CHAH LE S
Une femme sur laquelle vous pouvez compter 1
ROGER, -souriant.
C'est justement I Les femmes sur lesquelles nous comptons trop, ne comptent pas.
CHARLES
Entourez-la I Rendez-la enfin un peu heureuse. Il ne lui faut pas grand'ch«se et c'est bien son tourl
ROGER, avec un peu de tristesse.
Je ne peux pas.
CHARLES
Vous ne pouvez pas ?
ROGER
Non, mon vieux, je ne peux pasi... J'ai essayé liens, écoute! Autrefois il m'est arrivé bien souvent d'avoir un rendez-vous avec une autre. Hé bien ! je m'attardais, je ne pouvais pas m'en aller et je finissais par passer ma soirée dans cette pièce que j'aimais, auprès de ma femme que je préférais Et j'étais très heureux... Hé bien, à présent, à présent qu'on ne m'attend plus dehors, je ne peux plus rester ici. J'ai pris ma maison en horreur. Je m'y sens en prison ! H faut que je m'évade.
CHARLES
C'est gai !
ROGER
Et puis, je regarde ma femme : dans ses yeux ie devine la pensée qu'elle a ou que je lui prête ; je me dis qu'elle m'a, qu'elle m'a enfin... qu'elle a attendu cette heure! que cette heure est venue! Et alors je sens une rancune, une rancune idiote, injuste, mais formidable, m'envahir contre elle. Il me semble que
je vais la haïr. Et je m'en vais, je me sauve! Si tu savais les soirées sinistres que je passe. Ainsi ce soir... à propos tu ne veux pas dîner avec moi ?
CHARLES, sèchement.
Nonl
ROGER, résigné.
Bon!... Hé! bien, je la vois, ma soirée. Je m'en irai à la recherche d'une vieille amie ou d'un camarade à inviter. II est tard. Je ne trouverai personne. Et je dînerai probablement tout seul à une table de restaurant avec, entre les plat?, la conversation affectueuse et ironique d'un vieux maître d'hôtel qui me connaît depuis vingt ans!
GHABLES.
Un camarade !
ROGER, avec lassitude et découragement.
Zut!... zut!... zut!... (Un silence.) Oui, je vois bien, tu es en colère contre moi, tu ne me comprends pas!... Parbleu, tu ne peux pas me comprendre. Tu n'es pas un amant !
CHARLES, hors de lui.
Taisez-vous donc! C'est vous qui n'êtes pas un amant !
ROGER, suffoqué.
Par exemple I Qu'est-ce que je suis ?
Un monomane, un maniaque, un sympathinue maniaque. Vous avez passé votre vie -à collectionner des femmes, comme d'autres collectionnent des boutons de guêtres ou des boîtes d'allumettes. Vous n'avez écouté que votre instinct démesuré et maladif. Vous n'avez jamais cherché que votre joie, même dans celle que vous donniez à d'autres... Un homme