IV DUO HÉROÏQUE
Ombre et Lumière.
r ILLE du Nord, salut !
— Es-tu ressuscitée ?
— Pouvais-je donc mourir ?
— Belle, comme elle est belle I Harmonieuse enfant, laisse-toi contempler ! Je le savais qu'elle viendrait, et moi vers elle J'appelais dans la nuit et criais : Où est-elle ? Hélas, je te cherchais, c'est toi qui m'as trouvée I
— Je t'ai trouvée sans voir, sans savoir iquandje danse, Quand je lève mes bras s'agite l'univers
Et se figure un mort qui sort de son tombeau : Les mondes à mon j)as se meuvent en cadence, Je vais sans savoir où, et mes deux bras ouverts Mon corps ingénument danse, et c'est toujours beau !
— Tais-toi, ne parle pas, laisse-toi contempler,
l62 JEUXrS FLKURS
Danse ! et sens le soleil amoureux de ta trace Qui t'enlace et te presse, et, ravi, l'air trembler î Harmonieuse enfant, ô ma mère, ô Déesse, Danse, ne parle-pas, laisse-toi contempler !
— Toi parle-moi, rêve tout haut, vierge endormie, Ta somnambule voix est ma raison : tu vois,
Kt je vais, et tu vois où je vais, grave amie.
Où, je ne sais, mais vers toi toujours : parle-moi î
— Je parle dans la nuit et médite et devine. Nul ne m'entend et rien de ma voix n'est perdu : A travers les cerveaux et.les cœurs je chemine Comme la goutte d'eau par la racine bue : Mais toi qui m'es impénétrable et me domine Insaisissable flamme en marche, cjui es-tu ?
-- Je suis la Vie, je suis l'Amour et la Beauté.
— Je suis le Rêve, la Pensée et sa musique,
Je suis l'Amour aussi, l'amour grave et mystique D'un intérieur feu purement sustenté.
— Je suis la Loi.
— Je suis kl (irace et le Salut.
— Celui, moi, qu'on concpiiert.
— lù moi celui qu'on donnr Kt qu'on reçoit aussi, qui ne \ ient de personne ; Aumônière de l'aumône imméritée, Je suis l'Amour divin (ju'on nonnne Charité.
— A tous je donne, moi, bien commun, la Lumière.
— Moi le Mystère^ ses voluptés, son elTroi, Son horreur et sa sainteté ; je suis la voix
Qui dans la nuit rêve tout haut.
— Et moi je danse Je danse et sous mon pied s'ordonne l'univers: Parle ! je vais danser !
— Enlace-moi, ma sœur, Ecoute-moi pendant que moi je te contemple, A nous deux qui faisons l'unique intercesseur A l'humain ébloui montrant le seuil du temple.