ACTE DEUXIEME 1U
m'a prise dans ses bras, elle m'a embrassée. Elle m'a parlé très doucement, très tendrement.
ROGER
Oh! sans doute, elle n'est pas méchante. Seulement, elle a un peu perdu la tète, c'est évident. Elle va réfléchir, se calmer. Je suis sûr qu'en m'y i^renant bien, adroitement, j'arrangerai tout... Oui^ oui, tout peut s'arranger...
MAURIGEÏTE.
Non, c'est impossible, c'est impossible... Je vous dis qu'il faut que je parte !
ROGER
Alors, qu'est-ce que vous me cachez encore?
MAURIGETTE, désespôrément.
Oh I c'est affreux de me tourmenter ainsi... Vous êtes là, à me presser, à vous acharner... Mais je ne suis qu'une pauvre petite femme moi I... Et déjà j'ai tant de chagrin, tant de chagrin!..
Ello éclate en sanglots.
ROGER, avec pitié et tendresse.
Ma pauvre petite! (Machinalement, sans intention ot presque sans 7 penser, il l'a prise dans ses bras. Mauricette, continue à pleurer. Au bout d'un instant, elle'reprend conscience et veut s'écarter. Mais il la retient doucement, presque paternellement.) Nou, non, pleurez, ma petite... Moi aussi, allez, j'ai du chagrin, un gros chagrin... Mais qu'est-ce qu'on veut que je devienne, moi, quand vous ne serez plus là, quand je ne vous verrai plus, quand je n'entendrai plus vos petits pas... votre voix, vos rires... qur.nd je vous chercherai partout autour de moi par habitude et que... et que...
MA.URICETTE.
Taisez-vous .. taisez-vous!
ROGER, achevant péniblement.
Et que je ne vous trouverai pas. La maison sera vide. Nous ne nous promènerons plus ensemble l'un près de l'autre dans la gaîté du matin... Mon Dieu, tout ces petits bonheurs qui remplissaient ma vie et lui donnaient du prix, qui avaient fait de moi un autre homme, est-ce qu'on va vraiment m'arra-
Cher tout cela !... (Avec une sorte de révolte.) Mais je
ne savais pas, moi... je ne me doutais pas que vous aviez pris une telle place dans ma vie tt dans mon cœur... C'est entré en moi peu à peu... On se laisse aller à être heureux, comme ça, sans se demander, sans savoir pourquoi... Et voilà qu'aujourd'hui seulement où tout se casse, je comprends ce que je ne voulais pas comprendre... je regarde ce que je n'osais pas regaider... Oui, je comprends, je comprends I Cet enchantement continuel, cette joie de vivre en trouvant toutes les heures plus belles, cette ardeur, mon cœur plein, ma jeunesse retrouvée, tout cela, c'était vous!... C'était vous !... Vous partie, qu'est-ce que je deviendrai * (Avec un élan passionné.) Mais quand même et quoi qu'il arrive désormais, Mauricelte, il faut que je vous remercie, avec une reconnaissance infinie. Vous avez embelli ces jours qui onl passé d'une beauté que je ne connaissais pas. Vous avez mis dans l'âme d'un vieil homme des joies d'adolescent, car nos derniers bonheurs sont timides et tremblants, je le vois bien, comme nos premiers. Vous avez réveillé en moi quelque chose qui dormait depuis l'enfance, un cœur bon, simple, gai et fort pour vous aimer!... Et s'il faut que bientôt il cesse de battre, ah ! du moins, croyez-moi, il aura bien battu pour vous 1 *