‹ Jeunesse; comédie en trois actesChapitre 71 sur 99 · ACTE DliUXILiMS J · texte numérisé non relu

ACTE DliUXILiMS J

ANDUÉE.

Moi!

ROGER, avec force.

, Toi, oui, toiî... Qui donc a faii entrer Mauricette ici? Qui, par une imprudence folle, a voulu la mettre entre nous?... Qui, enfin, nous a exposés consciemment ou inconsciemment, par sa volonté ou par sa faiblesse, à ce qui arrive?

ANDRÉE, avec désespoir.

Eh bien, soit, je ne me défends pas. Oui, c'est peut-être moi qui ai préparé, mérité mon malheur*. (a Mauricette). Quelles pensées, quel espoir j'avais dans la tète le jour où je vous ai tendu les bras, Mauricette, je jure que je ne le sais [dus. La vie va si vite, si vite!... On dirait qu'elle s'empare quelqr.efois de vos intentions les plus fuitives, les plus vagues, et qu'à peine conçues elle vous les arraclie pour les réaliser sans vous, milgré vous, contre vous* Mais, quoi qr.e j'aie fait, il a raison, je n'ai pas assez pensé à vous, ma pauvre petite, pas assez craint pour vous. Vous voyez, je ne vous accuse plus, c'est moi qui m'accuse et qui vous demande pardon...

Elle lui prend les mains.

MAURICETTE, se défendant.

Oh ! madame !

Oui, je vous demande pardon humblement, pardon du danger et de la douleur à In quelle je vous ai exposée, par égoïsme, par désir éperdu d'être heureuse... Mais, voyez-vous, Mauricette, c'est quejo l'avais été si peu*. Vous, Mauricette, vous êtes jeune, tout un avenir est là pour vous consoler... tandis que moi, je n'ai rien que ce long, grand, fidèle

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amour, qui a été celui de toute ma vie, qui m'a donné mes seules joies et mes seules douleurs. C'est Jui qui m'a faite comme me voilà, faible, làche^ vacillante, aveugle parfois, prête aux compromissions, indifférente à tout ce qui n'est pas lui.... (rviontrant Eoger.) Pour l'avoir, pour l'avoir beaucoup et pour l'avoir un peu, pour le garder près de moi, même indifférent, même ennemi, j'ai tout fait, je me suis prêtée à tout, j'ai tout souffert... Et, tout à l'heure encore, je le croyais plus à moi que jamais il n'avait été! (Fiévreusement.) *Alors, dites, dites, VOUS comprenez que s'il m'arrivait quelque chose de plus affreux que tout ce que j'ai prévu, je ne le supporterai pas et que, de le perdre, ce serait ma mort, dites, dites I...

MAURIGETTE, avec chaleur.

Ohl madame, ne craignez rien. Je sais ce que je vous dois...

ANDRÉE, fiévreusement, dune voix saccadée, sans savoir ce qu'elle dit.

Oui, oui!

MAURIGETTE.

Tout à l'heure, je serai partie. Et personne ici n'entendra plus jamais parler de moi, je vous le jure.

Il est trop tard.

MAURIGETTE, à Andrée.

Je m'en irai loin, loin!...

ROGER, hors de lui.

Je vous suivrai I

CHARLES, qui est entré depuis un instant, intervenant brusquement.

Vous êtes foui

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