‹ Jeunesse; comédie en trois actesChapitre 39 sur 99 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ANDRÉE, riant.

Mais cela ne vous regarde pasi Ma parole, il est indiscret comme une vieille femme.

CHARLES, i-iant aussi.

Oh! Je vous demande pardon.

ANDRÉE, avec laisser aller.

Eh bien, oui, Charles, j'ai des preuves, les meilleures, les plus convaincantes, celles qu'on ne sollicite pas, qu'on vous apporte spontanément. Et quand on les a, celles-là, voyez-vous, on n'en a plus besoin d'autres. Elles vous remplissent le cœur d'une divine certitude. Qu'importe comment il m'est revenu, puisque je l'ai, puisqu'il est redevenu pour moi tout ce que je rêvais, puisque... (Riant.) Ah! vraiment, ce Charles me fait dire des choses... Enfin, je ne crains rien de la présence de Mauricette, ni de personne, entendez-vous... de personne, parce que, à présent, je suis sûre que ce qui est refait entre nous, rien ne pourra plus le défaire.

CHARLES, avec élan, se levant.

Ah ! par exemple, voilà ce que je suis bien content de vous entendre dire !

ANDRÉE, surprise.

Vraiment, pourquoi?

CHARLES, un peu déconcerté d'abord.

Mais parce que... parce que... (se décidant.) parce que, s'il en est ainsi, je suis sûr qu'en faisant mon bonheur à moi, je ne mettrai pas un obstacle au vôtre.

ANDRÉE, de plus en plus surprise.

Quels rapports peuvent-ils avoir tous deux?

CHARLES, lentement.

Ils en auraient si Mauricette était indispensable au vôtrej comme elle l'est au mien.

ANDRÉE

Quoi?... Que voulez-vous dire? Vous aimez, vous... vous aimez Mauricette?

CHARLES, souriant.

Je crois que oui... Ouil... Ça m'a pris la première îfois que je l'ai vue chez vous, vous vous rappelez? 'J'ai éprouvé tout de suite quelque chose que je n'avais jamais eu, une... (cherchant ses mots.) une espèce d'intérêt attendri et amusé, un... étonnement devant ce petit être à part, perdu comme ça dans la vie, et si jeune, si gai, si brave... un besoin de la soutenir, de la protéger! Et puis après, dame! et puis après, à mesure que je la voyais davantage, son intelligence m'a plu, sa façon de penser, de parler... (Riant.) et surtout son petit visage, qui est très joli et très

rieur, ses yeux vifs, sa taille... (Regardant Andrée.) Ça

vous étonne?

ANDRÉE, sincère.

Ah! oui... Mauricette... Cette petite fillel.. C'est une enfant,

CHARLES

Oui, oui, c'est cela. Vous aussi, vous pensiez que je m'éprendrais d'une femme sérieuse, pondérée, pas très jolie... un peu ennuyeuse. (Geste d'Andrée.) Si, si, vous le pensiez. Eli bien, non, ce n'était pas mon idée. J'aime cette petite gosse-là, voilà! Et, depuis six semaines, j'ai découvert que j'étais seul. Je m'ennuie. Ça ne m'était jamais arrivé. .Mors, si elle veut, je l'épouserai bieii -- Qu'est-ce que vous on dites?

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