VERSAILLES
A MA SŒUR Hélène.
E soir est descendu sur les eaux et les marbres, Sur les arbres perclus est descendu le soir ; Massifs ors verts pétris en tombes colossales Que décharné la rousse rouille, arbres sans voix,
Verdure qu'on croirait devoir Ne reverdir jamais plus^
Bassins^ étangs, eau verte, eau noire A force d'être froide,
Canaux inertes, eau morte, ombres géométriques, Arbres, marbres, bassins perclus, O Versaille, ô bois, ô portiques !
Le soir est descendu vous tistre des linceuls Avec ses brumes irisées,
14^ JEUNFS FLEURS
L'amétiste et l'opale aux caresses filleules, Sur vous, aïeules^ Se sont posées ; Une brise gémit comme un cœur délaissé Sans éveiller même un écho.
Sans émouvoir même une feuille ;
Le soir est descendu figer les pièces d'eau, Les statues, les gazons, les terrasses plus seules, L'air se fait gris^ l'eau se fait noire, Les verts massifs sombrent sans bruit, Et le château tout plein de bruissante histoire, Se désagrège dans la nuit.
Je crois encore ouïr se plaindre La brise aux lents soupirs, Ikis, lointains et furtifs Tel un dernier sanglot de femme :
Ce n'est peut-être que mon cœur; L'omijre monte tout éteindre, Geste, reflet, lueur et bruit.
Elle emprisonne l'onde et l'heure :
La nuit est là, tout est fini.
Ombres d'André Chénier, de .Marie-Antoinette, O Versaille, ô bois, o portiques, Arbres perclus, mornes reliques.
Géométrie funèbre et majestés muettes,
jr.L-NI-S FLEURS 14-
O Versaille I ô mélancolie, Endormez-vous avec les fastes abolis,
Endormez- vous, endormez-moi, Douce blessure au cœur que jamais on n'oublie
Ouand on l'a sentie une fois !