‹ Jeunesse; comédie en trois actesChapitre 62 sur 99 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

d'agir, quelque chose de désagréable et même de blessant pour nous... Que son projet de nous enlever ainsi Mauricettedujourau lendemain est inacceptable, qu'il abuse de la situation, que tu le blâmes de toutes tes forces! En lui disant tout cela... doucement, bien entendu, plus doucement que moi... tu obtiendras ce que tu voudras I

ANDRÉE, avec fermeté.

Mais tout cela, Roger, je ne le pense pas...

ROGER

dominent I Tu ne le penses pas?

ANDRÉE

Non, je ne le pense pas.

ROGER

Et tu refuses d'intervenir... même d'essayer?

ANDRÉE

Ma démarche dans ces conditions serait inutile.

ROGER, violent.

Ainsi donc, tu es avec lui... contre moi!

ANDRÉE

Ce n'est pas être contre toi que de ne pas partager ta façon de voir.

ROGER

Pour te débarrasser de cette pauvie petite, tu la jettes dans les bras de n'importe qui! Ohl d'ailleurs, il n'y avait qu'à te voir tout à l'heure- quand celtî femme l'insultait. Ton altitude était extraordinaire 1

ANDRÉE, d'une voix un peu tremblante.

Moins, certes, que ne l'est la tienne à présent

ROGER, après, un temps se dominant.

Tuas raison... On s'emballe, on s'emballe... il n'y

a pas de quoi... (Un temps.) Ce mariage, mon Dieu, après tout.,, ce mariage... je n'en suis pas si ennemi que j"en ai l'air. Et, s'il te tient tnnt au cœur, s'il doit faire réellement le bonheur de Mauricette... (Avec effort.) eh bien, on le fera... là, tu entends! on le fera. Tu vois que nous sommes d'accord !... Seulement, ne brusquons pas inutilement des choses graves... Qu'on nous laisse le temps de regarder un peu autour de nous... et, à moi, celui de m'habituer à une séparation qui, si on me l'imposait ainsi brutalement, me

ferait beaucoup de chagrin... (Mouvement d'Andrée. Avec

franchise.) Mais OUI, uu très gros chagrin! Je ne m'en cache pas... C'est vrai, je me suis attaché et habitué à cette petite, habitué à l'entendre rire et gaminer autour de nous, à la voir courir le long de ces pelouses... Quelle folie, voyons, Andrée, d'être jalouse! Est-ce que nous avons jamais été plus heureux, ni plus unis que nous ne le sommes depuis que Mauricette est ici? Jamais, reconnais-le!...

ANDRÉE, sourire forcé.

Je le reconnais avec joie. Nous ne le serons pas moins, j'espère, quand Mauricette sera partie.

ROGER, d'une voix caressante.

Non, sans doute ! Je sais à présent où est mon bonheur : près de toi. Je suis tout à toi. Il n'y a rien de plus naturel et je ne songe pas à m'en vanter. Mais, dans ces conditions, tu serais impardonnable de garder une arrière-pensée, de ne pas me prêter franchement toute ton assistance... Qu'est-ce que je demande d'ailleurs? Pas grand'chosel Que Mauricette reste ici encore quelque temps... (Petite pause ) le

temps que tu voudras... (Nouvelle pause. Humblement.)

un peu do temps... Ahl cela, tu sais bien que c'est

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