‹ Jeunes fleursChapitre 38 sur 56 · A MA MÈRE · texte numérisé non relu

A MA MÈRE

A Lune dispersant ses blancheurs ingénues Mène par le ciel bleu le blond troupeau des nues ; Peu loin un violon languissament gémit, On ne sait où : c'est comme une fleur défaillante Qui, anonimement, rend son âme à la nuit Dans un parfum qui soit un chant, et se lamente, Et plane obscurément sous l'azur endormi. O tendresse partout ! subtile ardeur errante ! Un couple chat miaule exaspéré d'amour.

Un chien sentimental sans fin hurle à la Lune, En vain lui vouant son cœur de chien ; et tambour Assourdi, tout là-bas bruit l'affreux faubourg. Les heures d'un clocher s'égrènent une à une, Et je suce ma pipe avec docilité, Humant le bon pétun à la svelte clarté De la Lune assoupie ; et contre moi Denyse, Dans le fauteuil profond silencieuse assise,

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Nous rêvons qu'il serait bien doux auprès de toi,

Mère, de respirer la multiforme voix —

— Ainsi submergés dans la caresse indécise

Dont la Lune voluptueuse nous poursuit —

Respirer si mélancoliquement exquise,

La voix, la vaste voix muette de la nuit.

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