‹ Jeunesse; comédie en trois actesChapitre 70 sur 99 · ACTE [)EUXIÈME ItJ · texte numérisé non relu

ACTE [)EUXIÈME ItJ

ROGICB, d'une voix très émue.

Mais nous ne vous laisserons pus partir ainsi sans savoir...

MAURIGETTE, vivement et courageusement.

Oh! il n'y a pas à s'inquiéter de moi. A Paris, je ne manque pas d'amis pour me recevoir.

ROGER

Andrée?... Tu entends?... Et tu ne dis rien?... Andrée!...

ANDRÉK, brusquement, avec éclat.

Eh bien, non, non !... Je ne jouerai pas le rôle que vous m'avez préparé dans cette comédie! Je ne serai pas votre dupe. Je ne la serai pas!... Je ne crois pas au hasard qui fait rencontrer, quanJ on se sauve, juste la seule personne qu'on doive éviter...

MAURIGETTE.

Madame!

Andrée!

ROGER

ANDRÉE

Que vous disiez-vous donc là, de si près et si émus tous deux, quand je suis entrée!... (saisissant par la

hras Mauricette qui baisse la tête.) Ah! ne détournez pas

la tête, osez donc me dire que vous n'avez rien laissé Voir de vos sentiments, que vous l'avez tenue, cette parole que vous m'avez donnée de vous-même dans les larmes, cette parole à laquelle j'ai eu la naïveté

et la folie de croire! (.Mauricette fait un geste de désespoir

<3t d'aveu.) Et je VOUS Serrais dans mes bras! Et j'avais foi en vous! Et déjà vous pensiez à me trahir!...

ROGER, brusquement.

Tais-toi I Tu n'as pas le droit d'accabler cette en-,

fant. J'atteste, moi, sa sincérité proTonde et qu'elle a tout fait pour le tenir, ce serment imposé, arraché par toi. Prends-t-en plutôt à Charles et à toi, à vous deux qui, par vos violences maladroites et inutiles, nous avez poussés inévitablement à cette crise, à cet aveu qui nous a réuni malgré nous I

ANDRÉE, frappée.

Ainsi, tu avoues à présent, tu avoues I . . . Tu avoues que tu l'aimes! Ah! comme tu t'es joué de moi, comme tu m'as menti!

ROGER

Moi! je t'ai menti! Quand t'ai-je menti?

ANDRÉE, avec douleur et colère.

Ah! hypocrite! Tu sais bien que les pires mensonges, ceux qui vous blessent, vous humilient et vous révoltent le plus, ce ne sont pas ceux des mots, mais du silence qui vous berce, de l'attitude qui vous trompe, du geste qui vous rassure (pius haut et pour lui. seul.) du baiser, enfin, qui vous grise et endort vos défiances. Et ceux-là, tu me les as tous faits, tous! Tu m'as permis de te croire à moi, de tout ton être et c'est à elle que tu étais! Ah! menteur l menteur! menteur!

ROGER, violemment, avec sincérité.

Mais non, mille fois non, je ne t'ai pas menti I Je ne t*ai menti à aucun moment, entends-tu, à aucun! Je vivais dans la joie et dans la bonté. Je te rendais heureuse parce que j'étais heureux ! C'est toi qui la première m'as forcé à voir un sentiment que j'ignorais en moi. Et tu n'as pas le droit de me le reprocher à celte heure, car c'est toi qui l'as fait naître. ;

Page 1