‹ Jeunesse; comédie en trois actesChapitre 43 sur 99 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

CHARLES, avec chagrin.

Ah! bien, alors... bienl

Petit silence.

MAURIGETTE, tinnidement.

On reste amis tout de même, dites?

CHARLES

Mais certainement, mademoiselle, certainement.

Nouveau silence.

MAURIGETTE, avec hésitation.

Est-ce que vous avez prévenu madame Dautran de votre...

Je n'avais aucune raison de lui cacher...

MAURIGETTE, agitée.

Et maintenant vous allez lui dire... Je ne le voudrais pas. (Charles relève la tête avec surprise. Vivement.)

Ecoutez, vous allez comprendre! Je me rends bien compte que c'est inespéré, pour une pauvre petite comme moi, ce que vous m'offrez là!... Aussi, quand on apprendra que c'est moi qui n'ai pas pu accepter, on va s'étonner, chercher des raisons, me tourmenter .. C'est ce que je voudrais éviter. Alors, si vous pouviez dire qu'au dernier moment vous m'avez trouvée trop grosse ou trop braque... c'est vrai, allez, que je suis braque... et que vous avez renonce... Voulez-vous?...

CHARLES, tristement.

Non, mademoiselle Mauricelte, je ne veux pas, je ne peux pas.

MAURIGETTE.

Pourquoi?... Pourquoi ne pcuvez-vous pas?

CHARLES, la regardant.

Pourquoi avez-vous peur de ce que madame Dautran pourra supposer? (peiit temps.) Tenez, tout à ilieure, ù cette même place, elle aussi me parlait de son bonheur, de son mari, de vous... et je n'ai rien, ou presque rien osé lui dire de ce que je pensais.

MAURIGETTE, avec un peu de trouble.

Et vous pensiez ?

CHARLES, avec hésitation.

Je pensais... je pensais qu'il n'était guère bon, peut-être, qu'un, homme comme Dautran vécût trop près et dans l'intimité constante d'un petit être tout neuf dans la vie, sensible, crédule, enthousiaste... oui, je pensais cela.

MAURIGETTE, saisie.

Ah!...

CHARLES, vivement.

Mais j'avais peut-être tort de le penser... Ditesmoi, mais là, franchement, que mes suppositions et mes défiances étaient absurdes! Et ce mensonge que vous me demandez, eh bien, je vais le faire, tenez,

avec joie! (Mauricette, troublée, va pour parler après un temps. Charles l'arrête doucement.) NOU, ne dites rien, ce

n'est plus la peine !

MAURIGETTE, s'efforçant de rire.

Mais si... mais si... Par exemple! Mon Dieu! Qu'allez-vous imaginer là!... M. Dautran qui ne s'occupe pas de moi, autrement que pour me taquiner... Quand il passe derrière moi, il me tire les cheveux. Gomment voudriez-vous qu'il prenne au sérieux une petite fille qui ne sait pas parler comme tout le monde, qui n'a pas de toilettes... (avcc admiration.) lui qui a été si gâté, qui a eu tant et tant de succès!...

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