‹ Jeunes fleursChapitre 6 sur 56 · EDEN · texte numérisé non relu

EDEN

A Madame Félix Fénéon.

E Printemps m'a percé le cœur.

Mon cœur avec bonheur se meurt De sa frissonante blessure, Le Printemps m'a percé le cœur Et j'en expire de bonheur :

Voici l'heure...

Je deviens femme je sens bien, J'immerge au grand tout féminin, Univers, infinie femelle !

Je deviens femme, .je sens bien, O viols que j'attends, ô faims !..

Ah, c'est qu'aussi c'est trop de fleurs,

Trop d'exténuantes odeurs,

O fadeurs où se voir dissoudre !

C est trop de fleurs, c'est trop de fleurs,

Je sens s'y dissoudre mon cœur :

Voici l'heure !

IKL'NtS Ff.EURS

Mon cœur s'est envolé de moi ;

Dispersé dans l'air et les bois

Mon sang coule avec l'eau des sources ;

xMon cœur s'est envolé de moi,

Plus rien ne suis-je qu'une voix,

Plus rien ne suis-je qu'un parfum, Rien qu'un des mille effluves tins.

Haleine obscure de la terre, Plus rien ne suis-je qu'un parfum.

Il vibre^ insaisissable, et rien !

Voici l'heure :

Et bulle d'air je fuis et vogue en l'eau des sources ;

Sous un vert et or soir de vapeur d'or lavé

Je danse, buée d'eau qu'une l^rume balance,

Violette, au sommet des vieux soleils qui saignent

Je suis odeur encor, voyageuse en délire.

Dont se j)arfument du crépuscule les ailes ;

Je suis, qui plane, l'arc-en-ciel versicolore.

Ou frêle diamant d'eau dans la neige, ou l'ecunie

Sur la vague dansante et qu'allume la Lur.e.

Trrvi'; fi.^-urs

LA SYMPHONIE EN SI b DE SCHUMANN

A Madame Paul Fort.

E te vois, ô mon Robert, Je te vois à travers toi, Bel étudiant d'Heidelberg- ou de Bonn Tes flaves cheveux longs, Ta barbe blonde et molle, Et ta querelleuse toque, Et ton g-rand sabre plat !

La cathédrale tinte Et le grand sabre plat Brimbale et cliquetaille.

Et le vieux père Rhin Plus allègre se hâte :

C'est dimanche matin ;

Et tu vas allongeant tes long-ues jambes maii (Et le grand sabre plat Tressaute et cliquetaille

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JIUNKS FLl-lTR:

Tant tapageusenient sur le pave pointu 1) Vers ce chemin fameux où ta Gretchen à toi (Je vous vois ô mon Robert.

A'ous tous deux mon cœur vous voit !) Tout lentement, oh la rouée 1 s'amène Afin cjue tu Ui surprennes, La surprennes sûrement.

Et puis alors, et puis s'épuise la chanson : C'est la nôtre, c'est la tienne.

C'est la nôtre et c'est la mienne, (C'est la toujours, toujours même) Et le g'rand sabre plat en danse d'allégresse Et la blanche Gretchen à la messe s'envole : C'est dimanche qui sonne.

C'est dimanche matin.

Et })uis et })uis et j)uis tout seul on s'en revient Le long du fleuve Rhin Aux eaux bleuies qui roulent Des colères enfuies,

Et le grand sabre ])lat les pavés choque et luit '. On philosophiquement soliloque.

On doctoralement analvse Selon Hegel et Fichte et Kant La substance de son amotn*.

La substance, et l'accident :

JEUNES FLEURS j^

Sous sa propre profondeur On se pantèle ébloui !

Et puis on redescend du nuage bleu clair Pourvoir sa philosophie Elle aussi d'une substance :

La brasserie !

La saucisse et la bière et le schnaps et les pipes, Et le grand sabre toujours, Et les lieds qu'on soupire, Et les lieds qu'on vocifère, Et toujours le grand sabre Mène son train d'enfer!

Et les dissertements éthiques et esthétiques Font greloter les vitres, Et les chopes c[u'on entrechoque :

— Prostta Et puis et puis, Broum ! c'est qu'on roule sous les tables, Et la philosophie en est.

Et le bleu clair amour en est, Et le sabre, le saljre aussi, Tout ça roule.

Et s'écroule, Et se coule Dans la nuit \

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PLUS LOliN QUE LE TEMPS ET L'ESPACE

A Madame Auguste Kodin.

ES parfums, les couleurs et les sons se répondent :

Ainsi font à travers les mondes l.es âmes élues ;

Eclairs aux nues spirituelles,

Elles déflagrent, nous saluent,

Puis elles sombrent, pour renaître ; Comme de longs échos qui de loin se confondent Dans une ténébreuse et j)rofonde unité,

Et sont les humaines ondes

De l'universelle iTarté.

Plus loin que le temjis et r(\space

En la commune gémouie.

Sous le crcuTiement de sa nies

De l'immorielle })opulace

Se rejoint \otre heure, ô génies I

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Les aveugles : — Coïncidences !

Et ricanent. Nous voyons, nous, D'angéliq.ues correspondances L'obscur va-et-vient, entre vous Ennemis du peuple, purs fous ;

Et par l'un de vous en secret Que la même courbe ourdie Se doit un jour des temps a])rès Trouver par l'autre épanouie :

Car le prophète d'un coup d'aile Se multiplie en son reflet ; S'il se })rédit, c'est qu'il lui plaît D'alterner sa vie parallèle:

Sous tant de noms dont on le nomme Il n'est c[u'un Messie à la fois ; Il n'est qu'un homme entre les homaies, Le même sur la même croix :

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent,

Telles font^ fleurs inattendues, Comme de longs échos qui de loin se confondent, Les âmes élues.

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