ACTE DEUXIEME
ANDRÉE
Voyons, vous le savez bien. Je vous l'ai dit cent fois, ce dont je souffrais le plus autrefois, c'était de ne pas l'avoir. Eh bien, maintenant, je l'ai.
CHARLES, avec réserve.
En effet... vous l'avez...
ANDRÉE, avec une satisfaction profonde.
On ne peut pas l'avoir davantage. Le matin, l'après-midi, le soir, nous passons toutes nos journées ensemble. Ah I C'est tant de bonheur, de si boa bonheur, que je n'ose pas encore y croire ! (soupir de joie. Riant.) Hein, mes lamentations d'autrefois... comme je me désespérais... vous vous rappelez?
CHARLES
Je me rappelle.
ANDRÉE
Et dire pourtant que j'étais si près de mon bonheur d'aujourd'hui, qu'il fallait si peu de choses pour me le rendre... Mais oui !... Que la maison cessât de paraître triste, qu'il y rentrât un peu de gaieté, d'insouciance, de jeunesse, et j'étais bien sûre qu'il ne tarderait pas à y rentrer lui-même! Ça n'a pas manqué!.. Dés qu'il y a entendu du bruit, des rires, une voix fraîche...
CHARLES, pensif.
Mauricette !
ANDRÉE, gaîment.
Mais oui, Mauricette!.. on l'a vu revenir. Oh! ça n'a pas été tout seul, naturellement. Il continuait à sortir, machinalement, par habitude; mais, souvent, je voyais qu'il partait à regret et il rentrait avec empressement. Ça l'amusait de voir chez lui une jolie iigure nouvelle, de causer avec la petite, de lui faire
raconter ses histoires, de la taquiner. Et il a fini yjar passer avec nous des soirées entières, de bonnes soirées, où tout le monde était gai à cause de lui. C'est dans ces soirées-là que nous l'avons reconquis. Et si gentiment, je vous assure, si honnêtement! (Riant.) Il eu était honteux !.. Avouez maintenant, en nous voyant tous si heureux, que j'ai eu joliment raison de ne pas suivre les conseils de votre bon sens méfiant. Félicitez votre amie d'avoir été si bien inspirée, allons!..
CHARLES, doucement, avec réserve.
Je la félicite d'être heureuse.
ANDRÉE
Ce qui veut dire que vous ne m'approuve?; pas
encore. (Légère protestation de Charles.) Si, si ! Oh ! je
vous connais. Mais j'ai beau chercher la cause de votre réserve...
CHARLES
Eh bien, si vous tenez beaucoup à la connaître, ce que je ne comprends pas... ou du moins pas très bien... c'est qu'on accepte de n'être pas seul à faire le bonheur de l'être qu'on aime. Pardonnez-moi, je ne vous juge ni ne vous blâme. Je vous dis mes idées là-dessus.
ANDRÉE, avec une tristesse songeuse.
Je les ai eues. (Puis d'un ton changé.) Et peut-ètre me seraient-elles revenues. En tout cas, vous me verriez plus ombrageuse si la présence de Mauricçtte avait de quoi m'alarmer. Heureusement, j'ai de bonnes raisons d'être rassurée.
CHARLES, malgré lui, vivement.
Ah 1 Vraiment! Lesquelles?