ACTE DEUXIÈME
ROGER
Maintenant, oui !
CHARLES
Vous étiez une loque.
MADAME GHAVRY.
En tout cas, aujourd'liui, vous avez une mine! (relit temps.) Vous n'irez nulle part cette année?
ROGER
Mon Dieu, non ! Nous n'irons nulle part. Nous resterons tout simpleu.ent ici, où nous vivons...
AXDRÉEj achevant.
Délicieusement !...
CHAVRY.
Dans l'isolement !
ROGER, se récriant.
Mais nous ne sommes jamais seuls. Et, la preuve, tenez, vous voilà I
MADAME GHAVRY.
Oh! nous, nous passons.
Et notre ami le docteur !
MADAME GHAVRY. .
Arrivé ce matin, repart ce soir,
ROGER
Laissez-le souffler! Et nos voisins Rivray... Ils ne repartent pas, eux, puisqu'ils passent ici toute l'année.
MADAME RIVRAY.
Malheureusement.
ROGER
Ne vous plaignez donc pas! (Petit temps.) Et puis.
voyez-vous, ce n'est qu'à Paris qu'on consacre la plus grande part de son temps aux indilïcTenls en négligeant ceux qu'on aime. Ici on leur revient tout naturellement, et (Très près d'Andrée.) comme on les préfère 1...
MADAME GHAVKY, à Andiêe.
Mais il est délicieux à la campagne, votre mari.
ANDRÉE, souriant.
N'est-ce pas?
MADAME GHAVRY, à Roger, en riant.
Pourtant, vous reviendrez?
ROGER
Le plus tard possible, soyez-en convaincue !
MADAME GHAVRY.
Mais c'est de la passion que vous avez pour la campagne !
ROGER
C'en est !
MADAME GHAVRY.
Vous qui ne pouviez pas la souffrir...
ROGER, indigné.
Par exemple !... Qui vous a dit ça?
GHAVRY.
Vous!., il n'y a p. s bien longtemps.
ROGER
Ah!.. Eh bien, j'ai cliangé, voilà" tout. Elle aussi, d'ailleurs! Oui, je trouve (|ue lu campagne a, celle année, un chunue, un... un je ne suis quoi...
M.\D.\MK OHaVUY. à Roger.
El VOUS :ive/, changé ainsi du jour au lendemain, sans raison ?...
ACTEDEUXIEME 7
A ce moment, entre Mauricette venant du jardin. Vêtue
simplement, mais avec fantaisie. Elle tient à la main
un panier rempli de fleurs qu'elle vient de cueillir.
Elle va le déposer sur la table.
Là!
RIVRAY.
Ah ! Voilà mademoiselle Mauricette qui nous re- Vient.
ROGER
Ah! ça! Où étiez-vous passée, vous?
MAURICETTE.
Au jardin. J'ai cueilli ces fleurs pour madame.
MADAME CHAVRY.
C'est très aimable. Merci, mademoiselle.
MAURICETTE.
Oh! attendez, madame! Je vais vous les arranger.
ROGER
Vous allez voir. Elle fait les bouquets avec un chic 1
CHAVRY.
Mademoiselle fait tout avec chic!
MAURICETTE.
Vous trouvez, monsieur ?
Mauricette s'assied à droite, devant un petit guéridon. Elle arrange ses fleurs. Roger et Chavrj, debout, la regardent avec intérêt.
ROGER, deirière elle.
Une rose!... là, tenez, moi je mettrais une rose.
CHAVRY.
Mademoiselle n'en a guère!...
ROGER, remuant les fljurs dans le panier.
C'est vrai ! Pourquoi^ diable, avez- vous cueilli si peu de roses?
MAURIGETTE.
C'est que les roses, elles ont l'air si bien sur le rosier. Ça m'ennuie de les déranger.
ROGER, déclamant avec emphase, plaisamment.
Laissons les roses aux rosiers et les enfants...
MADAME CHAVRY, à Ghavrj.
Mon ami. (Chavrj absorbé n'entend pas. Plus haut.) Geor*
ges !
CHAVRY, tressaillant.
Oh I pardon, chère amiel
MADAME CHAVRY.
Vous n'entendez plus! C'est passionnant à ce point de voir faire un bouquet?
ROGER
Quand Mauricette le fait, c'est très joli, n'est-ce pas?
CHARLES, qui est venu regarder, par dessus son épaule.
Oui.
ROGER, se retournant, surpris.
Tiens ! Ça t'intéresse aussi, toi?
CHARLES, tranquillement.
Vous voyez !
MAURICETTE, soudain posant ses fleurs.
Ah ! mon Dieu!
ANORÉB.
Qu'est-ce qu'il y a ?