope et qui t'égouttes Sur mon cœur et dans mes souliers.

Mois qui triche, soudard famélique,

Mois visqueux, m ois aqueux, m ois boiteux, mois oblique, Tu nous désoles et me dégoûtes,

Spongieux, spongieux, spongieux, spongieux!

Vents de neiges, ciels de boue^ Ah c'que tu es bien fait pour ce sale Paris Dont je suis pourtant, dont je suis, Que j'exècre, dont je jouis^ Et que j'aime, oui que j'aime.

Ah que j'aime comme un fou !

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