‹ Jeunesse; comédie en trois actesChapitre 89 sur 99 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

CHARLES, MAURIGETTE.

CHARLES, d'un ton naturel.

Tiens! vous ne vous êtes pas habilUe?

Non ! (Elle hésite un instant,, puis se décidant et très franchement.) Charles !...

CHARLES, qui remuait des livres, relevant la tête.

Maurioette?

MAURIGETTE.

Vous aviez raison tout à l'iieure. Quand vous êtes entré, j'étais troublée, très troublée... Je venais de recevoir une lettre... une lettre... une lettre que je n'avais pas encore ouverte, que je tenais dans ma main... Mon intention était alors de la déchirer, cette lettre, sans la lire. Depuis, je... je l'ai lue... Si vous désirez voir cette lettre qui m'est adressée, par M. Dautran, comme je vous ai promis de n'avoir pas de secrets pour vous, la voici...

Elle lui montre la lettre, mais sans la lui donner. CHARLES, doucement, sans rien manifester. Voulez-vous me la donner? (Elle la lui donne avec un certain etfort visible.) Merci... (II la parcourt lentement. Aa

milieu.) Celte lettre ne vous est pas arrivée par la

poste, hein? .. (Maurioette ne répond pas.) Qui VOUS l'a

remise ?

MAURIGETTE.

C'est Françoise. (Mouvement de Charles.) Elle ne l'a

fii JEUNESSE

pas fait à mauvaise intention. Elle ne mérite aucun reproche. Et je vous demande instamment de ne pas lui en faire.

CHARLES

Quoique je ne juge pas tout à fait comme vous, je ne dirai rien à Françoise, c'est entendu. Vous permettez que je termine, (il reprend attentivement la lecture de sa lettre, puis la repose sur la table en la froissant.) *V0US

tenez loyalement vos promesses, Mauricette, je n'en ai jamais douté. Je trouverais injurieux pour vous de vous en féliciter. Mais je me rends bien compte qu'il a dû vous être pénible de me voir lire cette lettre. Je vous demande pardon de vous avoir infligé cette peine que vous ne méritiez pas. Je ne pouvais pas vous l'éviter. (Mauricette fait un signe de tête.)' Maintenant, puis-je vous demander ce que vous pensez de cette lettre ?

MAURICETTE, timidement, avec sincérité.

Elle m'a beaucoup émue.

CHARLES

C'est une impression!... mais je ne vous demande pas l'effet qu'ont pu exercer sur votre sensibilité les termes d'un billet écrit avec plus ou moins de sincérité, par quelqu'un qui a une grande habitude de ce genre de littérature... Sur son fond il me semble que nous ne pouvons pas différer d'avis?... (silence de Mauricette. Il reprend.) M. Dautran aurait pU profiter de nos anciennes relations pour chercher à renouer avec nous, ouvertement, dans l'oubli du passé... Je ne vous cache pas qu'il m'aurait trouvé très défiant et très peu disposé à l'accueillir. Mais il n'a même pas eu cette hypocrisie. Il s'adres.se à vous par des moyens détournés, il vous propose avec cynisme de le recevoirr à mon insu; il semble croire

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